Vendredi 20 décembre 2013

Oeil pour oeil, et dent pour dent ?

Un article mettant en cause deux prêtres légionnaires appelés à participer au Chapitre Général de la Légion du Christ en janvier 2014 a été publié il y a quelques jours sur un site hispanophone. J’ai senti le devoir moral de présenter mes excuses aux personnes humiliées par ces nouvelles révélations.

Cet article, étoffé par une photo et quelques courriers privés, met en lumière le type de pénitences cruelles et stupides que certains supérieurs légionnaires utilisent pour humilier leurs inférieurs. Il révèle également au monde les dérives qui peuvent arriver dans une communauté qui promeut une forme d’obéissance aveugle et idéologique, au point de conduire les religieux (ou peut-être devrais-je dire : les victimes) aux portes de la démence.

J’ai fait une erreur en transmettant trop vite ces documents embarrassants. J’aimerais expliquer brièvement ce qui s’est passé, et présenter mes excuses aux intéressés.

Le 15 avril 2010, une jeune femme - se présentant sous un pseudonyme - m’a transmis deux photos et une lettre que lui avait adressées un prêtre légionnaire quelques mois plus tôt (décembre 2009).

Tout cela était embarrassant, mais comme il ne s’agissait pas d’abus, je lui ai simplement conseillé d’envoyer ces documents à la direction générale de la Légion du Christ, ainsi qu’à l’évêque du diocèse où se trouvait le prêtre en question.

Deux ans plus tard, en février 2012, j’ai transmis des informations et ainsi que quelques dossiers à un groupe d’anciens légionnaires. J’étais à ce moment horrifié de voir que certains prêtres de la congrégation, connus pour leurs fragilité morale, leur cruauté ou leur manque total de discernement, continuaient à garder des postes de direction, ou différentes tâches éducatives importantes… Je pense notamment au père Hector Guerra, un personnage que j’ai eu le malheur de côtoyer de près [1], et qui a su étouffer plusieurs scandales de pédophilie (dont deux en France), et qui pourtant, continue à diriger chaque année une session de formation pour les cadres dirigeants de séminaires diocésains. [2]

Nous espérions qu’en publiant ces documents, nous pourrions aider les autorités de l’Eglise à prendre enfin acte de la gravité des dysfonctionnements internes de la Légion du Christ, et provoquer un sursaut de conscience.

Mais en découvrant l’article il y a deux jours, j’ai compris que j’avais fait une erreur, car s’il est bon que certaines choses viennent à la lumière, il n’est pas juste que des personnes innocentes se retrouvent humiliées en publique. Il aurait suffit que le nom du prêtre soit changé, et que son visage sur la photo soit flouté. Sachant, en l’occurrence, que le pauvre homme était déjà lourdement victime de la cruauté de son supérieur.

Malgré le mépris des supérieurs de la Légion et du cardinal de Paolis à notre égard - lesquels n’ont jamais pris le soin d’écouter nos doléances et continuent de cautionner le mensonge et l’iniquité - je ne pense pas que la fin justifie les moyens.

Je ne suis pas celui qui aie apporté ces photos à la presse, mais j’aimerais malgré tout demander pardon aux personnes qui ont été blessées personnellement par ces publications. La Légion du Christ avec sa discipline religieuse inhumaine et idéologique nous a tous conduit à perdre pied avec le réel, voire à sombrer dans la folie, et je ne crois pas mentir en disant que beaucoup d’entre nous aurions pu nous retrouver à la place de ce pauvre prêtre, dont je sais, par ailleurs, qu’il est apprécié par ses pairs pour sa gentillesse et pour son dévouement.

Je souhaite la justice et la vérité. Pas la vengeance, ni la guerre.

Xavier Léger

[1Xavier Léger et Bernard Nicolas, Moi, ancien légionnaire du Christ. Flammarion. 2013