Dimanche 14 décembre 2014 — Dernier ajout mardi 16 décembre 2014

Travailleuses Missionnaires : le témoignage d’Odile

Odile (pseudonyme) est née dans une famille catholique de Ouagadougou. Elle a connu les TM quand elle avait 12 ans. Elle sentait la vocation et à 14 ans est entrée chez les TM, puis officiellement à 16 ans. Elle faisait de petits travaux, moitié à l’EAU VIVE, moitié à la maison. Dossier réalisé par l’AVREF.

Du côté des études, elle a eu le CP. Ensuite elle abandonne l’année scolaire. La responsable de l’EAU VIVE lui a dit qu’elle va enseigner les autres puisqu’elle a le CP. Elles l’ont mise en 6ème, puis 5ème. Mais elle travaillait aussi : lever à 5h du matin. Les offices, la messe. Puis travail de 9 h à 14h. 1/2h de sieste, puis travail jusqu’à 22 heures. Elle dit qu’elle était fatiguée de se lever tôt. Elles étaient un groupe l’âge de 16 ans c’est l’entrée officielle à EAU VIVE de Bobo-Dioulasso.

Puis après trois ans de stage elle est envoyée en Italie directement, à Rome. Elle a 19 ans. Elle travaille au restaurant EAU VIVE, elle loge d’abord dans une maison qui n’était pas loin du restaurant, puis pendant deux ans à la maison de formation.

« On travaillait jusqu’à minuit. On prenait le dernier bus en courant. Je travaillais en cuisine : je faisais les entrées chaudes et froides ».

Question : Qu’appreniez-vous dans la maison de formation ?

Réponse : « Je ne vois pas quelle formation j’ai reçue » (en 1988/89).
Puis je suis retournée au Burkina pour sept ans jusqu’en 1995. Je faisais toujours la cuisine avec le même rythme.
« En fait je n’aimais pas la cuisine, mais on ne peut pas s’exprimer, dire ce qu’on pense. C’est Jésus qui te demande ce travail. Si tu ne veux pas c’est un péché. Donc je me disais : il faut savoir souffrir, demander la grâce de bien le faire. J’ai osé parler de ça à la Responsable ».

Question : Vous avez pris un engagement ?

Réponse : J’ai fait les fiançailles en 1991. On était 14.

Elle est allée dans différentes places où il y a des restaurants EAU VIVE. Elle devait travailler en cuisine.

Question : Aviez-vous une rémunération ?

Réponse : Les filles n’ont pas d’argent. 10 Euros par mois en France en 2014 ; 15 Euros à Rome. Mais 15 Euros à Lisieux.

Question : Mais au restaurant il y a les pourboires…

Réponse : Ils sont pour la caisse commune : ça va à Rome, à Marie Majeure (le siège du Mouvement).

Question : Mais on vous demande de porter le costume national dans le restaurant. Il faut bien l’acheter !

Réponse : C’est la famille qui prend en charge le costume national.
(temps de silence)

Je souhaite qu’on améliore le logement : vous êtes en dortoir. Si vous êtes six dans une chambre, il n’y a pas d’intimité.

J’ai demandé à la responsable générale un temps de réflexion depuis

Elle m’a répondu oui, mais qu’elle ne me prend pas en charge après 28 ans de présence, et que le temps de réflexion doit se faire au Burkina. On m’a donné 300 Euros. Je dois me prendre en charge : c’est la famille qui aide.

Question : Avez-vous eu des soins de santé pendant toutes ces années ?

Réponse : J’ai été opérée deux fois. Tu ne peux pas aller seule à un examen médical même si tu dois parler au docteur. Il faut toujours qu’une aînée accompagne : tu n’as pas d’intimité. Moi-même j’accompagnais, puisque j’avais fait les épousailles et le médecin, une fois, ma interdit (d’accompagner dans le Cabinet) : ça m’a interpellée. Ça m’a fait un choc.
J’avais aussi des problèmes de santé : ça s’est dégradé parce qu’elles avaient refusé (que je sois opérée). Agnès a vu le dossier médical plus tard et m’a dit : « ce sont des organes vitaux, on ne peut pas le faire : il faut laisser ». J’avais mal pendant cinq années. J’étais infectée. Je me suis forcée d’appeler pour avoir l’opération. J’ai été opérée d’urgence et j’ai aujourd’hui des séquelles.

Question : Est-ce qu’Agnès avait des compétences médicales ?

Réponse : Elle était enseignante du primaire.

Question : Pour ces soins médicaux vous aviez accès à la Sécurité Sociale ou à une assurance maladie ?

Réponse : La Sécurité sociale : non. Je n’ai jamais été déclarée en 28 ans. C’est du bénévolat. Elles disent que nous sommes bénévoles.

On avait l’AMi, [Association pour l’Aide à l’Action Missionnaire Evangélique], la mutuelle St Christophe. C’est une assurance collective.

Question : Vous avez quand même eu des vacances ? Des temps de repos ?

Réponse : Les vacances sont collectives : tu dois suivre. Il y a d’abord la retraite suivie des vacances. Pendant les vacances on refait les travaux de la maison, et on fait la mise en place.

Question : Vous avez fait les fiançailles, puis les épousailles. Vous aviez donc le droit de voter pour désigner votre responsable…

Réponse : En 28 ans je n’ai jamais voté. Elles votent en mon nom.

Question : Que souhaitez-vous dire pour conclure votre témoignage ?

Réponse : Il y a l’hypocrisie surtout. On dit que c’est l’esprit de famille, qu’il faut partager ce qu’on reçoit. Alors il ne peut pas y avoir de vie privée. On doit ouvrir le courrier devant la Supérieure, ou le lire devant elle. Alors si on a des nouvelles personnelles, on invente en lisant parce qu’on ne veut pas lire ce qui est écrit : c’est personnel. Tu n’étais pas libre.
Avec les « dialogues », normalement tu dois parler de ta vie : c’est obligé une fois par mois ou deux fois par mois pour les jeunes. Tout ce que tu dis à l’aînée, elle va le raconter à une autre et après l’autre me boude. Parce que tu n’as rien à dire tu dis du mal des autres. Alors c’est des mensonges que tu vas raconter.

Source : Le Livre Noir des Travailleuses Missionnaires de l’Immaculée : Eau Vive et Espérances Taries

Ce témoignage a été remis à l’AVREF à la date du 12 mai 2014 au cours d’un entretien.

La levée partielle ou totale de l’anonymat doit faire l’objet d’une demande à l’AVREF qui contactera le témoin pour lui demander s’il accepte de voir son nom mentionné et sous quelles conditions.