Mercredi 23 avril 2014

Des documents du Vatican montrent que plusieurs papes étaient au courant des problèmes relatifs à la Légion du Christ

Jusqu’à la fin de son pontificat, qui a duré 26 ans, le défunt pape Jean-Paul II et ses principaux conseillers n’ont pas saisi la gravité du problème des abus sexuels, et en particulier les soucis relatifs à la congrégation controversée des légionnaires du Christ et à son chef, le père Marcial Maciel. Mais les problèmes de la Légion n’étaient pas nouveaux pour le Vatican. C’est ce que révèle un véritable trésor de 212 documents issus du Vatican et présentés dans le livre « La volonté de ne pas savoir ». [1]. Voici un aperçu des éléments les plus confondants sur Maciel issus de ces archives (A noter que ces archives incluent également des lettres d’éloge provenant d’évêques et de hauts responsables du Vatican).

Par The Associated Press


8 juin 1948 :

— Le nonce du Vatican en Espagne envoie à la Congrégation pour les Religieux le rapport d’un enquêteur chargé de déterminer si la nouvelle congrégation de Maciel peut être reconnue officiellement comme un ordre religieux. L’enquêteur, le père Jésuite Lucio Rodrigo, dénonce des violations du secret de confession, accuse Maciel de falsifier des documents, d’afficher « une certaine lassitude morale » et de vivre une vie qui « n’est pas très pieuse et, en même temps, très portée sur le confort. »


28 mai 1962 :
La Congrégation pour les Religieux résume les nombreuses accusations contre Maciel : ce dernier a été suspendu de sa charge de supérieur par le Vatican entre 1956 et1958, avec l’ordre de se soigner pour ses abus de consommation de morphine ; Maciel présente également « une conduite morale douteuse », fait un usage personnel de « grandes quantités d’argent » sans pouvoir rendre compte de sa provenance, donne des directions spirituelles « dangereuses » essentiellement orientées sur le vœu de chasteté et exige que les prêtres de sa congrégation fasse le vœu de ne jamais critiquer leurs supérieurs.

Ce vœu, que la Légion n’a supprimé officiellement qu’en 2007, était un élément essentiel qui permettait à Maciel d’empêcher les religieux de se défendre.

« Compte tenu de la nature des accusations… le moment est venu de prendre des mesures définitives à l’encontre du père Maciel, afin également d’éviter que n’explose un énorme scandale publique, » peut-on lire dans ce résumé. La congrégation recommande de le destituer de sa charge de supérieur, de nommer un nouveau supérieur et un enquêteur du Vatican, ou de mettre la Légion sous le contrôle de l’archevêque de Mexico.

Rien n’a été fait.


6 août 1979 :
Le nonce apostolique du Vatican à Washington transmet une lettre de l’évêque de Rockville Center (État de New York) à la Congrégation pour les religieux avec un dossier contenant neuf pièces jointes où sont expliquées en détail les accusations contre Maciel grâce aux témoignages de deux anciens prêtres légionnaires qui travaillent maintenant dans son diocèse. Ce dossier inclut :

— Une lettre écrite le 20 octobre 1976 par le père Juan Vaca (qui avait été le supérieur de la Légion aux USA entre 1971 et 1976) dénonçant cette nuit de 1949 lorsque « le malheur et la torture morale » ont commencé pour lui dans le lit du père Maciel. Le prêtre établit ensuite une liste d’une vingtaine de séminaristes et prêtres dont Maciel a abusé sexuellement au fil des ans.

— Une déclaration sous serment, datée du 24 décembre 1978, par laquelle un autre ancien prêtre légionnaire, le père Félix Alarcon, confirme le récit de Vaca. Le prêtre ajoute que lui aussi a été victime du père Maciel, et que le fondateur l’a également obligé à lui procurer de la morphine.

— Un résumé du témoignage du père Alarcon, le 21 Juin 1979, à l’attention du chancelier de Rockville Center, Mgr John Alesandro, détaillant les accusations. Le père Alarcon « estime que le fait que la toxicomanie et l’activité homosexuelle du fondateur aient pu se prolonger aussi longtemps, sans qu’aucune correction n’ait été faite, est le signe qu’il y a un problème plus profond avec la congrégation elle-même, » écrit Alesandro. « La congrégation est une “secte” d’adeptes embrigadés et endoctrinés qui dépendent tous servilement d’une figure centrale. »


30 septembre 1979

— Une analyse des documents du diocèse de Rockville Center par la Congrégation pour les Religieux conclut que les crimes allégués par Vaca ont eu lieu il y a bien longtemps et que l’affaire doit être mise de côté « en particulier parce que la congrégation est en plein essor et maintient sa discipline et sa ferveur. » Si les accusations doivent être pris au sérieux, continue-t-il, il faut donner à Maciel la possibilité de répondre. S’il nie, alors « laissons les choses ainsi ». S’il reconnaît, il faut l’inviter à démissionner volontairement.


28 juin 1983 :

— Lettre du secrétaire personnel de Jean-Paul II, Mgr Stanislaw Dziwisz, au préfet de la Congrégation pour les Religieux, avec l’approbation du pape pour les Constitutions de la Légion, malgré les réserves du Vatican (qui critiquait le trop grand nombre de règles).

Le Vatican a exigé en 2010 que la Légion réécrive ses Constitutions dans le cadre de ses réformes. Le pape François doit maintenant décider, ou non, de les ratifier.

[1Les documents ont été mis en ligne sur le site www.lavoluntaddenosaber.com