Dimanche 14 décembre 2014 — Dernier ajout mardi 16 décembre 2014

Travailleuses Missionnaires : le témoignage de Chantal Zongo

Chantal ZONGO, née dans un petit village proche de Ouagadougou est entrée à l’âge de 12 ans chez les TM. Mais un grave accident de mobylette l’a contrainte à rester à la maison et poursuivre sa scolarité chez ses parents. Elle a obtenu le CP et est retournée à l’âge de 18 ans dans la Communauté, sur place à Ouagadougou, et puis ensuite une année à Bobo-Dioulasso. Dossier réalisé par l’AVREF.

A l’âge de 20 ans elle est envoyée à Rome : elle s’attend à recevoir la formation promise, mais il n’y avait pas de formation. « Au fond il n’y avait rien du tout de suivi. Et, quand j’ai quitté au niveau formation religieuse, il n’y a pas de preuve. Je n’ai pas eu non plus de preuve que j’ai travaillé dans la restauration ».

Elle est affectée à Rome au restaurant EAU VIVE et loge à côté. Ensuite elle est envoyée en Argentine (2 ans), puis à Bobo-Dioulasso et va ensuite passer 10 ans au Cameroun dans un centre d’accueil diocésain qui accueille de 100 à 200 personnes en pension complète. Elle fait ses « fiançailles » à l’arrivée au Cameroun en 1993. Le travail est très dur, la cuisine mal équipée. « Il n’y avait pas un couteau de cuisine à l’arrivée, pas de frigo, pas de congélateur. C’était difficile. Tous les jours on allait au marché faire les achats. C’était l’argent du diocèse ».

Après le Cameroun elle vient en France se soigner la cheville. Elle est là de 2005 à 2007, subit une opération à Besançon. Et elle demande à quitter, ce qu’elle fera en 2007.

Question : Pourquoi avez-vous quitté ?

Réponse : Il y a eu trop de mensonges. Un père carme est passé au Cameroun, le père Redemptus [1], aujourd’hui décédé. Comme il y avait de la prostitution au niveau du village, j’ai aidé les filles qui se prostituaient quand elles ne pouvaient pas payer l’école. Le père carme a monté un dossier pour cela et nous a envoyé de l’argent. Le dossier était confié à une péruvienne qui inscrivait les enfants à l’école avec l’argent. On a eu quatre millions de francs CFA pour 20 filles.

Quand j’étais en France ma remplaçante a fait un courrier mensonger, des calomnies sur mon compte. Face à ces mensonges personne ne m’a soutenu : au niveau des responsables TM personne ne m’a soutenu. J’ai envoyé une lettre [de démission]. Elles m’ont donné 400 Euros pour rentrer chez moi après 20 ans de travail. Quand j’ai quitté j’étais devenue l’ennemie de la communauté. Heureusement j’ai eu l’aide des beaux-parents de ma sœur mariée en France, l’aide de la famille et j’ai pu rester en France. Quand j’ai quitté j’avais juste un titre de séjour « visiteur » et pas de carte Vitale. Chez les TM on avait la carte E.M.I.(Entraide Missionnaire Internationale), mais pas la carte Vitale.

Question : Y avait-il d’autres choses que les mensonges qui vous ont choquée ?

Réponse : Il y avait aussi les « dialogues » [2]. On les faisait, c’est aussi source de mensonges. Étant dedans, on avance dans ce monde-là sans toutefois, toi-même, rien comprendre. On roule comme ça, mais il n’y a rien de spirituel dans les dialogues.

Question : Rien n’était confidentiel ?

Réponse : Je me souviens. A Rome un gars de mon village m’a écrit. J’ai lu la lettre devant tout le monde [3] ; je tremblais de peur. Mon amitié est saine, mais beaucoup n’ont pas compris pourquoi un gars m’écrit : on me l’a reproché. J’y pense encore ! J’ai su qu’il y a des TM qui ouvraient mes courriers avant de les remettre à mes parents.
Il y a aussi une grande statue de Notre Dame de Fatima qui était pour ma Maman. Je l’ai envoyée. Dans le carton j’ai mis de l’argent pour la scolarité de mes neveux au petit séminaire. Elles ont ouvert le paquet. Elles ont trouvé l’argent. Elles ont cru que je l’avais volé. Mais c’est Renée PRIEUR [4], responsable de la branche masculine à Lisieux qui me l’avait donné. Alors elles ont aussi fouillé la statue de la sainte Vierge pour voir s’il y avait de l’argent dedans : ça m’a choquée.

Question : Puisque vous parlez d’argent comment est-ce que cela se passait ?

Réponse : On avait 15 Euros par mois. Ça a été supprimé. Pour les vêtements on fait la liste. Elles te donnent ou pas (ce dont tu as besoin). Il n’y a rien à dire.

On met la liste devant la statue de la Vierge, partout, dans toutes les EAU VIVE, « parce que c’est ELLE qui vous donne ».

* * *

« Aujourd’hui je suis prête à venir pour témoigner à Paris. »

Source : Le Livre Noir des Travailleuses Missionnaires de l’Immaculée : Eau Vive et Espérances Taries

Ce témoignage a été remis à l’AVREF à la date du 14 mai 2014 au cours d’un entretien .

Le témoignage est nominatif comme le témoin l’a exprimé le 14/05/2014

L’utilisation du témoignage doit faire l’objet d’une demande à l’AVREF qui contactera le témoin pour lui demander s’il accepte de voir son nom mentionné et sous quelles conditions.

[1Le père Redemptus, présent à Rome, était très aimé des jeunes TM qui pouvaient se confier à lui.

[2L’article 32 du Directoire des TM institue les « dialogues » en procédure régulière destinée à favoriser « des relations fraternelles plus aimantes et compréhensives ». « La responsable du groupe local doit tout faire pour que ce dialogue soit spontané et agréable ». Les TM sont invitées « à s’exprimer sur ce qu’elles vivent ».

[3La lecture publique du courrier reçu est une pratique obligatoire chez les TM.

[4Renée PRIEUR est la première responsable générale des TM, nommée par le fondateur.