La Communauté des Béatitudes

Par Anthony Favier
Lundi 29 mars 2021

Avec l’aimable autorisation d’Anthony Favier

#homothérapie religieuse #catholicisme

Pratiques : soutien matériel et logistique, recrutement, diffusion des idées, théorisation.

Date de l’article : 12 janvier 2021.

Acteurs : Yolande BOUCHARD, Daniel-Ange, Jean-Benoît CASTERMAN, Bernard DUBOIS, Ephraïm (Gérard CROISSANT), Philippe MADRE, Louis MASQUIN, Fernand SANCHEZ.

Lieux : Abbaye Notre-Dame d’Autrey/ Cours Agnès de Langeac (Vosges), Centre de Kinor de Labrit (Landes), Château Saint-Luc (diverses appellations) (Tarn), les "maisons" des Béatitudes.

Organisations liées : Anne Peggy Agapè (le Puy-en-Velay), Communion Marie Reine de Paix, Fraternité Saint Camille de Lellis.

Période concernée : 1973-2017 ; au-delà ?

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Le documentaire de Bernard Nicolas Homothérapie, diffusé fin 2019, et les différents témoignages livrés par Benoît Berthe dans les médias ainsi que dans l’ouvrage de Jean-Loup Adénor et Timothée de Rauglaudre Dieu est amour ont récemment mis en lumière le lien entre "les Béatitudes", communauté nouvelle issue du Renouveau charismatique français, et l’univers des thérapies dites de conversion de l’homosexualité (NICOLAS 2019 ; ADÉNOR et RAUGLAUDRE 2019).

Mis ouvertement en cause, le mouvement a d’ailleurs réagi. Dans un communiqué, la Communauté n’assure n’avoir "jamais proposé de sessions spécifiques à destination des personnes homosexuelles", même si elle reconnaît que "des personnes homosexuelles ont pu être accueillies dans [le] cadre [de sessions organisées par les Béatitudes]". Sans pour autant se lancer dans une opération cherchant à établir précisément le nombre de personnes touchées et envisager une compensation, la Communauté a toutefois exprimer "son profond regret" (1) – ce que n’a pas fait la Communauté de l’Emmanuel dont les agissements ont été également mis en lumière dans les mêmes documentaires.

Pour comprendre la place des pratiques pour altérer l’orientation sexuelle au sein de la Communauté des Béatitudes, il faut d’abord remettre en perspective la place singulière qu’elle a eue dans le paysage catholique français et ses caractéristiques pour re-situer l’arrière-plan ecclésial, idéologique et théologique des accompagnements proposés aux personnes LGBT.

Si cette histoire vous est déjà connue, vous pouvez vous reporter directement au II)

I) Essor et crise d’une communauté charismatique (de 1973 à nos jours) La Communauté est créée en 1973 sous le nom initial de communauté "du Lion de Juda et de l’Agneau immolé" (dénomination jusqu’en 1991) par Gérard CROISSANT (2). Ancien étudiant en art et aspirant pasteur, devenu diacre catholique en 1978, il se fait appeler "frère Ephraïm". Lors d’un voyage aux États-Unis en 1974, il rencontre la mouvance néo-pentecôtiste américaine et notamment la prédicatrice controversée Kathryn Kuhlmann, dont le "ministère de la guérison" le marque particulièrement. Dans un passage de ses mémoires, il affirme, par exemple, l’avoir vu soigner une personne malade du cancer et alitée (Ephraïm 1985, p. 25 ). À son retour en France, Ephraïm organise progressivement sa communauté en lui donnant une esthétique très particulière. Il importe la célébration du shabbat du judaïsme et fait incorporer dans le temps ordinaire des rites réservés à des fêtes, comme, par exemple, la vénération de la croix de l’office de la passion du vendredi de la semaine de Pâques. Sont également organisées des veillées où la communauté nouvelle implante en France les pratiques néo-pentecôtistes nord-américaines : "parler en langue", guérisons et délivrances… L’organisation se caractérise, de manière générale, par un mélange de nombreuses influences religieuses (le Carmel pour les couleurs blanc et marron des vêtements, la spiritualité franciscaine pour l’idéal de pauvreté) ainsi qu’une mixité des états de vie. En effet, prêtres, religieux et laïcs, familles et célibataires vivent ensemble dans des "maisons" sous la conduite de "bergers", non élus et, au départ, nommés à vie. Les bergers assurent les décisions importantes mais exercent aussi des fonctions de guide spirituel tant sur les communautaires que les personnes invitées qui partagent, le temps d’un séjour, la vie d’une maison. À la tête des bergers et des maisons, on trouve un "modérateur général" qui est l’interlocuteur pour Rome, les évêques et les pouvoirs publics de la Communauté.

Dans les années 1980-1990, le succès de la Communauté est fulgurant. Elle connaît une expansion importante tant en France qu’à l’étranger : le mouvement est présent, au début des années 2000, dans une trentaine de pays et compte dans l’hexagone 27 fondations. Récupérant souvent des lieux abandonnés par d’anciens ordres religieux n’ayant plus les moyens humains et financiers de les entretenir, la Communauté s’implante facilement en offrant le visage d’une Église renouvelée capable d’attirer des jeunes et de susciter des vocations. La croissance canonique de la "Communauté" est modeste, malgré une extension géographique, financière et patrimoniale, elle, plutôt conséquente. Déclaré "pieuse union" en 1985 puis en 1991 "association privée de laïcs de droit diocésain" dans le diocèse d’Albi, le mouvement voit bien plus grand. Avec ses religieux et ses religieuses en habit qui font des cérémonies de "profession" comme dans les congrégations officiellement reconnues par Rome, la Communauté a déjà plus d’ambition. Elle s’imagine déjà comme un grand "Ordre" religieux à l’instar des dominicains ou des franciscains.

Suite à une demande déposée en 1998, le Vatican officialise, en 2002, les Béatitudes comme "association de laïcs de droit pontifical" mais "ad experimentum", c’est-à-dire pendant une période déterminée durant laquelle elle doit faire les preuves de sa fiabilité. La décision constitue une aubaine pour la communauté et aura de nombreuses conséquences dans la mesure où, malgré les premières alertes, elle passe du contrôle, déjà assez lâche et théorique de l’évêque d’Albi, à celui encore plus lointain du Vatican, dont l’autorité se situe au-dessus des évêques français. En dépit des premières affaires qui éclatent, les Béatitudes souhaitent poursuivre leur ascension. En 2008, la communauté demande même la reconnaissance de la Direction des cultes du Ministère de l’Intérieur français pour devenir une "congrégation" reconnue par la loi de 1901, afin de gagner en assise institutionnelle. Elle reçoit pour cela le soutien public de certains politiques comme, par exemple, le conseil municipal de Blagnac où elle a installé sa modération générale.

Mais le poids des scandales est alors trop lourd et fait rompre cette dynamique de croissance. Le mode de vie amalgamant les états de vie, les familles et les religieux, est de plus en plus difficile à maintenir alors que les enfants grandissent. De nombreuses familles quittent alors les maisons. D’autres problèmes plus délicats se font également jour. En 2005, un rapport confidentiel est en effet adressé aux évêques français sur la confusion entre psychologie et spirituel. Il pointe, entre autres, la Communauté des Béatitudes. En 2006, la MIVILUDES, l’organe inter-ministériel en charge de la lutte contre les dérives sectaires, reconnaît que des témoignages dans son rapport annuel viennent d’anciens des Béatitudes ou de membres de familles de communautaires ne donnant plus de nouvelle. En 2007, son président, Georges Fennec rencontre des victimes et des responsables à la préfecture de Toulouse. Du côté des associations de soutien aux victimes d’emprises et de leurs familles (UNADFI, AVREF), de nombreux documents alertent l’opinion. Dans leurs différentes communications, fondées sur des dizaines de témoignages, elles parlent d’emprise mentale, d’abus de pouvoir et de ruptures familiales. Des documentaires, notamment à la télévision, vont plus loin et parlent carrément d’une "secte aux portes du Vatican"… Dans un premier temps, la Communauté a du mal à reconnaître ses difficultés et amène sur un terrain juridique ses contradicteurs multipliant les procès contre les journalistes et la lanceur d’alerte, même le directeur de France Télévisons, Patrick de Carolis en fera les frais…

Les années 2000 et le début des années 2010 constitueront pourtant une période noire pour les Béatitudes qui ne parvient plus à endiguer le scandale. Durant plus d’une décennie, une série d’affaires défraient alors la chronique. Plusieurs histroires sont emmêlées entre elles, médiatiquement et juridiquement, mais que l’on peut résumer sommairement à plusieurs "noeuds" :

1. L’abbaye d’Autrey et le cours Agnès de Langeac (2001-2009). (3)

En 1988, la Communauté installe dans l’ancienne abbaye vosgienne Notre-Dame d’Autrey un "petit séminaire" sous la dénomination de "cours Agnès de Langeac", une école privée hors contrat à destination de jeunes garçons s’interrogeant sur leurs vocations et issus souvent des familles vivant dans les maisons des Béatitudes. Une première plainte pour agression sexuelle contre l’un des prêtres encadrants est déposée en 2001 et aboutit à un non-lieu en 2004. Le jeune homme jeune débouté se suicide en 2005 en laissant une longue lettre expliquant son geste. L’enquête est néanmoins ré-ouverte en 2009, en vain, en lien avec d’autres affaires de pédocriminalité (voir infra). À ce moment-là, des entretiens dans la presse avec d’anciens pensionnaires parlent même de plusieurs suicides, huit en tout, qui seraient consécutifs au mal-être engendré par les mauvais traitements subis dans cet établissement. Malgré son caractère tragique, l’affaire reste peu relayée. Peut-être qu’elle se situe dans cette période, allant de la condamnation de Pierre Pican, évêque de Bayeux et de Lisieux, pour dissimulation à la justice des crimes d’un prêtre de son diocèse en 2001 au début de l’affaire Preynat-Barbarin fin 2016, durant laquelle la pédo-criminalité catholique est perçue à travers des affaires isolés et non encore comme un problème systémique catholique (BÉRAUD 2020).

2. Les frasques du fondateur et du noyau de ses proches (2007-2011). (4)

Retiré à partir de 2007 officiellement pour des raisons de santé et réduit à l’état laïc en 2008, Ephraïm prend ses distances avec la communauté qu’il a fondée sans que cette dernière soit tenue exactement au courant de la gravité ce qui lui est reproché avant 2011. La presse a entretemps révélé que le couple qu’il formait avec sa femme "Jo" menait grand train (habitation, voyages et toilettes) à l’instar de certains bergers et des premiers modérateurs. Pis, le fondateur prétextait des "nuits mystiques" pour avoir des gestes déplacés à l’égard de femmes, avec qui il vivait parfois en concubinage, ce que reconnaît la Communauté dans un communiqué en 2011. Cherchant à se refaire une réputation au Rwanda, sa présence, suite à la disparition inquiétante d’un prêtre, est dénoncée par le gouvernement et il revient en France où ses fondations sont dénoncées par l’Église comme non catholiques…. Avant l’éviction définitive du père François-Xavier Wallays, dernier "modérateur général", Ephraïm a toutefois indirectement exercé une grande influence sur la communauté et sa gouvernance à un moment où elle aurait eu besoin d’une forte réorganisation.

Notons que Philippe MADRE qui a été également à la tête de la communauté des Béatitudes a été condamné par la justice religieuse à perdre son ministère ordonné de diacre permanent suite à des comportements déplacés à l’égard d’une femme. En 2014, son nom revient encore dans la presse à la faveur d’un procès l’opposant à la Sécurité Sociale pour avoir lésé trois organismes sociaux.

3. Plusieurs plaintes d’anciens communautaires (2005-2012). (5)

En 2002, Pascal Michelena et sa femme Myriam quittent la Communauté après y avoir vécu trois ans dans une maison du Tarn. En 2005, ils portent plainte pour "abus de faiblesse" et "escroquerie" estimant avoir été poussés à donner toutes leurs économies aux Béatitudes malgré leur intense travail pour lequel ils n’étaient pas rémunérés. Dans un ouvrage qu’ils tireront de leurs expériences, ce sont les premiers anciens communautaires à alerter l’Église catholique et l’opinion publique sur les étranges mélanges de psychologie et de spiritualité (MICHELENA 2007). Ils ne seront pas les seuls à partir en ayant le sentiment d’avoir été floués. En 2008, Olivier Demarle, qui a séjourné en 1998-1999 dans la maison de Thy-le-Château en Belgique, porte plainte pour "abus frauduleux d’état de faiblesse" auprès du procureur de la République de Lille. Il livrera le récit de ce qu’il a vécu auprès d’une association de personnes abusées dans une relation d’autorité religieuse (DEMARLE/SAPEC). Le départ d’anciens communautaires met également au jour d’autres problèmes relatifs à des cotisations sociales (chômage, retraite, sécurité sociale) non versées.

4. L’arrestation et le procès de Pierre-Étienne Albert (2001 -2011) (6)

Le plus grand scandale touchant la communauté est assurément celui autour de Pierre-Etienne Albert, frère membre de la Communauté arrêté et jugé pour atteintes sexuelles sur des dizaines mineurs de 5 à 14 ans sur la période 1985-2000. Il ne s’agit pas d’un religieux comme un autre au sein de la Communauté : chantre et compositeur de la communauté, il apparaît dans les mémoires d’Ephraïm comme un personnage guéri miraculeusement de ses addictions (Ephraïm 1985, p. 113-114). À l’origine de son arrestation, on trouve des "lanceurs d’alerte" communautaires : plusieurs membres de la maison de Bonnecombes à Comps-la-Grand-Ville dans l’Aveyron. Au courant de l’inclinaison pédophile de Pierre-Etienne, ils avaient demandé des mesures à leurs supérieurs. Réduits au silence, ils perdent en 2008 leurs "droits communautaires" avant de faire le choix, en 2009, de quitter les Béatitudes.

En 2011, s’ouvre le procès de Pierre-Étienne Albert à Rodez. Gérard Croissant, Philippe Madre et Fernand Sanchez, qui ont été les "modérateurs généraux" et ont chacun reçu les confidence de Pierre-Etienne Albert, sont entendus comme "témoins assistés". Ils frappent la presse par leur relative incurie. Philippe Madre déclare ainsi découvrir, lors de l’audience, la nature des actes commis par l’ancien frère sur sa propre fille. La condamnation de l’ancien religieux en 2011 à 5 ans de prison est fortement médiatisée. Ce procès est un peu perçu comme celui de la communauté dans la mesure où sa préparation a conduit à la garde à vue de ses responsables et au passage à la barre, comme témoin, des anciens responsables. Mais, au fond, ces derniers n’ont pas vraiment été condamnés par la justice et ont été plutôt sermonnés publiquement par le procureur de la République qui s’est étonné également qu’une plainte de 2001 contre le religieux n’ait pas déclenché plus tôt les investigations. La presse évoque une "nièce d’évêque" qui aurait empêché la transmission du dossier au parquet compétent.

5. Les soubresauts de l’affaire Jacques Marin (2019) (7)

Plus récemment, enfin, le nom de Jacques Marin prêtre-ouvrier, désormais décédé, prédicateur régulier à la Communauté des Béatitudes (et dans d’autres nouvelles communautés), est revenu dans plusieurs affaires d’agression sexuelle de femmes sous emprise.

En définitive, soupçon d’escroquerie, affaires pédocriminelle sur plusieurs décennies et scission dans la communauté autour de l’affaire Pierre-Etienne Albert ont retenu l’attention avant que l’on prenne conscience, grâce au témoignage de Benoît Berthe en 2019, d’un aspect encore peu connu des pratiques de la Communauté : les pratiques dites de conversion de l’orientation sexuelle…

Il est vrai que, depuis les scandales, la Communauté des Béatitudes a connu une profonde restructuration depuis ces différentes crises. Placée sous l’autorité de la Congrégation pour les instituts de vie consacrés en 2007 et sous la direction d’un commissaire pontifical en 2010, elle a été refondée comme association publique de fidèles de droit diocésain en 2011 à Toulouse, un archevêché disposant de plus de moyens pour le contrôle effectif de la communauté. Depuis, elle a adopté depuis de nouveaux statuts (2013) et a une nouvelle direction qui a pris ses distances avec le noyau originel proche d’Ephraïm (2015). Depuis décembre dernier (2020), elle a un statut de "famille de vie consacrée" qui sépare mieux les branches d’états de vie (religieux consacrés, religieuses consacrées et familles) avec une direction spécifique pour chacune. Des modifications de la gouvernance ont été apportées avec l’abandon des fonctions de "bergers" à vie et la figure des fondateurs tend à être effacé dans l’enseignement qui porte l’identité du groupe. De manière générale, les pratiques dites "psycho-spirituelles" ont été officiellement rejetées. Cette refondation a toutefois eu un coût démographique importante : la communauté a perdu la moitié de ses membres en passant en France de 1500 à 750 membres (dont 89 prêtres, 275 soeurs consacrées et 308 laïcs associé.e.s) (8). Dans les médias, un discours de repentance a pu être tenu à l’égard des errements passés et le triomphalisme passé. Émerge le souhait de tourner la page.

Mais n’est-ce pas allé un peu vite en besogne sur ce qui a été fait en direction des personnes LGBT qui ont été amenées à vivre dans ou à proximité des Béatitudes ?

II) Homosexualité, délivrance et guérison aux Béatitudes Au sein de la Communauté des Béatitudes, l’homosexualité n’est pas un thème de prédilection (à la différence par exemple des organisations comme Courage ou à Torrents de vie) mais il est loin d’être absent ou secondaire. En développant une compréhension extrêmement négative de cette dernière, les Béatitudes l’ont communément mise en lien dans les années 1990-2000 avec les pratiques de délivrance et guérison présentées dans un sens spirituel. Si des exorcismes ont pu être réalisés sur des personnes LGBT, la Communauté a également développé des approches pseudo-thérapeuthiques mêlant accompagnement spirituel et recours à des concepts de psychologie dans un but correctif des sexualités perçues comme déviantes.

Une conception négative de l’homosexualité À l’origine des différentes pratiques pour altérer l’orientation sexuelle ou l’identité de genre, on trouve au sein de la Communauté un attachement à la morale traditionnelle du catholicisme et une désapprobation morale très forte de l’homosexualité ou de la transidentité (même si cette dernière apparaît moins spécifiquement dans la documentation).

En organisant progressivement avec ses proches les Béatitudes, Ephraïm l’a nettement intégré dans le pôle du "catholicisme d’identité" de Philippe Portier (PORTIER 2012). Reprenant, sans mise en perspective historique, à son compte "le songe de Don Bosco", il vante dans ses livres les "trois blancheurs" : l’eucharistie, la Vierge Marie et le pape (Ephraïm, 1985). Ce rapprochement s’effectue avec d’autant plus d’efficacité que le catholicisme post-conciliaire français est alors divisé et plutôt déboussolé par la poussée politique des "chrétiens de gauche" des années 1970 et la lassitude qu’ils peuvent susciter. Ephraïm- positionne son mouvement dans le courant de ceux qui suivent le pape Jean Paul II dans sa restauration de la puissance de l’Église catholique qui passe par un attachement sans faille au catéchisme et à sa morale, notamment sexuelle.

L’homosexualité est une réalité tellement dépréciée que, d’elles-mêmes, les personnes concernées dans la communauté intériorisent la norme et n’assument pas publiquement leur désir. Une victime ayant passé plusieurs années entre les mains des Béatitudes et dont j’ai recueilli le témoignage en parle ainsi :

Voilà : Les choses étaient d’emblée posées. On n’avait même pas pris la peine de prononcer le mot "homosexualité"… C’était mal et l’objectif était bien de nous délivrer de ce "péché". Alors que je traversais une période très sombre (j’allais en fait de plus en plus mal…), je revois le berger me renvoyer froidement qu’il n’y avait plus rien à ajouter : ’Le dossier est classé maintenant’…

Témoignage recueilli en novembre 2020.

On retrouve ici un fonctionnement caractéristique des groupes à emprise : l’accueil inconditionnel, qui prend la forme d’une effusion apparente d’amour et d’amitié, notamment lors des temps liturgiques très chaleureux ainsi que les nombreuses invitations à passer du temps dans une maison de la communauté, s’associent avec des injonctions très intrusives et fortes de la part du berger, contribuant à créer une situation déstabilisante et toxique. La relation du berger à une personne suivie est de nature très particulière : il ne s’agit pas vraiment d’un directeur spirituel en bonne et dû forme. Ce dernier dispose d’une forte emprise sur une personne dont il maîtrise les aspects les plus intimes de la personnalité. Précisons ici que la victime a été interdite par son berger de revoir la personne qu’elle aimait et de lui communiquer alors qu’elle se trouvait dans une situation de grande solitude.

La diabolisation de l’homosexualité et les pratiques de délivrance L’homosexualité n’est pas seulement un désordre moral qu’il faut combattre par un travail sur la volonté, elle peut également être interprétée comme une possession diabolique qui demande une délivrance par un rite extérieur. Comme souvent dans les milieux charismatiques, elle peut prendre deux formes :

l’une collective lors des veillées de guérison. Des personnes investies par des paroles de vérité peuvent appeler des personnes à se présenter pour recevoir l’imposition des mains, ce qui aboutit parfois à un évanouissement dans l’esprit, dans le but de recevoir des guérisons. l’autre inter-personnelle dans le cadre d’un accompagnement spécifique réalisée par des membres de la Communauté. Dans certaines situations, en dehors des temps collectifs de délivrance, des prières individuelles peuvent en effet être proposées notamment par les bergers ou les responsables de la Communauté. Olivier Demarle, ancien communautaire à Thy-le-Château – qui a porté plainte en 2008 contre les Béatitudes pour abus de faiblesse – dans un récit qu’il livre sur le site d’une association d’aide aux victimes d’emprise en contexte religieux, confie avoir été victime de "prières de délivrance". Il relève que "la maladie, la colère et même l’homosexualité étaient considérées comme une possession" (DEMARLE/SAPEC). Dans la mesure où l’un des premiers publics "cible" de la communautés était officiellement "les paumés" comme, par exemple, les personnes en situation d’addiction ou les malades du sida à la maison Cottolengo à Cordes (fermée en 2012), on peut faire l’hypothèse que cela a pu mettre sur la voie, tôt, vers la délivrance de personnes homosexuelles. D’autres sources confirment que Bernard Dubois, berger de la maison Saint-Luc, diagnostiquait couramment des possessions (9). Rappelons ici que la procédure de l’exorcisme, dans le catholicisme, est pourtant théoriquement très encadrée. Elle est normalement réservée à un seul prêtre par diocèse et ne doit pas être appliquée de manière sauvage, sans une délégation officielle, et sans un discernement préalable. Dans les faits, en réalité, le "grand exorcisme" est très peu pratiqué… Dans l’affaire de l’abbaye d’Autrey dans les Vosges (voir supra), des élèves se sont pourtant plaints d’exorcismes répétés. On sait également que de nombreux objets inadaptés étaient associés au diable, comme l’insubordination, mais également les addictions. Comme l’a révélé le procès de frère Pierre-Étienne Albert en 2011, la pédophilie était aussi associée à la possession. Ce dernier, alertant ses responsables sur son inclination, s’était vu proposer des prières (et une psychothérapie dite "interne")… Ephraïm lui-même a pratiqué l’exorcisme sur frère Pierre-Etienne pour sa toxicomanie comme il le rapporte dans ses mémoires (Ephraïm 1985, p. 113-114) ainsi que sur une autre personne souffrant d’une dépendance aux stupéfiants qui en a fait le récit pour le CCMM (6) (CCMM, Livre noir )…. De manière générale, un rapport du CCMM le note : "la délivrance du diable se pratiquait dans la communauté des béatitudes, à travers des exorcismes sauvages" (CCMM 2013).

Mais la Communauté des Béatitudes s’est caractérisée par une autre forme d’accompagnement des personnes homosexuelles en les intégrant à se démarches pseudo-spirituelles à visée thérapeutique qui ont fait, depuis sa fondation, en quelque sorte sa marque de fabrique : le "psycho-spirituel".

Homosexualité et approche dite "psycho-spirituelle" En 2004, dans les colonnes du journal Famille chrétienne, Ephraïm intervient dans un dossier consacré aux "chemin pour les personnes homosexuelles" (10). Dans la section de l’article intitulé "quand la guérison est néanmoins possible", la parole est alors donnée à la Communauté des Béatitudes présentée comme "spécialisée dans l’accompagnement psycho-spirituel". Si son fondateur concède que "l’accompagnement [des personnes homosexuelles] dure plusieurs années et suppose une détermination farouche qui ne peut venir que d’une grâce divine", il affirme néanmoins que "la guérison de certaines homosexualités est un chemin long et douloureux mais possible". À ce moment-là, il n’y aucune gêne ni retenue chez Ephraïm pour établir publiquement et dans la presse, un lien entre homosexualité et la "guérison". Une des premières grandes enquêtes consacrées aux scandales des Béatitudes, celles de Marie Lemonnier dans le Nouvel Observateur en 2007, relève d’ailleurs que, au sein des Béatitudes, des "guides ’psycho-spirituels’ vont jusqu’à promettre la guérison du cancer, du sida ou de l’homosexualité" … Au cours de la décennie 2000, il n’y a pas de mystère sur ce que promet aux homosexuels la communauté. Alors que les premiers scandales de pédo-criminalité catholique éclatent, il n’est pas totalement impossible qu’il y ait une confusion, chez les initiateurs des accompagnements dits psycho-spirituels, entre l’homosexualité et la pédophilie. L’évènement déclencheur du départ du couple de communautaires Pascal et Myriam Michelena, de la maison Saint-Luc dans le Tarn, est la découverte du fait qu’un prêtre du diocèse de Rouen, condamné pour pédocriminalité, y réside en séjour dit thérapeutique à proximité de leurs enfants sans qu’ils en étaient prévenus (11).

Plus généralement, derrière cette catégorie de "psycho-spirituel" se trouve un élément important de la Communauté depuis sa fondation : la certitude de disposer de méthodes nouvelles, à la croisée de la psychologie et de l’accompagnement spirituel, pour rétablir les personnes qui se sentent mal. Frère Ephraïm"/Gérard Croissant, dans les pluies de l’arrière-saison évoque explicitement dès 1985, la "dimension médicale" structurante de sa fondation. Il la justifie ainsi : "la raison est simple et logique. L’Esprit nous conduit d’emblée au cœur de l’Église, qui a de tout temps été soignante et enseignante, l’Église étant le lieu où l’on guérit du péché" (Ephraïm 1985, p. 110). Cet attrait pour la médecine et la psychologie, on le retrouve alors dans d’autres mouvements charismatiques comme, par exemple, dans la Communauté du Chemin Neuf (12). Mais les fondateurs des Béatitudes étaient spécifiquement convaincus qu’ils faisaient des avancées exceptionnelles dans le domaine médical ouvert à une dimension spirituelle. Pour Ephraïm, "toutes les découvertes que nous avons faites dans le domaine de la guérison viennent de la Croix, car c’est là que se trouve l’homme, qu’il le veuille ou non, qu’il admette ou non. C’est par la souffrance, même des plus petits, des plus blessés de ses membres que la Communauté découvre une véritable anthropologie" (Ephraïm 1985, idem). Le mot "anthropologie" n’est pas ici anodin : pour Ephraïm et ses proches, la communauté qu’ils fondent dispose, par ses expériences et son charisme propre, d’une pleine compréhension de l’être humain qui lui permet de diffuser des nouveaux moyens d’accompagner les personnes en souffrance.

La première génération de dirigeants des Béatitudes se caractérise même par une abondante littérature éditée par la Communauté aux éditions "Saint-François de Sales" à Cordes-sur-Ciel, puis aux éditions "Pneumathèque" et "des Béatitudes" à Nouans-le-Fuselier, dont émergent plusieurs figures. Il s’agit principalement de médecins proches ou familiers d’Ephraïm qui se revendiquent d’une approche chrétienne de la médecine :

Philippe MADRE : il est l’auteur ou le co-auteur (de 1982 à 2002) de 5 ouvrages portant sur la guérison, le repos dans l’esprit ou "la blessure de la vie". Médecin beau-frère d’Ephraïm et diacre permanent, il est également le premier berger de la maison de Cordes dans le Tarn et le modérateur général de la Communauté à la suite du fondateur de 1985 à 1992. Dans un article dans La Croix en 1996, il se revendique du "charisme de guérison" évoqué par saint Paul dans l’épître aux Corinthiens. Selon lui, ce charisme s’exerce soit sur les corps soit sur "les cœurs et les psychologies". Sans remettre en cause le sacrement des malades, il revendique un "ministère de guérison" spécifique dont il a même tiré un ouvrage (13). Fernand SANCHEZ : Médecin, diacre permanent, il succède à Philippe Madre en 1992 comme modérateur général de la communauté. Dans les années 1980, il écrit plusieurs ouvrages sur l’astrologie, la parapsychologie, la radiostésie pour mettre en garde les chrétiens. Cela ne l’empêchera pas de développer lui-aussi la thématique de la guérison spirituelle au contenu douteux : on le retrouve remercié comme "inspirateur" dans une dédicace de l’ouvrage la Libération intérieure (2010) dont la parution aux éditions de la Renaissance a cessé en 2011 tant le contenu avaient fait réagir les associations de lutte contre les dérives sectaires (CCMM 2013). Bernard DUBOIS : Pédiatre, berger de la maison Saint Luc jusqu’en 2001, il est le co-auteur de cet ouvrage. À l’origine d’enseignements déclinés sous de nombreux supports, il est le théoricien le plus prolixe des Béatitudes. Pour lui, l’homosexualité n’est pas un sujet inconnu. Un article dans La Croix, en 1997, se penche sur la vie affective des prêtres et évoque la situation des "prêtres religieuses soumis à de profonds drames intimes - homosexualité, tendances pédophiles, alcoolisme" qui ont "repris pied dans la communauté charismatique dite thérapeutique des Béatitudes". Bernard, et sa femme Florence, affirment alors que avec "un peu de compétence et beaucoup de compassion, plusieurs ont retrouvé un chemin de guérison" (14). En note de cet article est mentionné un site : le château Saint-Luc à Cuq-les-Vielmur. Cet établissement joue donc un rôle essentiel au sein de la Communauté jusqu’à sa reprise en main au début des années 2000. Le rôle central du Château Saint Luc dans le Tarn Dans cet univers de brassage de références et de pratiques aux confins du médical et du spirituel, un lieu va en effet avoir un rôle particulier comme laboratoire de réflexion et de diffusion de pratiques : le château Saint-Luc dans le Tarn. Gérard Croissant parle même dans les Pluies de l’arrière-saison de l’arrivée providentielle de la Communauté des Béatitudes dans ce lieu : " nous venions de fonder en Provence quand Mgr Coffy, qui préférait nous voir dans son diocèse, nous fit une proposition de maison. C’était le château Saint-Pierre, aussitôt rebaptisé Château Saint-Luc, le médecin bien-aimé, auteur des Actes des Apôtres" (Ephraïm, 1985, p. 112). Le site est rapidement associé à un autre dans la ville proche de Castres : "l’achat d’un immeuble en ville s’imposait pour y établir un cabinet de groupe, véritable antenne sur la ville, où en plus des cabinets de consultations, une chapelle serait installée" (idem). Les deux entités forment le "centre médical Saint-Luc" qui publie également, sous ce nom, différents ouvrages (voir Sources). On charge même alors "les "médecins et psychologues [de la Communauté] orientés vers l’accueil thérapeutique médico-spirituel au sein de leur Cabinet médical et de la vie communautaire" de mettre sur pied "des sessions de formation à cet apostolat à l’intention des prêtres, des médecins, des responsables de groupes de prières ou pour ceux qui ont un rôle important à jouer auprès des malades" (Idem, p. 132).

Si le cabinet médical, pour des raisons qui nous échappent encore, est progressivement mis en sourdine dans les années 1990, le château Saint Luc reste un lieu d’accueil, de retraite et de formation présenté comme un centre "thérapeutique". Agréé par le conseil régional Midi-Pyrénées, il peut accueillir des formation financées par les cotisations sociales des salariés (MICHELENA, 2007, p. 126). Grâce à cette manne inopinée, que représentent également les nombreuses "sessions" qui s’y déroulent, la Communauté des Béatitudes a tout loisir pour se livrer à sa recherche d’une marque propre dans l’accompagnement. Elle ambitionne alors d’élaborer ce qui serait l’équivalent des "exercices spirituels" (mis au point à la Renaissance par saint Ignace de Loyola pour la compagnie de Jésus) adaptés à l’époque contemporaine et aux nouveaux savoirs psychologiques (CCMM 2013). En 1995, une commission spécifique dont prend la tête Bernard Dubois cherche à répondre à ce dessein et c’est lui, on le verra, qui en reprenant le courant de l’"agapèthérapie" de Yolande BOUCHARD, accompagnatrice dans un centre spirituel au Québec, va jouer un rôle central dans la théorisation et la diffusion des pratiques.

Pascal Michelena, ancien communautaire à la maison saint Luc, qui a beaucoup travaillé à la préparation des sessions attenantes au château du même nom, a fait le récit d’une "session de guérison intérieure" qui s’y déroulait au début des années 2000 :

Avant de vivre une semaine de guérison intérieure, la personne est invitée à écrire une lettre de motivation. Cette lettre se veut un garde-fou pour éviter les cas psychopathologiques trop lourd, c’est du moins ce qu’expliquent les responsables. Mais il n’est pas rare que les communautaires chargés de ce discernement « sur lettre », n’aient qu’une formation plus que sommaires sur les psychopathologies. C’est donc un choix qui se fait plus au ‘feeling spirituel’ que sur des bases d’analyses cliniques. La responsable de l’accueil invite donc les personnes ainsi choisies à venir, il leur choisit un accompagnateur en fonction des disponibilités et désigne un « ange ».

Pascal MICHELENA, les Marchands d’âmes, enquête au cœur des Béatitudes : les « thérapies chrétiennes » en question, Lyon, éditions Golias, 2007, p. 175

Un "ange" est ici un communautaire qui "porte dans sa prière", tout au long de la semaine de retraite, une personne dont elle ne connaît pas l’identité, avant de la découvrir lors d’une cérémonie finale. La retraite se déroule ainsi :

L’accompagnateur et l’accueilli(e) se verront tous les jours à raison d’une à deux heures par jour. L’accueilli(e) aura également des activités manuelles ou corporelles (calligraphie, poterie, danse d’Israël, jardinage), participera aux célébrations liturgiques (eucharistie, offices, chapelet, adoration, aux services divers (vaisselle, mise de table). Les accueillis suivront également un enseignement quotidien sur l’anthropologie chrétienne vue par la communauté et le mécanismes de blessures, de réactions aux blessures et la démarche de pardon. L’accompagnateur est en théorie supervisé par une personne, mais le sommet de la semaine, pour les accompagnateurs est la réunion de synthèse.

Idem, p. 76.

Ce qui choque les Michelena lors de ces temps dit de synthèse c’est qu’ils ressemblent plus à "un large déballage des accompagnements vécus lors de la semaine" ouvert à plus de 15 personnes parfois prenant connaissance de situations intimes sans forcément de formation spécifique ni l’accord des personnes accompagnées. Arrive enfin le temps de clôture de la retraite, le samedi, intitulé "une prière de guérison ou de délivrance" :

Autour du Saint-Sacrement, l’accompagnateur, l’ange et parfois une troisième personne prient ensemble autour du « malade ». La prière est dirigée par l’accompagnateur et la vie de la personne accompagnée est survolée et ‘les différents esprits, accusés de pourrir la vie de la personne sont ‘attachés’ au pied de la croix du Christ’. Les blessures vont être énoncées pour demander l’intervention de l’Esprit-Saint et guérir la ‘maladie’. Dans les faits, nous ne sommes pas si loin des prières d’exorcisme, non dans la forme, mais dans l’intention. La personne accueillie lit devant le Saint-Sacrement, à haute voix, la lettre qu’elle a écrite ou à Dieu, ou à une personne responsable de ses maux (vivante ou défunt). Cette lettre sera symboliquement brûlée.

Idem, p. 76-77.

Du côté des personnes accompagnées, le vécu rétrospectif est différent. Le témoignage de notre victime (femme) attirée par les femmes ayant également connu une session au château Saint-Luc dans les années 1990 est aussi critique, notamment sur la confusion des plans psychologique et spirituel :

On envoyait [au château Saint Luc ] des personnes en situation de détresse psychologique. Il fallait écrire une lettre pour y aller mais je me demande si je n’en étais pas dispensée tellement j’allais mal. C’est dans le Tarn, ça ressemble à une forteresse. C’était une semaine en silence avec des services (cuisine, lingerie). Il y avait une psy […] qui menait des entretiens. C’est ce que je lui reproche aujourd’hui, c’est qu’elle n’avait pas compétence pour faire cela et elle ramenait toujours tout au péché : ce n’était pas neutre."

Témoignage recueilli en novembre 2020.

Précisons que Bernard DUBOIS est pédiatre de formation. Il a développé dans un livre intitulé Guérir en famille la possibilité d’inclure les enfants à une démarche dite "psycho-spirituelle". Benoit Berthe a également témoigné sur la façon dont il a été conduit, adolescent et donc légalement mineur, au château Saint-Luc de 15 à 18 ans :

J’ai vécu le calvaire de ces sessions, notamment celle de "guérison des blessures profondes". Je faisais face à un accueil plutôt bienveillant, ces gens-là sont convaincus […] d’aider des personnes à ne pas tomber dans la dépravation. On trouvait un mélange dangereux de manipulation mentale. Ils mêlent spiritualité et psychologie, sans aucun diplôme, sans maîtrise des sujets. Ils expliquent pourquoi c’est tordu et cela doit être redressé. ils m’ont posé des questions extrêmement humiliantes qui touchaient à mon intimité comme ’Quant tu te masturbes, tu penses à quoi ?’

Marius FRANÇOIS, "Trois ans de ’calvaire’ pour ’devenir hétéro’", 8 novembre 2019.

On retrouve les mêmes griefs que l’autre témoignage : l’emprise sur une personne, de surcroît mineure, le mélange des registres et l’exercice, en dehors de tout référentiel accepté par la profession, de méthodes psychologiques qui, malgré certains discours, paraissent avoir été exercé de manière artisanale et pour le moins baroque.

Le Château Saint Luc aura pourtant pignon sur rue comme "Centre thérapeutique" jusqu’au début des années 2000. En 2003, la DDASS (direction départementale des affaires sociales) du Tarn diligente une inspection dans l’établissement. Le rapport conclut que les activités qui s’y déroulent "ne bénéficient d’aucune autorisation ni agrément". Pis, elles "s’appuient sur une vision mystique et des bases thérapeutiques non validées par la science". Les rapporteurs mettent en garde contre le risque de pratique illégale de la médecine et demande l’abandon de toute mention de l’adjectif "thérapeutique" dans les activités du Château (CCMM 2013). La Communauté des Béatitudes s’exécute : les dépliants sont nettoyés, la mention de centre "thérapeutique" est abandonné, la Maison Saint Luc change de berger : Bernard Dubois laisse sa place au père Benoît-Marie Dewilde comme "berger" de la maison, et les sessions de "guérison" sont transformées en "sessions Nicodème". En 2007, pourtant, suite à la médiatisation de la plainte déposée par le couple Michelena pour abus et escroquerie contre la communauté des Béatitudes, la Dépêche du Midi révèle que le site du diocèse d’Albi continue de mentionner sur son site Internet un "centre thérapeutique Saint Luc". L’évêque Michel Carré plaide l’erreur et rappelle l’interdiction faite aux Béatitudes de mentionner l’adjectif thérapeutique (15).

À ce jour, on ignore toujours combien de personnes LGBT ont été accompagnées au château Saint Luc en raison de leur orientation sexuelle ou leur identité de genre. Excepté des regrets exprimés dans un communiqué de presse, aucune compensation n’a été, pour l’instant, envisagée ni proposée.

III) La diffusion et la filialisation des pratiques ? Le discours officiel à la Communauté des Béatitudes – depuis l’éviction d’Ephraïm et de ses proches, notamment Bernard Dubois - est que la communauté a fait le ménage et mis fin aux pratiques dites "psycho-spirituelles". Henry Donneaud, dominicain et commissaire pontifical à la tête de la communauté au nom de Rome, déclare par exemple en 2012 au journal la Vie que "les pratiques mélangeant le psychologique et le spirituel ont complètement cessé dans la communauté" (16). Toutefois, il reconnaît que "des dérives résiduelles" persistent "dans des endroits fondés par Ephraïm à un moment où il n’était plus à la tête de la communauté" (idem). La Communauté a en effet essaimé une série d’organisations qui prolongent, d’une certaine manière, le sillon sans que l’on ait de garantie certaine qu’elles aient abandonné les pratiques du Château Saint Luc.

Le courant de l’"agapè(thérapie)" Méthode mise au point dans un centre spirituel du Canada par la religieuse Yolande BOUCHARD (17), l’ "agapethérapie" est acclimatée avec quelques adaptations en France par le docteur Bernard Dubois au château Saint Luc au cours des années 1990-2000 (CCMM 2013). En 2003, le docteur exfiltré des Béatitudes constitue une association dénommée "Anne-Peggy Agapè" qui s’installe en 2005, avec l’accord de l’évêque du lieu Henri Brincard, au Puy-en-Velay où elle implante ses sessions. Selon le magazine Golias qui a enquêté, "jusqu’en 2011 les formations étaient à peu de choses près celles qui avaient été élaborées par la Communauté des Béatitudes à Château Saint-Luc" (18), un dépliant indiquant même qu’elles tentaient de "synthétiser le travail et l’expérience des Béatitudes dans le domaine de la recherche anthropologique et de l’accompagnement spirituel" (idem).

Une session Agapè prend la forme d’une retraite d’une semaine où, chaque jour, l’accompagné procède à une relecture de sa vie de sa conception à l’âge adulte, en passant par la période utérine et la petite enfance (période où l’être humain n’a pourtant pas de souvenirs). Les sessions Agapè sont des retraites très structurées et organisées. Les méditations succèdent aux enseignements religieux, qui exposent la théorie qui sous-tend la session. Des temps liturgiques marquent les supposées étapes conduisant vers la supposée guérison. Tout est fait pour amener le retraitant à prendre conscience de ses "blessures" qui font obstacle au dessein originel d’amour de Dieu pour lui et entraverait son bonheur. Une série de rites et de prières matérialisent le chemin accompli afin d’obtenir une forme de libération et recouvrer la santé.

Les sessions Agapè ne concernent pas exclusivement les personnes LGBT mais ces dernières ont pu être intégrées à la liste des "mal-être" qu’elles se proposaient de traiter. Le centre de lutte contre les manipulations mentales a pu faire le récit d’un retraitant en session Agapè. D’après ce dernier, il est établi que, le quatrième jour, consacré à l’adolescence, un enseignement est délivré sur l’homosexualité (avant le cinquième, sur les abus sexuels) :

La méditation commence par la mise en situation différente pour l’homme et pour la femme. Le même scénario de malheur : le père violent, le fait de n’avoir pas correspondu à l’enfant désiré par les parents, la surprotection de la mère, la carence affective du côté de la mère, etc. La méditation se termine par une prière pour être dégagé, encore une fois, des influences aliénantes qui ont modifié, aspirations, goûts, attraits…

Et comme Dieu peut tout, il suffit de lui demander de ‘m’accompagner tout au long de ma croissance, et de corriger ce qui m’a brisé(e) dans mon être spirituel, psychologique et même physique’. En bref, Dieu est un super-thérapeuthe à tous les niveaux.

Site du CCMM

On retrouve, comme c’est souvent le cas chez les experts catholiques de l’homosexualité (Tony Anatrella, Louis Masquin, cf. infra) un attrait pour la théorie, d’inspiration freudienne, du juste développement psycho-sexuel devant aboutir à l’hétérosexualité. Elle interprète l’homosexualité comme un blocage et une immaturité qui s’enracinent dans l’histoire personnelle. L’Agapè apparaît ainsi comme l’une des méthodes qui se propose de "réparer" une construction brisée…

D’autres lieux et d’autres formes Dans le sillage des Béatitudes, d’autres lieux ou organisations ont en toute vraisemblance essaimé le même lot de théories et de pratiques de "guérison" aux frontières de l’accompagnement spirituel et de la psychologie même si, pour l’instant, ce ne sont que des pistes très ténues qui nous conduisent à eux.

le Centre Kinor de Labrit Même évincé de la Communauté des Béatitudes, Ephraïm a poursuivi ses essais pseudo-thérapeuthiques et la presse permet de retracer grossièrement son parcours. En 2011, l’évêque d’Aire et Dax (diocèse qui correspond globalement au département des Landes) doit rappeler que le "centre de Labrit" n’est pas une œuvre catholique de son diocèse bien qu’un prêtre des Béatitudes, qui occupe formellement des missions comme aumônier d’un établissement scolaire catholique du diocèse, y officie. Dans le bulletin diocésain Église dans les Landes (n°149, p. 4) il indique que "Kinor est une entreprise privée, fondée, semble-t-il, par une équipe de thérapeutes dont certains se disent reconnus par l’Église catholique". Le lieu est également un centre de "formation" et on peut faire l’hypothèse que les méthodes et pratiques du psycho-spirituel s’y sont poursuivies (19).

la Communion Marie Reine de Paix L’organisation sous cette dénomination apparaît dans le documentaire de Sophie Bonnet "les Béatitudes, une secte aux portes du Vatican" de 2011. Le film rend compte d’une session intitulée "je serai guéri" au Carmel de Lisieux. Le couple d’animateurs pratique des temps collectifs de régression vers le "sein maternel" et, dans un entretien avec un journaliste infiltré, l’intervenante explique que "tous nos problèmes viennent de notre petite enfance" (26’21"), postulat initial de la mouvance de l’agapèthérapie. Implantée en Mayenne, la "Communion" – qu’on peut assimiler, semble-t-il, à un avatar de la Communauté des Béatitudes formé par des anciens déçus du départ d’Ephraïm et des mesures restrictives dont il a fait l’objet – a fait elle-même été sanctionné canoniquement dans le diocèse de Laval : ses responsables ont été interdits d’enseignement et un document, rédigé par un diacre a été remis aux évêques sur leurs activités (AVREF Agapè, en ligne).

les Fraternités saint Camille de Lellis ? Le livre des époux Michelena, qui ont été communautaires au Château Saint Luc, évoque cette organisation dans leur ouvrage comme un pôle de personnes ayant été formées aux Béatitudes et revendiquant le titre de "thérapeute chrétiens" ou de "thérapeutes Saint Luc". Ils en parlent même comme "le prolongement de l’apostolat de la Communauté catholique des Béatitudes" (Michelena 2006, p. 126, p. 160 et p. 198). Serait-ce également un vivier de pseudo-professionnels proposant leurs services pour accompagner les personnes LGBT ? Rappelons que dans le domaine encore méconnu des pratiques visant à modifier l’orientation sexuelle en France, plusieurs éléments laissent à penser que, à côté d’officines religieuses qui maintiennent la culpabilité morale au nom d’une doctrine chrétienne, il existe des personnes qui se présentent comme accompagnatrices, psychologues ou non, conseillers conjugaux parfois. La Fraternité saint Camille de Lellis a-t-elle pu jouer ce rôle de groupe de personnes ressources sur ces questions ? Tout semble l’indiquer…

Des autorités lentes à réagir ? L’essor du "psycho-spirituel" en marge d’organisations charismatiques catholiques ne s’est pas fait sans attirer l’attention des autorités religieuses ou politiques :

En 2000, la Congrégation pour la Doctrine de la foi délivre une "instruction" sur "les prières pour obtenir de Dieu une guérison" (CDF, 2000). Ce texte met en garde contre la profusion de temps de guérisons en dehors de ceux institués par l’Église catholique, notamment hors du cadre du "sacrement des malades". En cas de "célébrations liturgiques de guérison", "l’autorisation [de l’évêque] doit être explicite" (art. 4, §3). "Il est en outre nécessaire, prévient le texte, que, durant leur déroulement, on n’en vienne pas, surtout de la part de ceux qui les dirigent à des formes semblables à de l’hystérie, à l’artificialité, à la théâtralité ou au sensationnalisme" (art. 5, §3). En cas de guérison soudaine dans l’assemblée la "prudence" est demandée et Rome demande clairement aux évêque d’ "intervenir avec […] autorité quand il y a des abus"… Si le texte cadre les assemblées de prières charismatiques, il passe à côté de la multiplication des exorcismes "sauvages" et l’essor du "psycho-spirituel". Les autorités catholiques françaises se saisissent toutefois de cette question sérieusement pour la première fois en avril 2005 lorsqu’un groupe de travail composé de François Blondel, évêque président de la Commission épiscopale pour la vie consacrée, Michel Santier, président du Comité épiscopal pour le Renouveau, soeur Monique Gugenberger, présidente de la Conférence des supérieures majeures, Luc Crépy, président de la Conférence des Supérieurs majeurs, soeur Marie-Chantal Geoffroye, président du Service des monnaies et soeur Eliane de Montebello, coordinatrice du service "accueil médiation pour la vie religieuse et communautaire" produisent un document "à usage réservé des évêques" et des supérieurs religieux (Service Accueil Médiation pour la vie religieuse et communautaire et alii, 2005). Ce document s’inquiète des risques de souvenirs induits par les sessions de guérison et les séparations familiales qu’elles entraînent et des vocations suscitées de manière trop rapide chez des personnes fragiles. Surtout à destination des congrégations religieuses, le texte n’envisage pas que la guérison a pour destination de mauvais objets (comme l’homosexualité) et les retraites "ouvertes" à tous les fidèles. En 2007, le rapport de la Miviludes, l’organisme inter-ministériel de lutte contre les dérives sectaires, aborde la question des dérives thérapeutiques qui aboutissent aux "faux souvenirs induits". Un an plus tard, le rapport 2008 relève qu’ "une avalanche de témoignages et de demandes" ont été adressés à la Miviludes suite à son évocation dans le rapport de 2007. Le même document rappelle qu’un des critères déterminant pour reconnaître la dérive sectaire est l’ "embrigradement théorique", visible "quand "la ’théorie’ n’est pas à considérer comme un ensemble d’hypothèses à interroger, mais sacralisée, elle explique tout et marche à tous les coups" (MIVILUDE, 2008, p. 114-115). Sans la nommer explicitement ni la désigner exclusivement, les rapporteurs s’en prennent aux "sessions Agapè" alors que les collectifs de victimes de dérives sectaires se plaignent des séparations intra-familales liées à des faux souvenirs (les conjoints ou les ascendants se voient reprocher des faits, souvent d’ordre sexuel, qu’ils n’ont pas commis) et l’embrigadement, parfois dans de "fausses vocations", des personnes en situation de rupture. Dans le diocèse du Puy-en-Velay, la réponse des autorités épiscopales est, dans un premier temps, surprenante. En 2011, Michel Santier remet un dossier confidentiel à l’épiscopat dans lequel il pointe les dangers du "psycho-spirituel". Commentant le rapport, le journal La Croix évoque explicitement les retraites Agapè la Communauté des Béatitudes. Le magazine Golias publie en 2012 ce rapport et Henri Brincart, évêque du Puy, déclare alors qu’il repose sur une version dépassée du livret en usage dans les sessions agapè. Il demande donc un "audit" qui sera remis en août de la même année par le dominicain Thierry-Dominique Humbrecht et qu’il présentera plus tard à l’assemblée plénière de l’épiscopat afin de rassurer ses collègues. Dans ce document, excepté quelques corrections mineures qu’il suggère et la reconnaissance canonique de l’association organisatrice des sessions, le rapporteur déclare pleinement catholiques les sessions (20). Il faut en réalité attendre la nomination en 2015 de Luc Crépy évêque du Puy en Velay pour assister à une ré-organisation des sessions Agapè en 2016. En 2017, une nouvelle formule des sessions est organisée sous le vocable d’ "Agapè Notre-Dame du Puy" (21). Du côté des autorités civiles ou religieuses, il faut donc une vingtaine d’années pour parvenir à réguler et cadrer les sessions "psycho-spirituelles" (sans pour autant y renoncer). Force est également de constater, que les motifs évoqués (peur des confusions des plans ou des souvenirs induits) ne concernent jamais explicitement le respect de l’intégrité psychique des personnes LGBT…

IV) un acteur régulier dans la promotion d’idées homophobes Après la diffusion du documentaire Homothérapies fin 2019, la Communauté des Béatitudes dans un communiqué a affirmé que "la question de l’homosexualité, malgré son actualité, n’a pas été ces quinze dernières années et n’est pas aujourd’hui, un thème théologique ou pastoral travaillé et enseigné"(2). Cette assertion est pour le coup assez problématique. Certes, le château Saint Luc a été ré-organisé en 2001, mais, depuis sa création, la Communauté des Béatitudes reste un acteur éditorial de création et de diffusion de discours péjoratif sur l’homosexualité. Elle s’inscrit pleinement dans le catholicisme français d’identité qui a porté une conception péjorative de l’homosexualité, du mode de vie gay contemporain et du couple homosexuel. Jusqu’à aujourd’hui, la Communauté produit même des documents qui peuvent justifier des démarches correctrices de actes affectifs et sexuels entre personnes de même sexe, ce qui fait qu’elle peut se retrouver indirectement dans des polémiques, notamment lorsque les manuels qu’elle édite créent des controverses en contexte scolaire (récemment en 2017 et 2020).

On peut repérer plusieurs ouvrages éditées par les Béatitudes et qui sont encore parfois disponibles dans le commerce. Certains ne sont plus édités ou épuisés mais ils n’ont pas été rappelés et n’ont pas fait l’objet d’une communication désapprouvant leur contenu. Chronologiquement :

1992 : Daniel-Ange, Homosexuel, qui es-tu ? où vas-tu ? Le père Daniel-Ange (de son nom complet : Daniel-Ange Maupeou d’Albeiges) est un acteur connu de la galaxie charismatique francophone. Il est le fondateur du mouvement "Jeunesse Lumière". Dans son parcours intellectuel, il est très tôt attaché à l’idée de la dimension "thaumaturgie" de l’amour de Dieu avec un essai les blessures que guérit l’amour édité en 1996 aux éditions de la Communauté des Béatitudes à l’époque où elles s’appelaient encore "éditions Pneumathèque". L’ouvrage sera ré-éditées de manière augmenté en 2007 avec un titre mentionnant Thérèse de Lisieux (voir Sources). Dans Homosexuel, qui es-tu ? Où vas-tu ?, Daniel-Ange souhaite "ni rire, ni applaudir" l’homosexualité mais "accueillir et guérir" (p. 12). L’essai se veut un appel à constituer des communautés chrétiennes correctrices : "tant de jeunes blessés dans leur affectivité ont été progressivement ré-équilibrés en vivant dans des lieux de grâce" (p. 15). L’ouvrage passe beaucoup de temps sur la genèse de l’homosexualité afin de conclure à une "immaturité" vécue comme une "aliénation" toujours source de culpabilité (p. 39). Le chapitre IV propose des "pistes" même si l’homosexualité est définie comme "l’une des blessures les plus difficiles à guérir" et l"’une des déviances les plus dures à rectifier" (p. 51). Les "conversions religieuses" sont vue positivement comme les sources de ces "revirements" (idem) et parmi les propositions d’accompagnement il nomme explicitement l’association "devenir UN" (aujourd’hui DUEC) à l’époque où, sous la direction de Michel Jamet et de sa femme, le groupe essaie de se constituer comme un mouvement ex-gay français (p. 63).

2006 (2017, 2020) : Jean-Benoit CASTERMAN, Pour réussir ta vie sentimentale et sexuelle En 2017, un manuel édité 11 ans plus tôt aux Éditions des Béatitudes et écoulé depuis à 50000 exemplaires se retrouve au cœur d’une polémique. Proposé comme ressource au lycée catholique Sainte-Croix de Neuilly sur Seine dans le cadre d’une séance de "formation humaine et spirituelle", il est dénoncé le 23 février par un élève comme homophobe sur le réseau social Twitter. Suite au mouvement d’indignation de certains parents d’élèves, la direction de l’établissement fait le choix de retirer l’ouvrage. À son origine, on trouve un prêtre de la Communauté de Saint Jean : Jean-Benoît CASTERMAN qui gère une œuvre charitable catholique au Cameroun (pays qui condamne pénalement les actes homosexuels) et dont on retrouve de temps en temps la signature dans des articles sur le site d’extrême droite "riposte laïque" (22).

Dans ce manuel, le prêtre accorde une grande importance à l’origine de l’homosexualité qui "résulte surtout d’une évolution psychique marquée par l’influence excessive ou insufisante du père ou de la mère dans l’enfance ; ou suite à des perversions d’adultes". Si l’homosexualité passagère de l’adolescence est abordée de manière compréhensive, il est prohibé de se "définir ainsi" et de passer à l’acte à travers une activité génitale. Contactées par la radio Europe 1 les Béatitudes, via Claude Brenti, ancien berger de la maison de Nouans-le-Fuselier devenu directeur de l’entreprise, revendiquent la liberté éditoriale même si l’éditeur confesse que, venant d’arriver en fonction et n’ayant pas été décisionnaire sur le projet, il n’aurait peut-être pas ré-édité cet ouvrage sous cette forme (23). L’enquête menée par le journal Marianne révèlera que l’ouvrage n’est pas arrivé accidentellement dans le lycée : il figurait sur la liste des ressources proposées par le diocèse de Nanterre aux équipes pastorales (24). Plus surprenant : à son origine, il y a même un financement de la Banque mondiale dans un programme de lutte contre le sida (25).

Fin 2020, le même livre se retrouve au cœur d’une nouvelle polémique cette fois-ci dans le lycée catholique Notre-Dame de Kerbertrand à Quimperlé (Finistère). Même scénario qu’en 2017 : une élève choquée des propos de l’ouvrage publie sur le réseau social Instagram des passages qu’elle juge homophobes. L’ensemble du personnel débraye pour manifester sa désapprobation et la direction, reconnaissant une erreur, dénonce une brochure "cousue d’approximations, d’affirmations caricaturales, de mélange de psychologie et de spirituelle (sic)" (26). Cette nouvelle affaire témoigne en tout cas qu’un manuel des Béatitudes, édité depuis 2006, est encore en usage dans l’enseignement privé catholique une quinzaine d’années plus tard.

2012 : Louis MASQUIN, Identité, sexualité, des repères pour aujourd’hui Neurospsychiatre à Avignon, le docteur Louis MASQUIN est un familier du Château Saint-Luc où il intervient comme formateur dans le séminaire de formation (CCMM 2013). Son nom apparaît également dans l’équipe des personnes sollicitées pour faire le tri parmi les lettres de motivations (idem). Après 2003 et la fin des activités "thérapeutiques" du centre, on le retrouve dans les polémiques liées à la "théorie du genre/gender" du début de la décennie des années 2010. Conférencier, il peut faire le lien entre la "théorie du genre" et le "mariage pour tous" dans des événements en marge de la Manif pour tous (une conférence, par exemple, le 14 mars 2013 à la maison diocésaine d’Avignon). Inquiet pour la jeunesse, il met au clair en 2012 ses idées dans un manuel intitulé identité, sexualité, des repères pour aujourd’hui qui a fait l’objet d’une analyse par Jean Loup Adénor et Timothée de Rauglaudre dans leur ouvrage Dieu est amour (p. 150 et suivantes). Les deux journalistes avaient alors relevé comment le médecin établit une typologie entre les homosexualités "accidentelle", "réactionnelle" et structurelle". Dans cet ouvrage, il évoque la possibilité d’une "thérapie" qui peut "permettre de sortir de ces failles par un travail de réconciliation, d’apaisement par rapport aux angoisses intérieures et à la forte dépréciation de soi-même" (cité p. 151).

2018 : Laurent PERRU, Masculin en crise, devenir un homme selon le cœur de Dieu Dernier ouvrage à contenu problématique édité aux éditions des Béatitudes : l’essai du psychologue Laurent PERRU Masculin en crise, devenir un homme selon le cœur de Dieu. Son auteur n’est pas un inconnu : se revendiquant comme "psychopraticien" et "logothérapeuthe", il est en lien avec la mouvance de l’ "agapè" et de la "guérison spirituelle". Il a publié en effet, en 2008, aux Éditions des Béatitudes un essai intitulé le Soin des âmes. Accompagnement, guérison, évangélisation, des perspectives nouvelles qui a reçu une critique assez dure de la religieuse dominicaine Marie-Ancilla spécialiste de cette mouvance : "on peut reconnaître, à l’arrière-fond de l’ouvrage, la doctrine anthropologique des Béatitudes mise en forme par Philippe Madre et Bernard Dubois. Elle apparaît comme un acquis qui ne pose aucun problème" (Marie-Ancilla, s.d.). Son nom apparaît également parmi les formateurs du château Saint Luc (AVREF 2013).

Cet élément n’est pas anecdotique dans la mesure où la théorie de la guérison de l’affectivité et de l’imaginaire se retrouvera dans l’ensemble de son œuvre. L’essai Masculin en crise du psychologue catholique arrive, de manière significative en 2018, après la crise qui a touché les Béatitudes et l’agapè. Il reconfigure, spécifiquement pour l’homosexualité, les mêmes idées en atténuant les aspects devenus problématiques. Mais on retrouve les éléments significatifs de la mouvance psycho-spirituelle appliquée à l’homosexualité : la confusion des domaines psychologique et spirituel, le refus de la dépathologisation de l’homosexualité par les sociétés savantes, l’ignorance de la loi (dépénalisation de l’homosexualité et lutte contre les discriminations) et la non-reconnaissance de l’émancipation LGBT comme participant des droits humains.

L’ouvrage de Perru sur l’homosexualité reçoit significativement une préface de Laurent Fabre, fondateur de la Communauté charismatique du Chemin neuf dont on a vu la proximité avec les Béatitudes sur le plan de l’accompagnement des personnes malades et des professionnels de la santé. Le jésuite explique son enthousiasme devant l’essai : "ne trouvant rien de très consistant en France, responsable d’une communauté internationale […] je commençais à percevoir certaines lueurs d’Outre-Atlantique" et de citer la déclaration "homosexualité et espoir" de la société savante confessionnelle des médecins catholiques d’Amérique du Nord…

De manière générale, l’ouvrage transpose les idées de la mouvance "ex-gay" nord-américaine et les reconfigure avec celles de la guérison intérieure. Sur 133 références bibliographiques, la première occurence, avec 12 références, est celle de Joseph Nicolosi dont un ouvrage de 1991 est tenu par l’historien Jack Drescher comme le renouveau des thérapies de conversion de type confessionnel aux Etats-Unis. Nicolosi, qui a conseillé les évêques américains dans le choix des vocations, est le co-créateur du réseau "NARTH" de thérapeutes chrétiens de l’homosexualité s’opposant à sa dé-pathologisation (DRESCHER 1998). De manière significative, dans l’ouvrage de Laurent Perru, Tony Anatrella, Andrew Comiskey, Marcel Eck, Xavier Lacroix, Joseph Nicolosi, Leanne Payne, Michel Socarides - tous associés à la galaxie des thérapies dites de conversion - constituent 20% environ des références.

Dans le détail, l’ouvrage procède, assez classiquement pour ce type de littérature, à une disqualification de l’homosexualité réduite à l’acronyme médicalisant d’ "AMS" pour "attirance à l’égard du même sexe" (transposition du "same sex attraction" du mouvement ex-gay américain) et la renvoie à un déficit de masculinité. Le mouvement LGBT est parallèlement décrit comme dénué de toute pertinence : il est assimilé au statut d’instance militante qui a mis au point ce que Laurent Perru appelle le "mythe gay" selon lequel on naîtrait homosexuel. Ce récit alternatif et négatif des événements qui ont conduit à la dépénalisation de l’homosexualité permet à Laurent Perru de proposer des moyens pour "sortir de l’impasse" (titre du chapitre 3). Parmi ces moyens, on trouve évidemment les mouvements Torrents de vie et Courage mais aussi les camps de l’association "au cœur des hommes" et les groupes de parole du "réseau hommes" qui s’inspirent du psychanalyste Guy Corneau (auteur de l’essai très connu Père manquant, fils manqué en 1989). La reconquête de la masculinité est présentée comme la clé pour sortir de l’homosexualité.

D’un point de vue religieux, l’essai de Laurent PERRU est intéressant à plusieurs égards. On retrouve un élément commun avec un mouvement comme Torrents de vie : "le masculin trouve une expression parfaite dans le Christ, modèle de l’homme chrétien" (p. 190). Le psychologue est également critique des courants moraux chrétiens qui prônent la seule recherche de l’abstinence car cette voie "ne résout pas le problème de l’identité" (p. 191). La prière est même présentée comme inefficace : "les témoignages de chrétiens qui ont seulement prié pour être débarrassé de leur attirance sans autre démarche, et qui n’ont pas été exaucés, sont nombreux" (p. 200). La recherche d’une conciliation entre voie chrétienne et homosexualité est, elle, totalement récusée au nom d’arguments pseudo-médicaux, pathologisants et non sourcés : "si l’homme en proie à l’AMS ne prend pas une décision claire et s’enfonce davantage dans une attitude de passivité et d’apathie qui caractérisait déjà cette tendance, il s’expose à des troubles psychiques réels" (p. 193). Aucune note ne permet d’étayer quels sont ces troubles ni quelle source d’autorité permet de l’affirmer.

Comme dans la galaxie de l’agapè, le détour par les thématiques spirituelles permet de ré-introduire, de manière plus ou moins dissimulée, la pathologisation, ainsi peut-on lire que "la tradition spirituelle atteste qu’aucune maladie, même la plus désagréable ou la plus douloureuse, n’empêche en soi d’être en communion avec Dieu (avec ce qui n’interdit pas de prier pour la guérison et de se soigner" (p. 196). À ce moment-là de l’argumentation, on a basculé, via le religieux, de l’homosexualité à accompagner vers l’homosexualité à guérir… La guérison proposée peut explicitement être celle de "l’imagination" (p. 203) : "la prière sur l’imagination et la mémoire n’a pas seulement pour objectif de soulager une souffrance. Le but est une libération de toutes les capacités, surtout la volonté, capacité de choisir librement et de prendre de nouvelles décisions en réponse au projet de Dieu." (p. 204). Le praticien développe explicitement la façon dont il opère cette sorte de re-programmation pseudo-psycho-spirituelle :

dans la prière, je propose de demander des images saines du vrai masculin qui vont prendre la place des images faussées, issues de l’imagination du petit garçon honteux et solitaire. En tant qu’hommes, nous avons une sorte d’avantage : Jésus-Christ est un homme et donc, en tant que tel, il est le meilleur masculin possible pour nous. Je propose également de demander cette grâce d’unir notre volonté masculine défaillante à la volonté forte du Christ, à son authentique masculin.

Laurent Perru, Masculin en crise

Conclusion Comme il a fallu de nombreuses années afin de comprendre le périmètre, la complexité et les mécanismes de la pédocriminalité catholique, il faudra encore sûrement de temps pour saisir les enjeux des thérapies de conversion en contexte catholique et la part prise, en leurs seins, par la Communauté des Béatitudes.

Aujourd’hui, on n’a pas encore de chiffres évidents de personnes concernées mais nous sommes face à un phénomène qui a eu ouvertement une activités des années 1980 (avec l’ouverture du Centre Saint-Luc) à la fin de la décennie 2010 (si on inclut l’expérience des "agapè" avant leur reprise en main par Luc Crépy). Un certain nombre de publications, encore disponibles au catalogue, dont, en premier lieu, celle de Laurent Perru laissent à penser qu’une série de théories et de pratiques conduisant à altérer l’orientation sexuelle sont encore présentement enseignées, diffusées et utilisées. Cela n’empêche qu’elles connaissent des "mises à jour" discursives pour les rendre moins suspectes dans le contexte de l’époque.

Si des affaires récentes ont mis en lumière Emmanuel et Courage sur les années 2000 et 2010, il faut envisager que la communauté des Béatitudes et ses satellites aient constitué, en contexte catholique, l’acteur dominant des décennies précédentes 1900 et 2000. Il faudrait encore, pour approfondir ces pistes, étudier les périodiques réalisés par les Béatitudes ainsi que les nombreux supports audio-visuels que la Communauté a édités (cassettes audios, cassettes VHS, MP3). On pourra sûrement établir plus précisément comment la Communauté, avant l’importation des théories des ex-gays nord-américains, développait ses propres outils autour d’une interprétation très particulière de la thématique de la "guérison" enrichie de pseudo-outils psychologisants.

Seul ce travail permettrait de mettre fin à l’effacement mémoriel – pas propre aux Béatitudes mais à l’ensemble du catholicisme français – concernant l’ampleur et la réalité des pratiques dites de conversion. Le discours actuel, qui tend à minimiser ce qu’il s’est passé ou à le rendre marginal s’il n’est étranger au catholicisme, doit être combattu. En la matière, il n’est pas impossible qu’on soit à la veille de la découverte de nombreux actes d’emprise et d’abus spécifiquement à l’égard des personnes LGBT.

NOTES (1) Communauté des Béatitudes, "À propos du livre Dieu est amour", 8 décembre 2019, communiqué disponible en ligne.

(2) Sur ce qui suit, voir infra : REFERENCES / principales enquêtes de presse.

(3)

"Je ne savais pas que j’allais entrer en enfer" (entretien avec Nicolas LE PORT-LETEXIER, propos recueillis par J.-M. D) et Jean-Marc DUCOS, "Huit suicides au cœur d’une enquête", Aujourd’hui en France, 20 juin 2008 ; Jean-Marc DUCOS, "Gardes à vue et perquisitions dans la communauté des Béatitudes", Aujourd’hui en France, 1er octobre 2008 ; P.A., "Mystérieuse abbaye d’Autrey", l’Est républicain, 8 octobre 2008. "Nouvelle enquête sur l’abbaye Notre-Dame d’Autrey", l’Est républicain, 23 janvier 2009. Jean-Marc DUCOS, "Un prêtre des Béatitudes en garde à vue", Aujourd’hui en France, 17 mai 2010. "Poursuite de l’enquête sur le lycée d’Autrey", La Croix, 18 mai 2010. (4)

Le parcours d’Ephraïm constitue le principal fil rouge des grandes enquêtes de presse, voir : REFERENCES / principales enquêtes de presse. Claire LESEGRETAIN, "Philippe Madre, ex-modérateur général des Béatitudes réduit à l’état laïc", la Croix, 26 mai 2011. Église catholique en France (site de la Conférence des évêques de France), "la Communauté des Béatitudes communique", 16 novembre 2011. "un médecin yonnais poursuivi pour escroquerie", Ouest France, 23 septembre 2014. (5)

Jean-Marc GUILBERT, "Ces anciens adeptes qui accusent les Béatitudes", la Dépêche du Midi, 17 janvier 2007 ; "Une nouvelle plainte contre la Communauté des Béatitudes", la Croix, 16 décembre 2008. B.-H. SAINT-PAUL, "Nous quittons la communauté des Béatitudes", la Dépêche du Midi, 11 mai 2009. Michaël HAJDENBERG, "la retraite sans le sou des anciens religieux", Mediapart, 2 mars 2017. (6)

Jean-Marc DUCOS, "Gardes à vue et perquisitions dans la communauté des Béatitudes", Aujourd’hui en France, 1er octobre 2008. Anne-Bénédicte HOFFNER, "le Procès d’un ancien membre des Béatitudes interpelle l’Église", la Croix, 29 novembre 2011. Ondine MILLOT, "’Monsieur Papouille’ et son péché un peu secret", Libération, 1er décembre 2011. Charles LEDUC, "les Béatitudes font une croix sur leur responsabilité", Centre presse, 1er décembre 2011. Laurent HORTES, "Procès des Béatitudes : les quatre cavaliers de la mauvaise foi", Midi Libre, 1er décembre 2011. Anne-Bénédicte HOFFNER, "Cinq ans de prison pour Pierre-Étienne Albert", la Croix, 1er décembre 2011. (7)

"Crimes sexuels dans l’Église : ’le prêtre qui m’a agressé m’a dit : ’voilà, tu es guérie.’ ’ ", TV5 Monde, 23 février 2019. "Décès de Jacques Marin, prêtre aux multiples victimes", la Croix, 24 octobre 2019. (8)

François-Xavier MAIGRE, "la Communauté des Béatitudes quadragénaire ’convalescente’, la Croix, 10 juillet 2013, Claire LESEGRETAIN, "la Communauté des Béatitudes devient une ’famille ecclésiale de vie consacrée’", la Croix, 9 décembre 2020. (9) Chloé ANDRIES, "les Béatitudes : la dérive des médecins de l’âme", la Vie, 29 novembre 2011.

(10) Elise CORSINI et Luc ADRIAN, "Quels chemins pour les personnes homosexuelles ?(1/2)", Famille chrétienne, 3 juillet 2004.

(11) Marie LEMMONIER, "Sulfureuses Béatitudes", Le Nouvel Observateur, n°2021, 29 mars 2007.

(12) Bruno FRON, "les Fraternités médecins-psychologues au Chemin Neuf", in Thierry BAFFOY, Antoine DELESTRE et Jean-Paul SAUZET, les Naufragés de l’Esprit, des sectes dans l’Église catholique, Paris, le Seuil, 1996, p. 88-99.

(13) Entretien de Philippe MADRE avec Bertrand LETHU, la Croix, 9 novembre 1996.

(14) Louis de COURCY, "la vie affective des prêtres, religieux et religieuses", la Croix, 17 janvier 1997.

(15) Jean-Marc GUILBERT, "Ces anciens adeptes qui accusent les Béatitudes" et "la position délicate de l’Église", la Dépêche du Midi, 17 janvier 2007 et 23 janvier 2007.

(16) "les Béatitudes méritent de vivre à condition de se purifier", entretien de Henry DONNEAUD avec Anne-Bénédicte HOFFNER, la Croix, 2 décembre 2011.

(17) "le pardon est la clé de la guérison intérieure", entretien de Yolande BOUCHARD et Émile LEBEL avec Luc ADRIAN, Famille chrétienne, 27 janvier 2001.

(18) "le Retour de la gnose avec le docteur Bernard Dubois", Golias magazine, n°149-150, mai 2019.

(19) Anne-Bénédicte HOFFNER, "le diocèse d’Aire et d’Ax appelle à la ’vigilance’ sur le Centre Kinor de Labrit", La Croix, 28 novembre 2011.

(20) Thierry-Dominique HUMBRECHT, Rapport d’audit sur l’Agape du Puy-en-Velay, 31 août 2012.

(21) Céline HOYEAU, "Au Puy-en-Velay, les sessions ’psycho-spirituelles’ Agapè redémarrent autrement", la Croix, 4 juillet 2017.

(22) Gaëtan SUPERTINO, "Que sait-on du fascicule sur la sexualité retiré d’un lycée catholique ?", Europe 1, 28 février 2017.

(23) Frantz DURUPT, "Qui est l’auteur du livre homophobe et anti-IVG distribué dans un lycée de Neuilly ?", Libération, 27 février 2011.

(24) Youness RHOUNNA, "Livret homophobe distribué aux élèves : le lycée catho de Neuilly plaide une ’erreur’", Marianne, 28 février 2017.

(25) Marie MALZAC, "un lycée catholique retire un manuel controversé sur l’homosexualité", la Croix, 27 février 2017.

(26) Florian BARDOU, "Enseignement catholique : un manuel homophobe et sexiste refait surface depuis un lycée breton", la Libération, 4 décembre 2020

SOURCES Publications des membres fondateurs des Béatitudes Frère Ephraïm

  • Frère Ephraïm, Les Pluies de l’arrière-saison, le Lion de judas - naissance d’une Communauté nouvelle, Paris, le Sarment Fayard, 1986 (1985), 138 p.
  • Frère Ephraïm, Déjà les blés sont blancs, les Béatitudes – au cœur d’une communauté nouvelle, Paris, le Sarment, Fayard, 1997 (1987), 210 p.

Bernard Dubois

  • Bernard DUBOIS, "la guérison intérieure et son accompagnement spirituel", Revue Carmel, n°75, 1995/1.
  • ___ , Guérir en famille : séminaires Saint-Luc, Nouans-le-Fuselier, Éditions des Béatitudes, 2001, 268 p.
  • ___ , La Libération intérieure : psychothérapie, accompagnement spirituel, comment choisir ? Paris, Presses de la Renaissance, 2010, 311 p.
  • ___ , "Relire sa vie à la lumière du Christ", Il est vivant, n°287, novembre 2011, p. 38-44.
  • ___ , Chemins de guérison des blessures de l’enfance : sur les pas de Thérèse de Lisieux, Nouans-le-Fuselier, Éditions des Béatitudes, 2014, 391 p.

Philippe Madre

  • Philippe MADRE, Mystère d’amour et ministère de guérison, Paris, Pneumathèque, 1982.
  • ___ , Le Repos dans l’Esprit, Paris, Pneumathèque, 1982.
  • ___ , Prières pour la guérison, Nouans-le-Fuselier, Pneumathèque, 1993.
  • ___ , La Blessure de la vie, Nouans-le-Fuselier, Éditions des Béatitudes, 2001.
  • ___ , Dieu guérit aujourd’hui, Nouans-le-Fuselier, Éditions des Béatitudes, 2001.

Publications liées au Château Saint-Luc

  • Centre médical Saint-Luc, Séminaire médical et psychologique, Cordes, Éditions Saint François de Sales, 1981.
  • ___ , Parapsychologie et vie chrétienne, séminaire médical et théologique, Cordes, Éditions Saint François de Sales, 1982, 45 p.

Publications liées au psycho-spirituel

  • Daniel-Ange, Les Blessures que guérit l’amour, Paris, Pneumathèque, 1996, 153 p.
  • Daniel-Ange, Les Blessures que guérit l’amour : Thérèse de Lisieux, prophète de l’Esprit Saint, Nouans-le-Fuselier, Éditions des Béatitudes, 2007, 156 p.
  • Laurent PERRU, le Soin des âmes : accompagnement, guérison, évangélisation : des perspectives nouvelles, Nouans-le-Fuzelier, éditions des Béatitudes, 2008, 212 p.

Publications sur le genre et l’homosexualité des Éditions des Béatitudes

  • Jean-Benoit CASTERMAN, Pour réussir ta vie sentimentale et sexuelle, Nouans-le-Fuselier, Éditions des Béatitudes, 2009,
  • Daniel-Ange, Homosexuel. Qui es-tu ? Où vas-tu ? Nouans-le-Fuselier, Éditions des Béatitudes, 1992, 107 p.
  • Louis MASQUIN, Identité, sexualité, des repères pour aujourd’hui, Nouans-le-Fuselier, Éditions des Béatitudes, 2012, 208 p.
  • Laurent PERRU, Masculin en crise, devenir un homme selon le cœur de Dieu, préface de Laurent FABRE, Nouans-le-Fuselier, Éditions des Béatitudes, 2018, 264 p.

Publications catholiques sur le lien entre guérison et spiritualité

  • Congrégation pour la Doctrine de la Foi (CDF), "Instruction sur les prières pour obtenir de Dieu la guérison", 14 septembre 2000.
  • Groupe de réflexion "spirituel et psychologie", "Dossier du groupe au terme de son travail", septembre 2011.
  • Marie-Ancilla, Foi & guérison : repères et critères chrétiens, Marseille, la Thune, 2008, 244 p.
  • Marie-Ancilla, "Laurent Perru. Le curé en charge du soin des âmes ?", SD, consulté en ligne le 14 mars 2021.
  • Service Accueil Médiation pour la vie religieuse communautaire, CSM, CSMF, SDM, Commission épiscopale de la vie consacrée, "des rapports du psychologique et du spirituel dans les communautés : des confusions à éviter", avril 2005.

RÉFÉRENCES Articles et ouvrages généraux sur le catholicisme et le renouveau charismatique

  • Céline BÉRAUD, le Catholicisme français à l’épreuve des scandales sexuels, Paris, le Seuil, 2020, 112 p.
  • Thierry BAFFOY, Antoine DELESTRE, Jean-Paul SAUZET, les Naufragés de l’Esprit, des sectes dans l’Église catholique, Paris, le Seuil, 1996, 333 p.
  • Olivier LANDRON, les Communautés nouvelles : nouveaux visages du catholicisme français, Paris, le Cerf, 2004, 478 p.
  • Philippe PORTIER, "Pluralité et unité dans le catholicisme français", in Frédéric GUGELOT, Isabelle SAINT-MARTIN et Céline BÉRAUD, Catholicisme en tensions, Paris, éditions de l’EHESS, 2012, p. 19-36.

Articles et ouvrages sur les thérapies dites de conversion

  • Jean-Loup ADÉNOR et Timothée de RAUGLAUDRE, Dieu est amour, infiltrés parmi ceux qui veulent guérir les homosexuels, Paris, Flammarion, 304 p.
  • Jack DRESCHER, "I’m your handyman : a history of reparative therapies", Journal of homosexuality, 36(1), février 1998, p. 19-42.

Documentaires et films

  • Jean-François BALLANGER et Florence NICOLL (réalisation), Dans l’enfer des Béatitudes, 2009.
  • Sophie BONNET (réalisation), Les Béatitudes : une secte aux portes du Vatican, 2007.
  • Bernard NICOLAS (réalisateur), Homothérapies, conversion forcée, Ego Productions, Arte France, Télé Québec, 2019.
  • Sarah SUCO (réalisation), Sarah SUCO et Nicolas SILHOL (scénario), les Éblouis, 2019.

Documents des organes de luttes contre les dérives sectaires

  • AVREF (Association d’aide aux Victimes des dérives des mouvements religieux en Europe et à leurs familles), "Les Béatitudes", article consulté le 13 janvier 2021.
  • AVREF, "Les Agapè : sessions psycho-spirituelles", article consulté le 14 février 2021.
  • CCMM (Collectif des victimes et familles de victimes du psycho-spirituel), le Livre noir de l’emprise psycho-spirituelle, Paris, CCMM-Centre Roger Ikor, 2017, 174 p. En particulier : "un hippie débarque aux Béatitudes", p. 97-107 ; "un berger sort du troupeau", p. 108-113 et "victime de la potion magique du Docteur Sanchez", p. 114-117.
  • CCMM, "Session Agapè : les thérapies chrétiennes en question", Golias magazine, 149-150, mai 2013, , article consulté le 14 février 2021.
  • L’Enver du décor (site de "vigilance, analyse et prévention des dérives sectaires dans des communautés catholiques"), "le retour de la gnose avec le docteur Bernard Dubois", 5 janvier 2014 (publication), page consultée le 19 mars 2021.
  • MICHELENA, Pascal, les Marchands d’âmes, enquête au cœur des Béatitudes : les thérapies chrétiennes en question, Villeurbanne, Golias, 2007, 327 p.
  • MIVILUDES, rapport 2007 et rapport 2008.
  • Olivier [DEMARLE], "Pourquoi suis-je entré dans la Communauté des Béatitudes ?", témoignage sur le site de l’Association du Groupe SAPEC (soutien aux personnes abusées dans une relation d’autorité religieuse), article consulté le 15 janvier 2021.
  • UNADFI (Union nationale des Associations de défense des familles et de l’individu victimes de secte), "les Béatitudes", page consultée le 21 février 2021.

Principales enquêtes de presse

  • Chloé ANDRIES, "les Béatitudes : la dérive des médecins de l’âme", la Vie, 29 novembre 2011.
  • Emmanuel LALANDE et Sophie BONNET, "les Béatitudes : dans l’enfer d’une communauté religieuse", les Inrockuptibles, 29 novembre 2011.
  • B.-H. et S.-P., "Béatitudes : enquête sur de possibles dérives sectaires", la Dépêche du Midi, 20 janvier 2009.
  • Marie LEMMONIER, "Sulfureuses Béatitudes", Le Nouvel Observateur, n°2021, 29 mars 2007.
  • Didier HASSOUX, "Ephraïm : la secte (Communauté des Béatitudes) qui prospère avec la bénédiction de l’Église", le Canard enchaîné, 10 janvier 2007.

Voir en ligne : La Communauté des Béatitudes, par Anthony Favier