Témoignage de Renata Patti sur les Focolari

Mercredi 2 mars 2016 — Dernier ajout samedi 24 mai 2014

Un suicide est toujours une tragédie. Quand il arrive dans une congrégation ou un mouvement d’Église, c’est un signal d’alarme à prendre au sérieux. C’est le cri du cœur qu’a lancé Renata Patti lors du congrès de l’ICSA, en juillet 2013, après la mort de Marisa Baù.

http://italia.icsa.name/informazioni-generali http://www.icsahome.com/home

Trieste, le 5 juillet 2013

Je suis née le 7 septembre 1957 à Milan, mais je vis à Bruxelles depuis la fin de l’année 1980. Mes parents, qui vivent toujours, m’ont éduquée avec beaucoup d’amour sans jamais me faire manquer de rien.

J’ai connu le Mouvement des Focolari à l’âge de 10 ans dans le cadre de la vie de ma paroisse et de l’école. Je l’ai connu par l’intermédiaire de la Parole de Vie : phrase de l’Évangile que chaque mois Chiara Lubich commentait pour tous les membres du Mouvement et ses adhérents.

Bien vite, je me suis « enrôlée » chez les Gen, Génération Nouvelle, les jeunes du Mouvement, et à l’âge de 18 ans je suis entrée au Focolare. Les Focolares sont de petites communautés de femmes ou d’hommes qui font vœux de chasteté, de pauvreté et d’obéissance au sein de l’Œuvre de Marie, mieux connue sous le nom de « Mouvement des Focolari » et ils incluent aussi les personnes mariées qui promettent chasteté conjugale, pauvreté et obéissance à l’Œuvre.

À l’âge de 19 ans, je suis partie pour Loppiano (Florence), siège de l’Istituto Mistici Corporis, école internationale pour les futurs Focolarini/es.

Avec environ quatre-vingt jeunes filles et femmes, j’ai vécu pendant deux ans une expérience de travail et d’études en INTERNE.

Le travail et le programme d’études étaient gérés par les Focolarines ou Focolarini internes ou par des Prêtres-Focolarini étroitement liés et extrêmement obéissants à tous les préceptes de la fondatrice et du Centre de l’Œuvre situé à Rocca di Papa.

Je ne voulais et ne désirais rien de plus pour m’imprégner toujours plus de l’Idéal de Chiara Lubich.

J’étais follement amoureuse de tous les défis que Chiara nous proposait. Fascinée par son tempérament de leader, je m’engageais personnellement dans la diffusion de son Idéal, en percevant le devoir de transmettre tout ce que j’avais reçu.

Chiara nous disait : « qu’aucune âme n’effleure la nôtre en vain… ».

Ainsi, toutes et tous, jeunes filles et jeunes hommes, nous étions profondément convaincus d’être engagé(e)s sur la voie de la sainteté collective, nouvelle forme de vie consacrée au XXème siècle. Vocation inventée par la Vierge pour les laïques et SEULE réponse valable et sainte pour le présent et l’avenir de l’Église et de l’Humanité.

Après mon séjour à l’École de formation, Chiara « m’a destinée » au Focolare de Bruxelles. C’était pour moi la volonté de Dieu.

Mes parents, informés par mes soins par téléphone, m’ont demandé d’écrire à Chiara de ne pas m’envoyer si loin d’eux. Étant donné que j’étais fille unique, ils se sentaient comme abandonnés.

Je ne sais pas si Chiara a un jour reçu cette lettre. Le fait est que je n’ai jamais reçu de réponse, uniquement un sourire de la responsable de l’école qui m’a dit « Ne t’en fais pas Renatina, Chiara comprend… ». Et c’est ainsi que je suis partie à Bruxelles.

Étant étrangère, je devais trouver du travail dans les 3 mois : en vertu de la loi, c’était la période maximale pendant laquelle je pouvais rester en Belgique en tant que touriste.

Un matin, ma capo-focolare m’a dit : « la capo-ramo, une des premières compagnes de Chiara, responsable du Centre des Focolarines au niveau mondial, a téléphoné en disant que si tu ne trouves pas de travail tout de suite tu dois quitter la Belgique. Donc, si d’ici ce soir tu n’as pas trouvé, ne te représente pas au Focolare parce que la porte restera fermée pour toi. »

J’avais 23 ans. C’était mon premier séjour hors d’Italie et on me laissait absolument SEULE !!

Telles étaient les méthodes de l’amour « raffiné » et mutuel de ceux qui, tout en sachant que pour trouver un travail à Bruxelles il faut être parfait bilingue français/néerlandais, du moins en ce qui concerne ma profession de secrétaire, me demandaient l’impossible.

Le soir, j’ai pu rentrer au Focolare parce que j’avais trouvé du travail disons « par hasard » ou « providentiellement » grâce à une agence d’intérim qui cherchait quelqu’un connaissant l’italien et le français.

Après avoir vécu environ deux ans et demi en Europe du Nord et en particulier au sein de ce Focolare où je n’ai pas trouvé ce que j’avais toujours cru trouver, c’est-à-dire l’amour mutuel, j’étais au contraire très souvent maltraitée psychologiquement.

Je voudrais vous donner un exemple : celui de mon arrivée en Belgique en train avec deux énormes valises. J’ai été accueillie à la gare tard le soir. Une Focolarine s’est présentée à moi en tant que capo-zone (l’autorité suprême), m’a présenté ma nouvelle capo-focolare et nous sommes ensuite montées en voiture.

La première question de la capo-zone fut : « Mais quel âge as-tu ? ». J’ai répondu « 23 » et elle dit alors à ma capo-focolare « Nous pourrons en faire ce que nous voudrons ! ». Cette phrase ne m’est pas passée inaperçue et, chose étrange, cela aussi me paraissait normal.

Qu’espérer de mieux que de se laisser façonner par ses supérieurs ?

Depuis que j’étais petite, j’avais été éduquée dans ce système, surtout à l’école de formation de Loppiano. Ajoutez à cela un caractère pour lequel « cohérence et intégrité » sont innés … et le tour est joué !

Aujourd’hui, tout cela me terrorise si je pense au fait que d’autres jeunes filles peuvent être manipulées de la sorte, avec leur accord tacite parce qu’elles sont trop naïves ou, pire encore, trop convaincues de se conformer à la volonté de Dieu.

On attendait, par exemple, de moi que je renie mes origines italiennes, « nous ne sommes pas en Italie, tu dois devenir belge, sinon tu ne conviens pas pour la communauté de Bruxelles ».

Un jour que j’avais été plus spontanée que d’habitude, je ne me souviens pas bien de ce que j’avais fait, la capo-focolare nous a réunies toutes les quatre dans le salon et a dit que nous allions me soumettre à l’heure de la vérité. L’heure de la vérité devrait être la « correction fraternelle » que pratiquaient les premiers chrétiens. Au sein du Focolare, cet exercice se résume au « purgatoire » lorsqu’on dit à quelqu’un que l’on pense qu’il a fait quelque chose non conforme à « son devoir être Jésus », et au « paradis » lorsqu’on veut lui dire quelque chose de positif qui nous a édifié.

J’avais appris que « qui ne connaît pas le gel de la douleur ne connaît pas l’incendie de l’amour » et que « l’amour doit être montré et la douleur tue ». Chacune me disait quelque chose (je ne me souviens pas des détails), mais je me souviens très bien des tons que je ressentais comme étant agressifs à mon égard, surtout de la part de ma capo-focolare qui utilisait un ton fort, teinté de mépris. Je continuais à « bien le prendre » et à sourire. Elles m’ont alors ordonné de me mettre debout sur une chaise devant elles et elles riaient de moi parce que j’avais obéi sans broncher. Ensuite, elles m’ont dit : « maintenant, descend et va te regarder dans le miroir. Mais ne vois-tu pas à quel point tu es stupide ? » Je n’ai même pas eu le courage de réagir.

Elles voulaient certainement me faire comprendre quelque chose, mais pourquoi ne pas utiliser une pédagogie positive et me dire en toute amitié ce qui m’aurait aidé à m’intégrer davantage et à mieux connaître une culture aussi différente de la mienne ?

Ces abus d’autorité étaient faits au nom de la volonté de Dieu et au moyen d’instruments dits « de la spiritualité de l’unité ». En raison du rythme soutenu de ce programme de vie et du travail, dans une incompréhension totale, je me suis effondrée physiquement et psychologiquement.

Des circonstances particulières ont fait en sorte que je suis rentrée dans ma famille où je suis restée environ un an pour me soigner.

Je suis ensuite retournée à Bruxelles en tant que Focolarine interne, mais je n’habitais plus au sein de la communauté mais dans un studio près du Focolare pour vivre à un autre rythme.

Je remercie Dieu que mon corps n’ait pas tenu bon parce que je reconnais maintenant que cette situation fut un privilège.

Elle m’a permis de maintenir un peu plus de « distance », même si mon engagement était toujours total.

J’ai essayé d’adhérer de tout mon cœur, de toute mon âme et de toutes mes forces à la spiritualité de Chiara Lubich qui peut être résumée par les concepts de l’Unité et de Jésus Abandonné, deux faces de la même médaille, comme elle l’explique elle-même.

Le concept de l’Unité provient du verset « que tous soientun » de Jésus. Malheureusement, non vécue en tant que telle, c’est-à-dire en tant que « communion », mais plutôt en tant qu’« absorption » et annulation de sa propre personnalité au profit de l’autorité, du groupe au sein duquel il faut se fondre à tous les niveaux. C’est ce que j’ai observé et c’est mon avis ainsi que celui d’autres personnes qui ont vécu comme moi cette expérience.

Le concept de Jésus Abandonné, de son cri d’abandon sur la croix qui est aimé « toujours, tout de suite, avec joie » – comme l’expliquait Chiara Lubich – constitue certainement une gymnastique spirituelle, mais il engendre une obéissance passive aux responsables qui savent comment faire pour obtenir une soumission qui, très souvent, suffoque totalement le souffle de l’Esprit dans la conscience individuelle.

Je dois maintenant admettre que, selon moi, cette spiritualité a été emprisonnée dans les structures rigides et fermées d’un mouvement qui s’est peu à peu nettement caractérisé par une dérive sectaire.

Après environ 31 ans passés au sein du Mouvement des Focolari (y compris l’école de Loppiano), je suis en mesure de témoigner de nombreux abus sur le plan moral perpétrés au nom de la spiritualité de l’Unité pour laquelle « on doit perdre sa propre personnalité, l’ensemble de sa personnalité » et au nom de Jésus Abandonné pour l’amour duquel une « obéissance aveugle » est exigée.

En 2007, j’ai vécu une expérience très douloureuse : environ 30 autres personnes de la zone Belgique/Luxembourg ont quitté le Mouvement.

Parmi ces personnes, se trouvaient quatre Focolarines internes du Focolare du Centre-Zone qui s’est complètement vidé en une soirée.

J’ai suivi les évènements pendant une année encore, de l’intérieur du Mouvement, sans pouvoir rien faire pour améliorer la situation, scandalisée par de nombreux faits et mots.

Je me rendais compte que les relations étaient tout à fait dénaturées : les personnes qui, auparavant, étaient des frères et des sœurs se comportaient tout à coup comme les pires ennemis après la démission des autres personnes de l’Œuvre.

En raison de certains actes absurdes de manipulation de personnes et de groupes de personnes, de calomnies absurdes dont j’étais témoin, je n’étais plus en mesure d’adhérer en âme et conscience à des actes que je ne considérais plus comme étant chrétiens et je l’ai écrit à Chiara Lubich.

Aucune réponse et aucun changement. A-t-elle lu cette lettre ou non ? J’en ai envoyé une copie au co-fondateur, Don Pasquale Foresi, a-t-il lu cette lettre ou non ?

J’ai quitté moi aussi le Focolare et envoyé ma lettre de démission le 13 avril 2008, après le décès de Chiara Lubich qui avait eu lieu un mois plus tôt, le 14 mars de la même année.

J’avais soif de Vérité, de Liberté… Je me suis inscrite à quelques cours de philosophie à l’Institut d’Études théologiques (I.E.T.) des Jésuites, à Bruxelles.

Grâce à ces études, j’ai compris de nouvelles choses. J’ai trouvé un environnement ouvert au sein duquel « intelligence et cœur » vont de pair et qui, grâce à la connaissance, aide les étudiants à se forger un esprit critique… Chemin difficile pour moi après la formation univoque reçue au Focolare.

Fin 2011, j’ai fait lire mes mémoires au Père Jean Marie Hennaux SJ, théologien, moraliste, expert en mariologie et professeur à l’I.E.T. où j’étudiais. Je lui ai demandé de me donner son avis avant de consulter le Cardinal Carlo Maria Martini à qui je voulais demander un rendez-vous à Gallarate. [1]

Dans ces mémoires, je raconte ma vie jusqu’à ma sortie du Focolare en 2008. Un roman biographique est en cours d’écriture ; je ne m’attarde donc pas sur ma personne.

En 2007-2008, j’avais écrit au Centre, aux différents Centres pour interpeller quelques Focolarini/Focolarines que je connaissais sur ce que j’avais déjà dit à Chiara Lubich elle-même… mais j’ai ensuite compris qu’étant encore à l’intérieure de ces structures, ces personnes ne pouvaient pas « voir clair ».

Ce n’est qu’en quittant le mouvement que l’on réussit à comprendre ce que le « Cardinal » d’Olivier Le Gendre explique avec sagesse sans hésiter dans son best-seller « Confession d’un cardinal » :

« …Quelques-uns de ces mouvements exigent beaucoup de leurs membres : obéissance, disponibilité, exclusivité, contribution financière importante, révérence à l’égard des fondateurs et des responsables. Face à ces exigences, vous pouvez porter deux jugements. Le premier est de vous émerveiller de la générosité de ces chrétiens qui veulent vivre une foi engagée et ne ménagent pas leur peine. Le second est de vous demander si ces exigences ne vont pas trop loin, si elles ne profitent pas exclusivement aux dirigeants, si elles ne sont pas présentées avec trop d’insistance, si elles ne sont pas imposées par des pressions mentales anormales. »

À la page 266 du livre, il écrit :

« Quatre mouvements principaux ont fait l’objet d’accusation de dérives sectaires : les Focolari, le Chemin Néocatéchuménal, l’Opus Dei, les Légionnaires du Christ. Il est dangereux de couvrir ces accusations du manteau du silence, il serait préférable d’investiguer pour arriver à une conclusion claire. »

Aux pages 262 à 283, l’auteur en commente les dérives.

Moi, je peux en témoigner en ce qui concerne le Mouvement des Focolari et je ne suis pas la seule à pouvoir le faire.

Le 11 mars 2012, lors d’un entretien privé, le Cardinal Martini m’a simplement dit : « Le pape doit le savoir, mais vous n’arriverez jamais au pape parce que tous les Mouvements sont représentés dans les secrétaireries des dicastères du Vatican ainsi que dans la "famille du pape". ».

C’est la raison pour laquelle, à peine le Pape François élu, j’ai voulu lui écrire directement avec beaucoup d’audace.

Je fais personnellement confiance au discernement des Jésuites, qui en analysant les nombreux cas, pourront informer le pape sur ce qu’il se passe.

Je suis convaincue que les cardinaux et les évêques, avec tout le respect que je leur porte, ne sont pas toujours en mesure de voir clair parce qu’ils reçoivent des informations non objectives, déformées afin de faire apparaître tout ce qui appartient aux mouvements comme étant le fruit sûr et sans appel du Concile Vatican II. »

Mais retournons à mon vécu.

Fin décembre 2011, on m’a informée que le 20 décembre une Focolarine interne (Marisa Baù) avait disparu et qu’on la cherchait partout pendant que sa famille et ses véritables amis étaient en proie au désespoir.

Elle a été retrouvée pendue le 30 janvier 2012 dans une grange à foin dans le Canton de Fribourg en Suisse.

La conclusion de l’enquête : SUICIDE.

Elle s’est suicidée à un kilomètre du Centre de Montet où elle avait vécu pendant 15 ans en travaillant à temps plein pour le Mouvement des Focolari.

À l’époque, je lisais le livre intitulé « Le divin et le divan » de Macha Chmakoff, psychologue et psychanalyste qui a étudié la théologie. Livre qui vient de sortir en italien éd. PIEMME. “Il divino e il divano”.

Macha Chmakoff explique en détails ce qu’elle appelle « les petits écueils de la foi ».

Le suicide par pendaison de Marisa Baù, âgée de quarante-huit ans, fut pour moi un choc terrible, tout comme il l’a été pour le Cardinal Martini quand je lui en ai parlé.

Je pense cependant que ce choc n’a pas été ressenti assez fortement au Centre du Mouvement qui, encore et toujours, insiste pour « programmer » ses dirigeants selon des principes qui, d’après moi, ne sont pas évangéliques.

Cinq ans après le décès de Chiara Lubich (14 mars 2008 - 14 mars 2013), les Focolari demanderont certainement à l’Église catholique de commencer son procès en béatification, (Maria Voce, présidente actuelle du Mouvement a déposé la demande de cause de béatification pour Chiara Lubich à Mons. Raffaello Martinelli évêque de Frascati) demandant ainsi, par conséquent, de sanctifier toutes ses « Œuvres ».

Je voudrais vous donner l’occasion d’entendre ce que j’ai lu dans une lettre de démission du Centre de l’Œuvre de Marie/ Mouvement des Focolari, écrite par une ancienne Focolarine qui occupait un poste à responsabilités.

Ces mots je peux me les approprier sans l’ombre d’un doute :

« …Le fait que le Centre se limite de la sorte génère en de nombreuses personnes plus « conscientes » ou qui écoutent plus activement Dieu en elles un mal-être qui se traduit souvent par de la « peur » ” :

peur de s’exprimer qui engendre une condamnation au « silence » ;

peur d’être « envoyé » on ne sait où ou peur de la « punition » -comme on dit- pour « avoir eu l’audace de parler » ;

peur des conséquences ;

peur de s’ouvrir, de communiquer parce que tout est réduit à l’immobilisme d’un concept ;

peur d’être considéré « différent » des autres ;

peur de l’autre qui pourrait dénoncer à des sphères supérieures nos interrogations vis-à-vis de l’Œuvre ;

peur de ne pas être « pardonné » par les supérieurs, par les autres ;

peur de devoir subir pendant des années le silence de condamnation du frère aîné ;

peur de ne pas être à la hauteur ou capable d’exécuter certaines « volontés de Dieu » ; tout en ne considérant pas la situation locale comme étant mure ou n’ayant pas les forces suffisantes pour les réaliser conformément aux instructions du Centre […], ce qui n’engendre qu’une seule issue : se soumettre, « se conformer » à une certaine manière de faire, d’être.

Ainsi naît malheureusement un climat de soupçon à l’égard du frère, une méfiance, une profonde solitude, rien à voir avec le fait d’« être une famille » !

Où est la vie simple du Christ en nous et parmi nous ?

Où est le « nous avons cru à l’Amour » […] ?

Cette seule volonté de sauver l’Œuvre de Dieu s’accentue de plus en plus au détriment de l’homme qui se sent traité comme une marionnette, parfois sans nom. Une marionnette qui peut être déplacée ici ou là, sans tenir le moins du monde compte de choses essentielles comme, par exemple, l’état de santé des personnes… !

…Pourquoi une Œuvre si « grande » si nous perdons notre « âme », si nous perdons le rapport à l’essentiel : vivre pour les gens, parmi les gens, avec les gens en donnant ce qu’il y a de plus « grand » au monde aujourd’hui : Dieu ! »

Sans vouloir discréditer personne, pas même Chiara Lubich dont seul Dieu connaît la sainteté, je souhaite attirer l’attention sur ce qui se passe dans ces petites communautés qui obéissent à des règles appelées « La partition écrite au ciel », partition que Chiara Lubich a jouée sur terre (voir livre de Giulia Folonari, éditions Città Nuova), mais qui en réalité, à mon avis, empêchent les personnes de se développer harmonieusement dans tous les aspects de l’existence humaine. Telle est mon expérience personnelle, et celle d’autres personnes qui me l’ont confirmé de vive voix et par écrit.

Le Cardinal Martini a écrit dans son dernier livre « L’évêque au jour le jour », éditions Lessius, au point 9. « Les contacts avec les religieux » : …après avoir fait allusion au document de la Congrégation pour les religieux qui traite de la question complexe et difficile des « rapports réciproques entre évêques et religieux », il souhaite exprimer deux ou trois réactions à chaud sur ce point.

Il écrit :

« Pour commencer, je dirais que le problème concerne surtout les ordres et les congrégations masculines, qui ont des hommes et des moyens suffisants pour poursuivre un programme pastoral qui peut se révéler en contraste ou en concurrence avec celui de l’évêque.

On peut dire la même chose des mouvements avec cette différence que les religieux sont plus obéissants, alors que les mouvements échappent au contact spécial de l’évêque.

Le terme de « mouvement », auxquels je fais ici référence, est généralement un faux nom donné à des groupes organisés sous une autorité très exigeante et quasi despotique. Il serait trop long de traiter ici une matière qui s’est fort développée dans les années ’80 et ’90, mais il reviendra certainement à l’évêque de se faire une idée du fonctionnement de chacun des groupes qu’il rencontrera pour pouvoir les insérer dans le plan pastoral du diocèse. »

Lorsque j’ai parlé très ouvertement du Focolare au Cardinal Martini, lui, qui comprenait très bien ce qui était en jeu, me dit : « Je ne savais pas que le Mouvement des Focolari était aussi rigide, un peu comme l’Opus Dei. »

… et je répondis : « Éminence, ces choses ne se savent pas, elles sont trop cachées et nous, Focolari, avons appris à toujours sourire et à cacher notre douleur. Aucun membre des Focolari ne penserait jamais à aller dire à son évêque que quelque chose ne va pas au sein des Focolari. Chiara a toujours voulu faire bonne figure avec la hiérarchie ».

Le Cardinal Martini me dit qu’il voulait écrire au pape à propos des Mouvements, mais pas seul, avec d’autres évêques avec lesquels il parlerait de ce sujet en Suisse en avril 2012. J’ai cependant appris qu’il est bien allé en Suisse, mais qu’il ne réussit pas à le faire en raison d’autres urgences ecclésiales et de son état de santé qui n’était pas très bon.

Maintenant, j’espère que l’Église, grâce au témoignage composé de mots et d’actes du pape François, aura la FORCE nécessaire pour intervenir et contribuer à tirer les choses au clair.

Tel était le désir profond du Cardinal Martini et tel est le désir de nombreuses personnes. Voici mon intention :

  1. Informer le Pape François, s’il n’est pas déjà au courant.
  2. Mettre à sa disposition et pour l’étude des experts qu’il voudra un petit travail élaboré en collaboration avec d’autres anciens membres et intitulé « Règlement de la section des Focolarines : son application dans la vie quotidienne du Focolare ».
  3. Grâce à cette intervention lors de ce Congrès, j’espère que les évêques et les autres ecclésiastiques, présents ou non, intéressés, s’ouvriront au dialogue en collaborant à une étude du type audit-externe. Je souligne EXTERNE car il serait inutile de le confier à des experts théologiens, philosophes, même s’ils sont évêques ou cardinaux, qui, avec tout mon respect pour chacun, sont certainement compétents, MAIS sont, avant toute chose, sympathisants, adhérents voire membres internes du Mouvement des Focolari et ont eux aussi été « forgés dans le creuset de l’unité focolarine ».

Cet audit EXTERNE serait bien nécessaire pour l’Œuvre de Marie/Mouvement des Focolari, non seulement en ce qui concerne ses structures, mais aussi les racines de la spiritualité de l’Unité et de Jésus Abandonné solidement ancrées dans la compréhension de Chiara Lubich pendant le « Paradis 1949 ». Outre les écrits de Chiara, il existe des articles de ses fidèles collaborateurs et maintenant il existe aussi un libre écrit par des membres internes : « Il Patto del ’49 nell’esperienza di Chiara Lubich » publié en italien par Città Nuova.

L’Église ne les a encore ni lus, ni étudiés dans leur intégralité. Elle n’a pas non plus approfondi tous les textes originaux relatifs à cette période dite mystique. Il est bien possible qu’on en découvrirait tous la beauté théologique, mais il convient de passer par l’examen d’experts « non complaisants » et d’écouter aussi comme témoins les anciens membres.

On comprendra alors mieux si les structures nées de cette expérience s’inspirent vraiment d’un Charisme, don de l’Esprit Saint et si elles aident l’homme et la femme, le Focolarino et la Focolarine à grandir en développant leur personnalité grâce à une pédagogie positive, une pédagogie de la liberté.

Je vous remercie toutes et tous de votre attention !

[1Le Cardinal Martini m’a reçue deux fois (le 7 janvier 2012 et le 11 mars 2012), toujours à 17 heures, à Gallarate. Témoignage écrit de nos entretiens remis aux Jésuites de Bruxelles, à Don Damiano Modena (son assistant) et envoyé par DHL au Pape François le 19 mars 2013, jour de son intronisation à la résidence Sainte-Marthe – Cité du Vatican.