Vendredi 20 décembre 2013

La Légion du Christ contemple son futur

La Légion du Christ a-t-elle été réformée ? A quoi ressemblent ces réformes ? Une rencontre historique à Rome, qui commencera le 8 janvier 2014, permettra de répondre à quelques-unes de ces questions.

Par Tom Hoopes, directeur exécutif du National Catholic Register de 1999 à 2009, et ancien membre du Regnum Christi

Ils reviennent de loin. Cinq années se sont écoulées depuis que les membres de la Légion du Christ, fondée en 1941, commencent à admettre, en privé, que leur défunt fondateur, le père Marcial Maciel, n’étaient pas le saint homme qu’ils avaient prétendu jusque là : ayant plusieurs enfants et étant « probablement » coupable d’avoir abusé sexuellement de jeunes séminaristes.

J’étais à l’époque le directeur exécutif du Register (ainsi que membre du mouvement associé à la Légion, le Regnum Christi), lorsque la nouvelle a explosé. J’ai cessé de suivre les rencontres du Regnum Christi sur le champ, et expliqué à tous les légionnaires qui pouvaient m’écouter que je quittais le mouvement. Assez peu, en fait, m’ont écouté.

La culture interne à la Légion du Christ a rendu particulièrement difficile aux membre de la congrégation d’admettre que le fondateur était aussi mauvais que les faits le prouvaient. Publiquement, la Légion se contentait de dire : « Nous pouvons confirmer qu’il y a certains aspects de ce vie qui n’étaient pas appropriés pour un prêtre catholique ». Ils ont ensuite essayé de résumer tout ce qu’il avait fait comme des « défaillances ».

Cette attitude établie a commencé à évoluer l’année suivante, lorsqu’en mars 2010, un communiqué du Vatican a décrit le père Maciel comme une personne « sans scrupule ni authentique sentiment religieux. »

Il est difficile d’imaginer un jugement plus dévastateur à propos du fondateur d’un ordre religieux ! Dans le même document, le Vatican mettait en avant le besoin d’effectuer de grands changements dans la Légion :

a) « La nécessité de redéfinir le charisme », lequel ne « s’identifie pas avec une logique de l’efficacité à n’importe quel prix » ;

b) « La nécessité de réviser l’exercice de l’autorité », d’une façon qui permette de « respecter les consciences » et qui offre « un authentique service ecclésial » ;

c) La nécessité de préserver l’enthousiasme de la foi des jeunes, de façon à ce qu’ils ne « remettent pas en question leur vocation »

Au cours de l’été 2010, le pape Benoît XVI a mis en place un plan de réforme. Il a nommé l’archevêque (maintenant cardinal) Velasio de Paolis, pour être le supérieur de facto de la congrégation. Son travail consistait à séparer les branches laïques et sacerdotales, et à préparer une assemblée générale pour les membres du Regnum Christi, ainsi qu’un Chapitre Général pour les 963 prêtres légionnaires.

L’heure de ce rassemblement est maintenant arrivée.

Mais tout au long du chemin, les observateurs extérieurs ont essayé de lire entre les lignes pour comprendre ce que le pape Benoît XVI avait l’intention de faire. Première hypothèse : Il aurait décidé de faire mourir la Légion a petit feu, en faisant des centaines de petites coupes, plutôt qu’en donnant un seul et grand coup. Certains anciens légionnaires défendent cette idée. Le pape Benoît voulait donner aux séminaristes le temps de se réadapter, affirment-ils : un temps pour se détacher psychologiquement de la Légion et être prêt à s’en aller.

Autre hypothèse : le pape Benoît serait un Gamaliel des temps modernes. Il jouerait le rôle du grand pharisien, dans les Actes des apôtres, qui intervient dans le Sanhédrin auprès des Chrétiens, en affirmant : « Si leur intention ou leur action vient des hommes, elle tombera. Mais, si elle vient de Dieu, vous ne pourrez pas les faire tomber. »

C’est l’opinion qui prévaut dans la Légion, je crois.

Un légionnaire m’a dit qu’il y avait trois groupes au sein de la Légion : ceux qui sont arrivés récemment et n’ont pratiquement pas connu le père Maciel ; les anciens qui lui sont restés très fidèles ; et un groupe intermédiaire. Le Vicaire Général de la Légion, père Sylvester Heereman, dans une vidéo restée peu de temps en ligne sur internet, a décrit ce groupe intermédiaire comme étant optimiste et plein de promesses.

Le chapitre général est une opportunité pour effectuer de vrais changements : il permettra de déterminer un nouveau groupe de dirigeants, et de ré-écrire les constitutions, lesquelles décrivent le mode de vie de la Légion du Christ.

Mais, d’après ce que j’ai pu comprendre, les nouvelles constitutions que les légionnaires vont parachever lors du chapitre général ne laisseront probablement personne pleinement satisfaits. Elles ne plairont pas à l’ancienne garde, qui fera tout son possible pour limiter les changements. Elles satisferont pas non plus ceux qui aspirent à une réforme en profondeur. Le projet final établi par le chapitre sera alors envoyé au pape François, qui jettera un œil sur les constitutions et dira ou bien : « Ok, maintenant mettez-les en pratique », ou bien « Ré-écrivez les encore une fois », ou encore : « Laissez tomber : je vais m’en occuper. »

Ou peut-être fera-t-il autre chose.

Le pape François reste la grande question au cœur de toute la discussion sur l’avenir de la Légion. Le cardinal Jorge Bergoglio n’a jamais eu qu’une relation ténue et tendue avec la Légion, ainsi que me l’a relaté un prêtre. La Légion a souvent essayé de l’inviter à des dîners de bienfaisance, ou à différents évènements. Et celui ci avait l’habitude de refuser, en disant : « Invitez les pauvres. Et pas seulement les riches. »

Un légionnaire a souligné que le pape François travaille sur un processus qui l’a précédé, et dont il hérite, mais qu’il n’a pas encore mis sa marque personnelle sur l’affaire de la Légion. Quoi qu’il fasse, ce sera probablement une surprise. Mais il pourrait se passer plusieurs mois avant que cette surprise n’arrive.

Entre temps, les observateurs de la Légion scruteront avec attention les moindres détails pour répondre aux questions suivantes :

Lorsque le pape François obtiendra les nouvelles constitutions, s’y intéressera-t-il personnellement, ou bien les passera-t-il à la congrégation pour les religieux ?

Est-ce que le pape François offrira aux légionnaires une séance de photo ? Ces derniers vont certainement batailler ferme pour en obtenir une !

Est-ce que le pape François nommera un autre délégué pour surveiller la Légion, maintenant que la mission du cardinal De Paolis touche à sa fin ?

Et quid du père Maciel ? Toutes mes sources sont d’accord sur le fait que la Légion sera jugée sur sa façon de traiter – ou d’éviter de traiter – l’épineuse question de son fondateur de triste mémoire.

Actuellement, les nouvelles constitutions ne font même pas mention du père Maciel, sans doute à cause d’une recommandation du cardinal De Paolis qui aurait mis entre parenthèse cette question, afin de la traiter plus tard, une fois que le mode de vie aura été re-fondé.

Mais le fondateur et la congrégation sont difficiles à séparer. Jadis, à la « vieille époque », la légion m’enseignait que notre mission était une extension de l’œuvre du père Maciel. Il était unanimement appelé Nuestro Padre (Notre Père), et les membres étaient invités à dire une prière qui proclamait : « La Légion et le mouvement (Regnum Christi) ne seront vigoureux et florissant que dans la mesure où demeure et souffle dans nos vies et nos attitudes l’esprit de notre fondateur. »

J’ai désiré savoir où en était la Légion maintenant à l’égard du père Maciel. Je sais qu’ils ont cheminé depuis l’époque où ils ne parlaient que de quelques « comportements inappropriés ». Mais étaient-ils vraiment francs ?

J’ai appelé la Légion, et je leur ai demandé : Avez-vous mesuré l’étendue complète des mauvais comportements du père Maciel ? Qu’en est-il des enfants au Mexique qui prétendent être ses enfants, et qui ont affirmé avoir été abusés par lui ? Lorsque ces révélations sont venues à la lumière, nous avons entendu que « la Légion ne peut pas encore offrir de déclaration sur le sujet ». Qu’en est-il aujourd’hui ?

La réponse que j’ai reçue m’a donné bien peu d’éléments sur l’étendue des abus commis par le père Maciel. Cette réponse est même arrivée en retard d’une semaine sur la date limite, après un long silence, et accompagnée de formules sirupeuses.

Je ne suis pas le seul à avoir eu ce sentiment de déjà vu.

Après que des légionnaires eurent célébré une messe sur la tombe du père Maciel au mois d’août dernier, le prêtre légionnaire Peter Byrne a écrit une lettre expliquant à certains de ses compagnons qu’il n’avait plus d’espoir de voir des évolutions significatives.

« La dissimulation a été si parfaite » a affirmé le père Byrne dans sa lettre, « que la Légion s’apprête aujourd’hui à affronter un chapitre général avec la possibilité que les anciens membres de la garde rapprochée du père Maciel, qui obéissaient jadis à ses ordres illicites et le défendaient contre toutes les accusations, deviennent les nouveaux supérieurs de la congrégation. »

J’ai pu obtenir une confirmation de l’authenticité de la lettre et j’ai ensuite demandé au bureau de presse de la Légion du Christ aux Etats-Unis ce qu’ils pensaient de cela et de ses principales accusations, mais je n’ai reçu aucune réponse. Je les ai également interrogé sur le départ plein de déception du père Deomar de Guedes à la veille du Chapitre Général, et encore une fois, je n’ai pas reçu de réponse.

Un autre élément qui m’a rappelé les vieilles manières d’agir de la Légion, c’est le mariage récent de Thomas Williams. Comme prêtre, Williams était doyen de la chaire de théologie à l’Athénée Pontificale de la Légion à Rome, l’université Regina Apostolorum, lorsque les supérieurs légionnaires ont appris qu’il avait eu un enfant. La congrégation l’a autorisé à continuer son rôle officiel dans l’Eglise pendant des années, en dissimulant certaines circonstances de sa vie privée.

Un signe positif de transparence est venu avec le rapport récent émanent de la Légion, reconnaissant d’autres coupables d’abus sexuels dans ses rangs. Un rapport de la Légion daté du 5 décembre affirme que des études montre que 35 prêtres légionnaires ont été accusés d’abus sexuels sur des mineurs. Sur ceux là, neuf ont été reconnus coupables, dix sont encore en train d’être étudiés, et quatorze ont été acquittés. Six supérieurs légionnaires ont été accusés, et trois ont été reconnus coupables.

J’ai envoyé les questions suivantes à la Légion : quand les abus de ces prêtres se sont-ils produit ? Combien y a-t-il eu de victimes ? Combien de prêtres se trouvaient dans la Légion à cette époque ? Et du côté des religieux, quels abus ont été découverts ? Et concernant les membres laïques ? Est-ce qu’une investigation exhaustive des abus commis par le père Maciel a été faite ?

Encore une fois, je n’ai reçu qu’une réponse évasive et tardive, ne répondant pas à mes questions.

Et c’est ainsi que je suis parti avec les mêmes impressions que j’ai eu pendant des décennies sur la Légion. La congrégation que le père Maciel a fondée a toujours été pleine de fausses promesses et des déceptions exaspérantes. Nous saurons bientôt quelle côté va l’emporter à Rome.

Tom Hoopes

Tom Hoopes a été directeur exécutif du National Catholic Register, de 1999 à 2009.

Voir en ligne : http://www.ncregister.com/daily-new…