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Jeudi 11 avril 2013 — Dernier ajout vendredi 12 avril 2013

École apostolique de Méry-sur-Marne : Des Légionnaires du Christ pédophiles (logo)École apostolique de Méry-sur-Marne : Des Légionnaires du Christ pédophiles

La Marne - Mercredi 10 avril 2013

Des religieux de l’école apostolique de l’Immaculée Conception de Méry-sur-Marne s’adonnaient, en 2004 et 2005, aux attouchements sexuels, voire aux agressions sexuelles sur de jeunes élèves âgés de neuf à douze ans.

L’un d’eux, le frère Éric, 25 ans à l’époque, s’est bien présenté au tribunal, l’autre, frère Trinidad José, 23 ans, avait un mandat d’amener depuis juin 2012 contre lui car sa congrégation avait préféré le renvoyer dans son pays d’origine, le Mexique. Si le premier est accusé d’avoir abusé de cinq enfants, le second en aurait maltraité trois.

La rigueur de l’éducation dispensée, l’obéissance totale due par les enfants à l’équipe pédagogique, la jeunesse des victimes, la confiance totale liée à l’exemplarité spirituelle représentée par la foi religieuse et la confiance des parents, assuraient une impunité théorique aux agresseurs.

Trois de ces jeunes enfants, devenus adultes depuis, sont venus à la barre du tribunal de Meaux, témoigner des sévices qu’ils ont subis.

La logique de la chape de plomb

Dans cet établissement qui scolarise des enfants en recherche de la foi, de la 6e à la terminale, les premiers faits ont été révélés par un petit garçon de 9 ans qui s’est confié à ses parents. Ces derniers ont averti l’école mais le recteur de l’école n’a pas donné suite et a même fait modifier une lettre des parents en changeant les termes d’agression sexuelle par des expressions plus « tempérées » afin de ne pas porter préjudice à l’école.

Mais c’est en 2007, lorsqu’un autre enfant a fait sa confirmation, qu’il s’est confié à l’évêque de Chartres.

Ce dernier a immédiatement porté l’affaire devant la justice. C’est à ce moment-là que certaines langues se sont déliées.

Des auteurs qui se posent en victimes

C’est également à cette époque-là que le Pape Benoît XVI a décidé de faire le ménage dans les congrégations soupçonnées d’actes pédophiles. En effet, son fondateur[ dans les années cinquante, s’était adonné à cette perversion et c’est en 2007 que ses agissements ont été révélés.

A la barre, un religieux s’est présenté, le père Thomas Brenti, assistant du Provincial de la congrégation française. Il veut se porter partie civile pour l’atteinte à la réputation que subissent les Légionnaires du Christ.

Mais les parents présents dans la salle sont mal à l’aise. Comment, en effet, cette congrégation qui a appliqué la loi du silence, protégé les agresseurs en les mutant dans d’autres structures de l’ordre ose-t-elle maintenant se positionner en victime ?

Le père Thomas, qui dirige également le bureau de communication du mouvement Regnum Christi, branche laïque des Légionnaires du Christ, a soutenu que, jusqu’en 2007, la congrégation ignorait que de tels agissements relevaient de la justice ! Spécialiste du langage de communication, il est lisse, presque convaincant.

Nettoyer les écuries d’Augias

Maître Libelle, l’avocat d’une des victimes, la seule qui a subit les assauts des deux frères prévenus, aura les mots les plus durs : « Cette école était pathogène ! Le secret, le respect absolu de la hiérarchie… C’est à se demander si, tel !e comportement de leur fondateur, ce n’est pas le chemin normal de cette école d’engendrer de tels agissements ! Non, les Légionnaires ne sont jamais venus prévenir les parents de l’enfant que je défends. Quand on croise le père B. (recteur de l’école), on se sent trahi par ceux qui n’assument pas leurs responsabilités. Pie Xll vous a sanctionné, après, vous avez bénéficié de protections. Sans Benoît XVl qui a nettoyé les écuries d’Augias, vous n’auriez pas changé I Ne mélangez pas tout. La congrégation n’est pas l’Église ! Et vous venez aujourd’hui la main sur le cœur ? C’est trop facile ! Vous avez renvoyé le deuxième agresseur au Mexique. Vous êtes complice de sa fuite. Que la congrégation ne vienne pas se moquer des victimes une seconde fois ! »

Maître Giordana est en charge de la délicate défense du frère Éric… : « Élevé dans une famille catholique traditionaliste, il faisait la fierté de ses parents ! Il vous demande de le juger pour ce qu’il a fait. c’est l’objectivité qu’il demande au tribunal… Il sait le mal qu’il a fait au enfants. Quant aux Légionnaires, oui leur démarche est osée… Venir se poser en victimes ? Alors qu’ils ont tout fait pour faire signer aux parents, un « protocole » pour ne pas éclabousser la congrégation !… Oui, c’est osé. Ils ont tout fait pour cacher, pour dissimuler ! C’est la logique de la chape de plomb ! »

La substitut du procureur a requis 2 ans de prison dont 10 mois avec sursis mise à l’épreuve, obligation de soins, interdiction d’activité avec des mineurs pendant 10 ans et inscription au fichier des agresseurs sexuels contre le frère Éric… Deux ans de prison avec mandat d’arrêt contre le frère Trinidad José.

Délibéré le 2 mai 2013.

Bruce de Saint-Sernin

Dans le Parisien (Seine et Marne Sud) - 10 avril 2013

Deux Frères de La Légion du Christ jugés pour abus sexuels

Leurs victimes étaient des enfants d’une dizaine d’années

L’un a eu le courage de venir, l’autre reste planqué au Mexique. Lundi, le tribunal correctionnel de Meaux jugeait deux hommes, soupçonnés d’avoir commis des agressions sexuelles et des attouchements sur plusieurs garçons âgés d’une dizaine d’années. Les abus remontent aux années 2004-2006. Particularité de l’audience, qui n’était pas à huis clos : les deux prévenus étaient à l’époque séminaristes au sein de la Congrégation de la Légion du Christ, implantée à Méry-sur-Marne. Les victimes étaient élèves au collège. Trois de ces jeunes, aujourd’hui âgés de vingt ans, étaient assis sur le banc des parties civiles, face à celui qui était autrefois Frère Eric. Agé de 33 ans, l’ancien religieux travaille aujourd’hui dans une agence de voyages, est marié et père de deux enfants.

« La première fois que ça s’est passé, c’était en revenant des vacances de Noël. J’étais en sixième. Il est entré dans la réserve, il s’est frotté contre moi, il a caressé mon sexe », a raconté Guillaume, avant d’évoquer deux autres scènes. Si le prévenu a reconnu la quasi-totalité des agressions, il a contesté le caractère sexuel de certains rapprochements. « J’étais dans une grande détresse. Je n’ai eu aucun support de ma hiérarchie », a regretté le prévenu, mal à l’aise à la barre.

L’affaire avait éclaté au sein de la Congrégation grâce aux confidences d’un enfant à l’Évêque de Chartres (Eure-et-Loir), qui avait immédiatement réagi. Les juges cherchaient donc à comprendre si les Légionnaires du Christ n’avaient pas tenté d’étouffer le scandale. La Congrégation faisait face à l’époque à de nombreuses attaques, son fondateur étant accusé d’abus sexuels. « L’école nous a dit de ne rien dire et j’étais d’accord. Je ne voulais pas causer du tort à l’institution. Je voulais attaquer la personne », a expliqué une mère de famille. Le Frère Eric avait été déplacé à Rome, en Israël et au Mexique… dans un collège.

La substitute du procureur, Sophie Roubert, a requis deux ans de prison, dont 14 mois ferme : « Je ne comprends pas le lien entre la pression professionnelle et les abus sexuels commis sur des mineurs. Les explications du prévenu, c’est une façon de dire : ça ne vient pas de moi. Il a encore du chemin à faire ». Le psychiatre, dans son rapport, évoquait de « possibles résurgences pédophiles ». A l’encontre du Frère José, âgé de 31 ans, renvoyé au Mexique et jamais entendu par la justice, elle a requis deux ans de prison ferme, assortis d’un mandat d’arrêt. L’avocat de la défense, Me Emmanuel Giordana, a décrit son client comme un homme « s’étant perdu dans une vie religieuse rigoureuse qui n’était pas faite pour lui ». Sur son banc, le prévenu pleurait. « Il est issu d’une famille catholique pratiquante traditionaliste et faisait sa fierté en entrant chez les Légionnaires du Christ. Aujourd’hui, il a su accepter qu’il n’était pas fait pour ça et a redonné un sens à sa vie. Il est écrasé par le poids de la culpabilité et des remords ». Le jugement a été mis en délibéré et sera rendu le 2 mai.

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