Lundi 25 avril 2016 — Dernier ajout dimanche 18 septembre 2016

Dans la tourmente, le mouvement Sodalitium en appelle à Rome

Après les Légionnaires du Christ, c’est au tour de Sodalitium Christianae Vitae, une autre importante communauté conservatrice née en Amérique latine, d’être dans la tourmente des affaires d’abus sexuels.

Depuis plusieurs années Luis Fernando Figari, le fondateur de ce mouvement de prêtres et de laïcs souvent critiqué pour son conservatisme et sa mobilisation contre la théologie de la libération, est l’objet d’accusations d’abus sexuels.

Des abus « très graves » commis entre 1983 et 1990, a finalement reconnu l’actuel supérieur général, le Péruvien Alessandro Moroni, qui, sous la pression, s’est décidé à déclarer le fondateur persona non grata au sein du mouvement, tout en affirmant qu’il s’agissait de « faits anciens ».

Enquête interne

Une enquête interne au mouvement a néanmoins révélé qu’une vingtaine d’autres membres de Sodalitium auraient commis des abus similaires ou les auraient couverts, au point que la Commission d’éthique pour la justice et la réconciliation chargée de cette enquête, très sévère sur la gestion de ces abus par le mouvement, a recommandé que son gouvernement soit confié des personnes extérieures.

Dans un entretien au quotidien péruvien El Commercio, Alessandro Moroni a souligné que l’ensemble du dossier était désormais entre les mains du Saint-Siège, auquel il a remis sa charge. Celui qui est encore supérieur général n’exclut pas la nomination d’un commissaire pontifical, comme cela avait été le cas pour les Légionnaires du Christ après les révélations sur leur fondateur, le P. Marcial Maciel.

Révélations dès 2011

En 2011, le quotidien péruvien Diario 16 avait révélé que Luis Fernando Figari était l’objet d’une accusation pour « abus sexuels graves et mauvais traitements physiques, psychologiques et spirituels » de la part d’une femme, mineure à l’époque des faits, il y a trente ans.

Cette plainte aurait été transmise à l’archevêché de Lima qui a démenti l’avoir reçue, tandis que le responsable de la communication de Sodalitium parlait d’accusations « fausses ».

Quelques mois plus tôt, Luis Fernando Figari avait néanmoins démissionné par surprise, avançant à l’époque des « raisons de santé ». Il vivait depuis retiré dans une maison de Sodalitium à Rome.

En avril 2015, la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique avait diligenté une enquête canonique au sein de Sodalitium, nommant Mgr Fortunato Pablo Urcey, évêque de Chota (Pérou), visiteur apostolique du mouvement. Le Saint-Siège demandait en outre Luis Fernando Figari de demeurer à Rome et de ne pas entrer en contact avec des membres péruviens de Sodalitium.

Mouvement très critiqué

La révélation par la presse de nouveaux abus commis par Luis Fernando Figari a poussé la justice péruvienne a ouvrir en novembre 2015 une enquête pénale dans laquelle l’archevêque de Lima, le cardinal Juan Luis Cipriani doit être entendu pour ne pas avoir dénoncé les faits dont il avait eu connaissance.

Créée en 1971, Sodalitium a été reconnue en 1994 par Rome comme association de fidèles de droit pontifical, puis en 1997 comme société de vie apostolique.

Cette Fraternité est composée de laïcs, mariés ou célibataires, et de prêtres – deux évêques péruviens en sont issus – a souvent été l’objet de critiques pour son conservatisme et l’extrême rigueur des méthodes de recrutement et d’éducation, de type sectaire, qui y seraient en vigueur.

Nicolas Senèze (avec El Commercio)

Voir en ligne : http://www.la-croix.com/Urbi-et-Orb…