Vendredi 28 mars 2014

Analyse du communiqué et du décret des légionnaires du Christ - 2014

Alors que les légionnaires n’en finissent pas de s’auto-féliciter, l’excellent site Veritas liberabit vos (la vérité vous rendra libre) propose quelques éléments de réflexion sur les conclusions de la farce du Chapitre Général de la Légion du Christ.

Étant donné que le communiqué est beaucoup plus long que toutes les homélies et tous les documents que nous avons commenté en son temps, nous ne nous attarderons pas sur les détails de langage, ni sur la manière avec laquelle ce communiqué répète quelques idées déjà largement commentées, comme par exemple la déclaration de clôture du délégué pontifical : « La Légion est guérie et purifiée », ou encore, dans une autre homélie : « Ceux qui sont partis sont mauvais, ceux qui sont restés sont bons ». Le Communiqué du Chapitre Général Extraordinaire (§ n°2) insiste sur la profonde, profonde rénovation, profonde révision… Mais comme la superficialité et la tiédeur de la révision et de la rénovation ont été largement commentées ici, ainsi que sur d’autres blogs et journaux, nous n’insisterons pas sur le sujet.

Le communiqué, au n°3, évoque la révision de la vie de la Congrégation ; mais déjà là, on perçoit des anomalies et des contradictions sérieuses. Ils indiquent en effet que leurs analyses ont commencé en 2005, c’est-à-dire à partir du précédent Chapitre. Le fondement de cette analyse, c’est le rapport qui va de 2010 à 2013, effectué par une personne qui ne parle pas la langue officielle de la congrégation, et qui vit à l’extérieur de celle-ci. Un second rapport comprend la période allant d’octobre 2012 à décembre 2013. Mais il faudra qu’on nous explique : Comment peut-on évaluer, analyser et réviser huit ans d’une institution à partir de rapports qui portent sur le tiers de cette période ?

L’hypocrisie et les contradictions légionnaires sont flagrantes. Ils disent en effet : « Nous nous sommes engagés à analyser (…) sous la direction des rapports du Délégué Pontifical et du Pro-directeur général ». Comment ont-ils analysé les autres années antérieures au rapport ? Les ont-ils vraiment analysé ?

L’identité charismatique de la Légion

Le premier paragraphe est un exemple de réinterprétation de l’histoire, pour ne pas dire de manipulation, basée sur des vérités historiques.

Le texte affirme : « Lorsqu’on a découvert les graves faits relatifs à notre fondateur, des questions sur notre origine et notre charisme ont commencé à surgir ». La phrase suivante est très forte : « Alors le Pape est venu vers nous »… pour nous aider et il nous a envoyé un Délégué, et il nous a envoyé cinq évêques, et un sixième en plus, pour réaliser une Visite Apostolique, pour nous aider, pour nous aider, nous, Nous, Nous… afin que nous parcourions le chemin de profonde révision et rénovation que nous venons d’achever.

L’origine et le but de la visite apostolique ne consistait pas aider les Légionnaires dans leur chemin de révision et de rénovation. D’après ce qu’avait dit le Secrétaire d’État du Vatican, Tarcisio Bertone (31 mars 2009), le Pape avait décidé de contrôler toutes les œuvres de la Légion, après que la congrégation eût enfin admis la double vie de son fondateur, Marcial Maciel. La réalisation de la Visite Apostolique a été tout un jeu de romanità : en effet, le 15 mars 2009 les premières déclarations publiques ont été faites et la Légion du Christ a reçu le communiqué officiel le 2 juillet de la même année. Mais les pères capitulaires ont réinterprété ces faits et ont fait savoir que le Pape lui-même était venu à leur secours.

En outre, aucune des personnes convoquées au Chapitre Général ne connaissait le contenu de la Visite Apostolique. Comment pourraient-ils alors être en mesure d’interpréter le contenu de celle-ci ? Certains bon connaisseurs des techniques de manipulation légionnaire ont même pensé que la nomination du Délégué allait être exploitée par la propagande de la congrégation : « ça y est, on a un cardinal ! »

Le numéro 2 du communiqué s’intitule : « Un fondement charismatique solide, reconnu par l’Église ». Ils jouent avec les mots. On ne parle pas de charisme fondationnel, mais de fondement, auquel on applique l’adjectif « charismatique ». Cette expression tire son origine, d’après certains, dans le fait que le Délégué ait exigé avec insistance qu’on s’appuie sur des fondements indéniables :

  1. « Notre existence en tant que communauté religieuse dans l’Église ». Cependant, cette existence n’est pas un fondement solide. On pourrait même dire que c’est une construction bâtie sur du sable [1], car la Légion a été fondée sur la corruption, sur la tromperie et sur la coercition. Historiquement, il y a des doutes sur la légalité canonique de l’Erection. Il y a des doutes sur la légitimité de Marcial Maciel comme Supérieur Général, avec tout ce que cela implique d’un point de vue légal, et on ne se réfère pas ici à sa réinstallation inexplicable en 1959, mais à l’érection canonique de 1948. Passons. Les Missionnires du Sacré Cœur de Jésus et de la Vierge des Douleurs reçoivent une guérison canonique en 1965 : en effet le Décret du Pape Paul VI efface les irrégularités précédentes, entre autre l’irrégularité canonique de 1948, et par ce même Décret il approuve le nouveau nom de la congrégation… Mais la Légion ne procède à aucune véritable investigation sur son histoire, car elle a peur de la vérité et du coup, elle s’accroche des formules comme « fondement charismatique », comme ceux qui construisent sur le sable…
  2. « L’approbation du Successeur de Pierre »… on ne sait pas à quel successeur les pères capitulaires se réfèrent, parce qu’ils ne le spécifient pas. Il n’y a aucune approbation explicite de la part des Papes, hormis Jean-Paul II. Cependant, les paroles et les action du pape Jean-Paul II à l’égard des légionnaires manquent complètement de valeur, étant donné qu’il s’agit là d’un grave scandale de complicité ou de tromperie. Si Marcial Maciel, le psychopathe, a été présenté comme « une guide efficace pour la jeunesse » en 1994, que peut-on dire de plus sur le reste de la congrégation ? Benoît XVI n’a donné aucune approbation à l’œuvre de Maciel et le Pape François est en train de réviser le texte des Constitutions. Mais les légionnaires évoquent déjà l’approbation du successeur de Pierre.
  3. « Le grand nombre de religieux exemplaires ». Dans une certaine mesure, il est vrai que de nombreux légionnaires sont exemplaires et très fervents. Mais il faut reconnaître qu’il y a de nombreux éléments de doute sur cette question. C’est un sujet dont on a déjà beaucoup parlé, et de nombreux anciens légionnaires ont expliqué que le recrutement très agressif de la Légion a conduit à induire des vocations inexistantes. L’un des responsables du recrutement vocationnel a reconnu que le critère principal dans le choix des candidats, ce sont les qualités et non le discernement d’un possible appel. Le « grand nombre de religieux » implique « captation » et « persévérance », comme l’affirmait Marcial Maciel dans le rapport du Chapitre Général de 1992. [2] A propos de la persévérance du « grand nombre de religieux », on a suffisamment parlé des subtiles manipulations de conscience et de l’absence de vraie liberté, ou plus exactement des mécanismes conditionnant la liberté.
  4. « Le fait que (…) le pape ait émis un jugement sensiblement positif. » Les pères capitulaires se réfèrent ici aux commentaires positifs du communiqué du 1er mai. Il est curieux que quand il s’agit d’aspects négatifs, ils se réfèrent à de simples communiqués de presse, mais quand il s’agit d’aspects positifs, cela vient du Pape. Pris dans son intégralité, le texte du communiqué nous donne une piste très importante pour apprécier cette fameuse évaluation du Pape. Quand le Saint-Père parle du charisme des Légionnaires, il se réfère à la « militia Christi ». Cependant, dans aucun des documents produits par le Chapitre Général il n’est question de cette évaluation directe du Pape. Il y a dont deux options : ou bien le Pape Benoît a une évaluation erronée sur les légionnaires (ce qui est le plus probable, à en juger par la campagne d’images), ou bien les légionnaires ont rejeté ce que le Successeur de Pierre avait désigné comme étant le cœur du charisme de la Légion.
  5. « (le Pape) nous a confirmé dans notre mission » et pour corroborer cette « confirmation », ils citent une exhortation apostolique de Jean-Paul II. S’ils ne citent pas le document dans lequel le Pape les confirme… c’est tout simplement parce que ce document n’existe pas !

Enfin, à propos de ce « fondement charismatique reconnu », les pères capitulaires citent le canon 587 du Code de Droit Canonique, et le canon 578, pour évoquer un certain « patrimoine spirituel ». Mais les pères capitulaires évitent de parler du contenu du canon, lequel précise : « Tous doivent observer avec fidélité l’esprit et les intentions des fondateurs, corroborés par l’autorité ecclésiale compétente. » Ainsi le « fondement charismatique reconnu » pose inévitablement un certain nombre de problèmes : quelle était l’esprit de Marcial Maciel ? Quelles étaient ses intentions ? Si on s’en tient à ce que dit le texte canonique de l’Église… les légionnaires doivent-ils s’accrocher à l’esprit et aux intentions d’un psychopathe ? Allons encore plus loin : Quelle autorité a corroboré l’esprit et les intentions de Marcial Maciel ? Jean-Paul II ?

(à suivre)

[1Mt.7,26

[2Cf N° 464 à 484 ; le texte est disponible sur Wikileaks.

Voir en ligne : http://liberabitveritas.blogspot.it…