Dimanche 14 décembre 2014 — Dernier ajout mardi 16 décembre 2014

Travailleuses Missionnaires : le témoignage de Valentine

Valentine (pseudonyme) est venue de Côte d’Ivoire au Burkina en 1990. Elle est entrée chez les TM en 1995 ; elle avait 17 ans. Elle était à Bobo-Dioulasso jusqu’en 1999 année de son arrivée à Ouagadougou. Dossier réalisé par l’AVREF.

Elle n’a pas aimé le séjour à Bobo-Dioulasso car « il y avait de l’injustice. » Certaines filles étaient préférées des responsables et les autres supportaient des misères. « Comme on est jeunes, on ne peut rien dire ».

A Ouaga on leur dit : « vous allez venir en France pour continuer vos études ; on était 12 à venir en France ».

Arrivée à Liesse en Franche-Comté avec 2 autres elle faisait le jardinage. Une fois comme il y avait une porte qui n’était pas fermée, on a cherché la clé et une fille l’a trouvée. « La responsable a dit que je sortais la nuit avec des mecs (puisque la porte était ouverte). Ce n’était pas vrai.

Avec cette responsable j’ai beaucoup souffert. Elle disait que je sentais mauvais. Elle appelait Rome pour dire du mal de moi… On bossait tout le temps. On faisait la restauration dans les maisons d’accueil. Elles ne nous donnaient même pas un centime ».

Valentine va à Rome en 2004. Elle suit sa formation en 2006/2007, puis revient en France à Donrémy toujours pour travailler en restauration : la cuisine et le service de salle. « A la fin du mois la responsable donnait 5 Euros, ou 10 Euros ou 15 Euros, pas plus que ça ». Pour les vacances (tous les 5 ans à cette époque) on avait 300 Euros. Elle ne s’entendait pas avec la responsable.

Elle est envoyée en 2008/2009 à Marseille : « Ça n’allait pas. Tout le temps on se chamaillait. Il y avait de l’injustice. Il y avait tout le temps la pression… J’ai dit que je quitte et que je reste en France, mais la responsable ne voulait pas que je reste et m’a dit que je dois aller au Burkina ».

« Elles ne m’ont pas annoncé le décès de mon papa en 2007 : je l’ai su l’année que j’ai quitté : mes tantes étaient venues dire en 2008 à l’EAU VIVE de Ouaga que mon papa était mort. Mais elles n’ont rien dit. Mon oncle était décédé une semaine après mon père, mes 2 grands pères étaient décédés. A Ouaga elles le savaient ; je n’ai rien su. Quand je l’ai appris, ça m’a fendu le cœur ; ça m’a traumatisée. »

« Je voulais rester en France. J’ai cherché à gauche, à droite. Une dame m’a accueillie et ma trouvé une famille d’accueil. »

Aujourd’hui Valentine travaille comme femme de chambre en hôtellerie et sa situation personnelle est stabilisée.

Question : Quelles étaient vos conditions de vie matérielle ?

Réponse : « Des fois on est 10 ou 6 ou 7 ou 3 ou 4 par chambre. A Besançon, à Notre Dame de Conso on est entre 4 et 7 par dortoir. On prenait les douches ensemble. Si tu ne veux pas prendre (la douche) avec les autres, on disait que tu caches quelque chose. Là-bas j’ai eu mal, très mal. Ça m’a fait très mal ; Germaine, la responsable ne voulait pas me soigner. Elles ne m’ont pas soignée. Comme je saignais il a fallu attendre deux semaines après pour que le médecin me soigne. »

Valentine souhaite rester anonyme. Depuis peu elle a la joie de s’occuper de sa petite fille…Sa maman va venir la visiter.

Source : Le Livre Noir des Travailleuses Missionnaires de l’Immaculée : Eau Vive et Espérances Taries

Ce témoignage a été remis à l’AVREF le 14 mai 2014

Le témoignage doit rester anonyme.

La levée partielle ou totale de l’anonymat doit faire l’objet d’une demande à l’AVREF qui contactera le témoin pour lui demander s’il accepte de voir son nom mentionné et sous quelles conditions.