Lundi 10 février 2014

Communiqué de presse du Collectif « Appel de Lourdes 2013 »

Le 6 février 2014, les participants au Chapitre Extraordinaire de Légion du Christ ont fait connaitre la composition de la nouvelle équipe dirigeante de la congrégation, et ont également rendu public une déclaration. Le collectif « Appel de Lourdes 2013 » répond par un communiqué de presse et par une lettre ouverte aux pères capitulaires.

La Légion du Christ, l’impasse ?

Nous prenons acte des demandes de pardon réitérées, des mea culpa appuyés que le Chapitre des Légionnaires du Christ vient de produire. Beaucoup en seront sans doute émus avec l’espoir qu’une page affreuse de l’histoire de l’Église soit déjà tournée grâce aux seuls bons sentiments.

« La providence continue à guider nos pas », affirment les pères du chapitre. Les guidait-elle quand ils étaient dans l’erreur, le mensonge, le camouflage des crimes du père Maciel et d’autres légionnaires ? Qui garantira des bienfaits de demain ?

Que reste-t-il de ce fameux charisme, quand tout était erroné, ce que le chapitre a reconnu implicitement en énumérant tout ce qu’il y avait à corriger ? Comment le péché du fondateur n’aurait-il pas infusé dans toute la vie de la Congrégation ?

Quels gages donnent les pères du Chapitre à tout ce qu’ils promettent selon les vœux du pape François, à savoir s’intégrer au tissu paroissial, séparer gouvernement et direction spirituelle, préserver la liberté et l’autonomie légitime des personnes, etc… ?

Qu’est-ce que cette enquête financière dont eux seuls ont les résultats ? La Légion du Christ a-t-elle décidé de tourner la page… seulement pour éviter de découvrir la triste vérité et d’avoir un jour à régler les ardoises laissées par son fondateur ?

Nous ne nous préoccupons pas seulement des victimes : nous avons également le souci des nombreux Légionnaires qui n’ont pas toujours été mis en condition de procéder à un libre discernement de leur vocation et dont l’immense générosité, la volonté de tout donner au Seigneur ont pu être instrumentalisées et continuent peut-être à l’être encore aujourd’hui.

Et puisqu’on publie si facilement le nombre qu’on voudrait éloquent de fidèles, peut-on publier le nombre combien plus éloquent de départs, de désastres, de suicides, depuis les origines jusqu’aujourd’hui ?

Nous demandons une justice réalisée auprès des victimes, un accompagnement effectif et hors structure de toute personne encore dans l’Institution, un traçage publié des finances depuis tant de décennies, et si les finances désastreuses avouées rendent insolvables, que l’institution se défasse en priorité de son surabondant empire immobilier, amassé de leur propre aveu trop rapidement, inconsidérément, nous dirions cupidement. Tout cela préalable à la miséricorde.

Du point de vue de la foi que proclament les Légionnaires, aucune institution hormis l’Église n’a vocation de durer jusqu’à la fin des temps.

En 1959, le Vatican a absous le père Maciel : en 2014, va-t-il blanchir son œuvre ? Les victimes dont nous nous faisons la voix implorent le Pape François de ne pas le permettre. Comme l’a écrit le journaliste mexicain Bernardo Barranco [1], c’est pour lui l’épreuve du feu. Nous lui demandons la dissolution totale et définitive de cette congrégation qui a détruit trop de vies, escroqué et scandalisé trop de gens, et qui se joue de l’Église depuis trop longtemps.

Jusqu’à quand, Seigneur, attendrons-nous que tu nous fasses justice (Ap 6,10) ?

Yves Hamant, Xavier Léger, Aymeri Suarez-Pazos

Réponse aux pères capitulaires

le dimanche 9 février 2014

Aux Pères Capitulaires de la Légion du Christ
Direction Générale de la Légion du Christ
Rome

Très Révérends Pères dans le Christ,

Vous venez d’élire la nouvelle équipe dirigeante de la Légion du Christ, et vous avez publié dans la foulée un communiqué de presse par lequel vous prétendez statuer de façon définitive « sur les comportements du père Marcial Maciel », et sur la légitimité propre de la congrégation, compte tenu des vicissitudes de son fondateur.

 Avant d’aller plus loin, nous tenons à affirmer que notre engagement s’inscrit dans une démarche de justice et de vérité, sans aucune motivation idéologique, ni aucun intérêt personnel. Nous considérons d’autre part que la grande majorité des membres de la Légion du Christ et du Regnum Christi sont des personnes de bonne volonté, qui mettent leurs énergies avec générosité au service de l’Église catholique, à travers leurs engagements respectifs. Nous ne remettons pas en cause cette générosité.

 Aujourd’hui, à la lumière de tous les éléments et témoignages que nous avons réunis, nous pensons pouvoir apporter un regard extérieur sur une situation compliquée, sans doute inextricable depuis l’intérieur. Nous ne nous positionnons pas comme des juges, mais comme de simples chrétiens désireux d’aider leurs frères à sortir d’une impasse douloureuse.

 Nous pensons en effet que le nœud du problème se situe dans une relation dysfonctionnelle entre les instances supérieures de l’Église et la Légion du Christ. Cette relation a donné naissance à un véritable « cercle vicieux » qui se présente ainsi :

  • Le père Maciel a inspiré dans la mentalité des légionnaires une dimension narcissique qui se traduit notamment par des mécanismes de séduction : de là un besoin quasi-compulsif de toujours chercher à impressionner les autorités ecclésiastiques, en mettant en avant les réussites de la congrégation… et en dissimulant les moyens utilisés, parfois gravement immoraux, ainsi que les échecs.
  • Par ses réussites apostoliques apparentes, la Légion a ainsi donné des signes de vitalité et des motifs d’espérance aux autorités religieuses qui, inquiétées par les problèmes actuels de l’Église, ont été séduits par la congrégation, et l’ont encouragée vivement, et même sur-protégée pendant plusieurs décennies.


Les légionnaires sont en quelque sorte prisonniers d’un piège qu’il se sont tendus eux-mêmes, sous l’influence de leur fondateur : ce dernier a su exploiter la réelle générosité des religieux… pour induire en erreur les autorités de l’Église, qui ont ensuite voulu maintenir en vie une congrégation structurellement défaillante. 
 C’est pourquoi, dans la lettre que nous avons envoyée début janvier au Chapitre Général, nous avons insisté sur :

  • La nécessité de faire toute la lumière sur la vérité historique du père Maciel et de la Légion du Christ.
  • La nécessité de rendre compte du pourcentage de « casse » : quel est le nombre d’anciens légionnaires ? d’anciennes consacrées ? Combien ont été gravement affectés par leur expérience dans la Légion ?
  • La nécessité de rendre justice à toutes les victimes de la Légion du Christ, et pas seulement aux victimes des abus sexuels commis par le père Maciel.

Sans cela, nous craignons que toutes vos demandes de pardon ne servent qu’à détourner l’attention avec de bons sentiments.

Hélas, la lecture de votre communiqué a confirmé nos craintes :

  • Vous continuez à circonscrire le gros du problème aux fautes commises par le père Maciel. Vous reconnaissez juste que les supérieurs de l’ancienne garde n’ont pas su gérer la communication lorsqu’ils ont découvert les turpitudes du fondateur. A la fin du communiqué, vous vous excusez timidement auprès de ceux qui ont été blessés « par les tristes évènements de ces dernières années et par nos déficiences ». De plus, vous ne faites aucune mention des abus psychologiques et spirituels, qui ont pourtant affecté des milliers d’anciens membres de la Légion du Christ et du Regnum Christi, conduisant certains à adopter des comportements dépressifs, voire suicidaires, et à avoir par la suite de grosses difficultés relationnelles et professionnelles, entre autres séquelles.

  • Vous affirmez qu’ « une Congrégation religieuse, et ses traits essentiels » ne tirent plus leur origine de la personne du fondateur : « ce sont un don de Dieu que l’Église accueille et approuve et qui vit ensuite dans l’Institut et dans ses membres ». Cette assertion est particulièrement troublante et remet en cause les fondements mêmes de la théologie catholique, qui affirme au contraire que le péché produit de nombreuses conséquences autour de lui, comme une onde de choc. Comment un criminel et un violeur d’enfant, qui n’a jamais exprimé le moindre regret sur ses actes et qui a passé sa vie à répandre des calomnies sur tous ceux qui le dénonçaient, aurait pu être choisi par Dieu pour fonder une congrégation religieuse ? Quel message aurait donné le Bon Dieu avec un tel choix ? Sinon que, dans le fond, « la fin justifie tous les moyens » et que l’essentiel de la vie religieuse, c’est d’être un bon recruteur et un bon collecteur de fonds ?

  • Vous affirmez : « En nous unissant à Jésus-Christ, nous espérons pouvoir racheter notre douloureuse histoire et vaincre avec le bien les conséquences du mal. » Cette assertion, d’un point de vue purement théologique, n’est pas complète. Ce n’est pas seulement en faisant du bien autour de soi dans le futur, qu’on rachète les péchés commis dans le passé, mais en faisant un véritable travail de justice et de vérité à l’égard des personnes qui ont été blessées.

  • Avec ce communiqué, vous semblez avoir ratifié l’invitation du cardinal De Paolis à mettre un terme aux investigations sur les véritables origines historiques de la Légion du Christ. Ce faisant, vous avez fait le choix de vivre dans le mensonge, d’induire les membres de la Légion dans les ténèbres et de risquer de conduire l’Église entière dans ce jeu insensé. Sur quel sol la Légion désire-t-elle faire reposer ses nouvelles fondations ? Sur le roc de la vérité et de la justice ? Ou sur les sables mouvants des illusions et de l’iniquité ?

  • A propos de la « commission de recours », nous ne pouvons que répéter ce que nous avions déjà exprimé dans notre précédent communiqué : « Nous voudrions affirmer une nouvelle fois notre consternation devant la méthode élaborée par la Congrégation pour traiter le « problème » des victimes. Devant les menaces et les accusations monstrueuses que des Légionnaires ont répandues sur les victimes du père Maciel, la moindre des choses aurait été d’aller à leur rencontre à genoux pour leur demander pardon, et d’anticiper l’acte de réparation avec générosité en s’appuyant sur les nombreux témoignages, dépositions et livres déjà écrits sur la question, comme on peut l’attendre de la part d’une congrégation religieuse se référant en permanence à l’Évangile du Christ. Beaucoup de victimes n’ont simplement pas supporté l’idée de devoir passer encore une fois devant un tribunal composé en partie de Légionnaires. Cette méthodologie, fruit de calculs mesquins et anti-évangéliques, était manifestement pensée comme un moyen ultime de dissuasion. Et il a fonctionné : beaucoup ont préféré renoncer à une quelconque indemnisation plutôt que de devoir subir encore une ultime humiliation. »
  • A propos de la révision de la situation économique de la congrégation, nous restons perplexes et dubitatifs. Compte-tenu de la gravité des accusations qui ont pesées ces dernières années sur la Légion du Christ, et de l’invitation du Christ à vivre dans la lumière de la vérité (Jn 3,19-21), nous pensons que la moindre des choses serait de publier un traçage précis des finances de la congrégation au moins sur les trois dernières décennies. Du reste, nous aimerions savoir si la Légion du Christ a l’intention de restituer aux descendants légaux les legs qu’elle a acquis de personnes âgées et vulnérables, qui ignoraient les vicissitudes du père Maciel ? Autrement dit, est-ce que vous considérez qu’il suffit qu’une chose soit légale pour être morale ?

Pour la plupart des membres de notre collectif, ce communiqué n’était pas une grande surprise. Il s’inscrivait dans la ligne de ce que nous avons observé depuis les révélations de février 2009.

Nous avons hélas de bonnes raisons de penser que certains supérieurs légionnaires ont reproduit, inconsciemment ou pas, les mêmes mécanismes de défense et de séduction qui avaient conduit à l’échec de la première Visite Apostolique, en 1956-1959, et à la réhabilitation du père Maciel.

Au nom du Christ, qui nous urge de vivre dans la vérité et nous rappelle que celui qui cautionne le mensonge fait le jeu du prince des ténèbres, nous vous implorons de vous ressaisir : Reconnaissez auprès des instances vaticanes que la Visite Apostolique a été flouée, et présentez au Saint Père et à ses conseillers toute la vérité sur les immenses dégâts humains produits par la Légion du Christ, de façon à ce que les dirigeants de l’Église puissent enfin poser le bon diagnostique et éviter des dégâts encore plus importants.

Dans l’attente de votre réponse, soyez assurés, chers pères, du soutien de nos prières,

Yves Hamant, Xavier Léger, Aymeri Suarez-Pazos

[1La Jornada, édition du vendredi 7 février 2014 : « Legionarios, continuidad macielista »

Vos réactions

  • Satan 11 février 2014 17:13

    Cela fait 70 ans que je me démène pour détruire l’Eglise de l’intérieur, grâce à Maciel, mon fils de prédilection… et vous croyez vraiment que j’allais laisser tomber mon petit joujou ? Ah ah ah !! vous êtes bien naïfs !!!

  • Stéphane 11 février 2014 16:51

    Allez, la fête est finie maintenant, laissez tomber : ça ne sert à rien de se battre. Les légionnaires et les autorités vaticane n’en ont strictement rien à foutre de vos doléances. cela fait des années qu’ils font les questions et les réponses, et qu’ils chient sur les victimes.