Vendredi 1er mars 2013 — Dernier ajout mercredi 1er mai 2013

« Souvent nous mangions des aliments récupérés dans les poubelles des supermarchés »

Témoignage de Marianne, une mère de famille, qui revient sur ses années douloureuses au sein de la communauté des Béatitudes.

A Marseille, nous rencontrons Marianne, qui a quitté sa communauté il y a quatre ans. « J’ai vécu trois ans aux Béatitudes avec mon mari et mes trois enfants, dans une communauté du sud de la France. nous avons donné les 10 000 euros d’économie que nous avions à notre arrivée et nous devions reverser une partie de nos allocations familiales. Nous avons toujours travaillé, mon mari était jardinier et moi j’étais infirmière pour la communauté mais sans rémunération.

Là-bas, pour la première fois de ma vie, j’ai eu faim. La période où j’étais enceinte a été particulièrement éprouvante. Nous mangions souvent des aliments récupérés dans les poubelles des supermarchés, ou de la nourriture parfois avariée et périmée provenant de dons. Aujourd’hui, avec le recul, je me demande comment j’ai pu accepter cela, comment j’ai pu tomber aussi bas. J’allais très mal mais on me disait que je subissais les attaques du démon ou que je souffrais d’infestation diabolique. J’ai dû subir des exorcismes. On criait, on jetait de l’eau bénite…

Nous étions infantilisés dans tous les actes de la vie quotidienne. Il fallait demander l’autorisation pour la moindre chose, de la manière de fermer les portes jusqu’à notre façon de marcher dans les couloirs. Les contacts avec les familles étaient extrêmement surveillés. Le berger gérait nos ressources, autorisait ou non les mariages entre membres de la communauté. Il représentait l’autorité suprême et incontestable, l’image du Christ. On le servait le premier à table avec les meilleurs plats. C’était un honneur que de se retrouver à table auprès de lui. »

Les Inrockuptibles, 11 mai 2011