Vendredi 4 juillet 2014

Le lynchage moral du père Pablo Guajardo par la Légion du Christ

La Légion prétendument « nouvelle » reprend ses bonnes vieilles pratiques. Cette fois, elle s’en prend à un prêtre dont elle essaye de détruire la réputation par des calomnies. Les légionnaires ne l’accusent de rien précisément, mais font courir l’information selon laquelle il n’est plus en possession de ses facultés mentales. Cette technique était très souvent utilisée par le père Maciel, qui n’hésitait pas à envoyer tel prêtre ou telle consacrée suivre des traitements psychiatriques. On lira à ce sujet la lettre du prêtre mexicain Pablo Pérez Guajardo sur les circonstances dans lesquelles il a été écarté de la Légion pour l’avoir critiquée.

Playa del Carmen, le lundi 8 juin 2014

Très estimé dans le Christ, père Ricardo Sada :

Cela fait environ vingt-cinq ans que nous ne nous sommes pas parlé. En juin 1974 (il y a 40 ans), je suis entré dans la Légion du Christ. Le père Rodolfo Ibarra, à la fin du mois d’avril 2014, m’a apporté votre lettre, datée du 16 avril dans laquelle vous me demandiez de me rendre à Mexico le 29 avril, pour discuter. Le père Ibarra m’a informé qu’il me donnerait le billet d’avion et les moyens économiques pour effectuer le voyage.

A l’approche de la date convenue, j’ai informé le père Ibarra que je n’avais pas reçu le billet d’avion et celui-ci m’a confirmé, en effet, qu’à cause d’une erreur du secrétaire territorial, le père Miguel Ángel Cativiela, mon billet n’avait pas été acheté. Il a ajouté que comme vous deviez vous rendre à Rome à la réunion du personnel, le rendez-vous allait être déplacé. Je suis resté en attente..

J’ai bien compris que l’article de Sergio Caballero, dans le journal « Proceso » du 28 mai 2014 : « Le patrimoine des légionnaires du Christ à Quintana Roo et la dissidence d’un prêtre rebelle » ne vous avait pas beaucoup plu.

Le jeudi 5 juin 2014, à mon retour chez moi, on m’a donné deux lettres signées par vous et par le père Miguel Ángel Cativiela, intitulées « Première admonestation canonique » et « Deuxième admonestation canonique », datées du 4 et du 14 mai 2014, et qui s’achèvent ainsi : « On procèdera à l’expulsion de la Congrégation des légionnaires du Christ ».

Comme vous le savez bien, je n’ai jamais œuvré contre la morale, ni contre la doctrine de l’Église catholique.

J’ai été ordonné prêtre par Jean-Paul II dans la basilique de Saint Pierre, au Vatican (le 3 janvier 1991). J’ai étudié avec la plus grande attention les écrits de Ratzinger / Benoît XVI, et je m’identifie parfaitement avec le style à la fois sobre et populaire du pape François. La population de Playa del Carmen peut témoigner de mon comportement et de mon travail auprès des personnes marginalisées.

La chronologie des évènements semble indiquer que, dès que le travail de supervision du cardinal Velasio de Paolis a été terminé, la Légion est aussitôt retournée à ce qui a toujours été sa norme suprême : à savoir l’abus d’autorité. Une réalité euphémisée derrière la célèbre expression de Maciel : « Il faut préserver avec force le principe d’autorité ».

S’il est vrai qu’il y a eu une réforme, un changement dans la Légion, il serait temps de prouver qu’entre les légionnaires, il y a la possibilité de dialogue, de négociation, d’ouverture, de tolérance et de respect des différences. Et surtout, qu’on place toujours les personnes au-dessus de l’institution. De même, le fait de s’occuper des pauvres, des plus démunis et des personnes mourantes ne devrait pas être proscrit ! Avant de prendre une décision aussi drastique, je vous invite à venir vous promener avec moi dans les rues des zones prolétaires de Playa del Carmen.

Et de grâce, qu’on ne dise pas, à la manière de l’Ancien Testament, que si la nouvelle ne vous plait pas, il faut tuer le messager…

… parce qu’avant de procéder à mon expulsion, il faudrait peut-être agir contre le père Jesús Martínez Penilla, qui a abusé d’enfants en Espagne autrefois, et qui vit depuis plusieurs décennies dans la Prélature légionnaire de Cancun, la plus grande partie de son temps à Isla Mujeres. Il faudrait aussi s’occuper du cas du père Fernando Martínez Suárez, qui a abusé d’enfants à l’Institut Cumbres Lomas de Mexico, et, après avoir rejoint Quintana Roo, qui a également abusé de quatre jeunes filles à l’Institut Cumbres de Cancun, et qui aujourd’hui se trouve au noviciat des légionnaires à Salamanque, en Espagne. Ou encore du père Eduardo Lucatero Álvarez, impliqué dans l’affaire, qui a fait beaucoup de bruit, d’une trentaine d’enfants abusés à l’Institut Cumbres Lomas de Mexico. C’est cette même école qu’avait laissée le fondateur Marcial Maciel, après abusé sexuellement de ceux qui par la suite allaient occuper des postes de responsabilité dans la Légion.

Je considère qu’après avoir passé quarante années dans la Légion, et n’ayant rien fait qui soit contraire aux enseignements de l’Évangile et de l’éthique humaine, le plus sensé, c’est que nous nous regardions face à face pour parler ensemble, d’autant plus que cela ne fait que quelques semaines que vous avez été nommé à ce poste.

Avec un peu de bon sens, n’importe qui peut comprendre que justifier une expulsion pour « absence illégitime de la communauté pendant plus de six mois » est un prétexte. Avec de la bonne volonté, on peut résoudre ce problème avec une « exclaustration » ou un « extra domus ». Vous me pardonnerez de ne pas être très précis avec les termes canoniques, mais vous savez bien que dans la Légion, nous n’avons pas reçu de formation en Droit Canonique.

En ce qui me concerne, je vous confirme que depuis le mois de janvier, j’ai suivi les indications de l’évêque légionnaire, qui m’avait enjoint de ne pas donner de sacrements. Et je célèbre la messe en privé.

En même temps, nous savons que personne ne peut interdire ce que le Christ nous demande : à savoir aller proclamer l’Évangile, s’occuper des malades, donner à manger à ceux qui ont faim, rendre visite aux prisonniers… Je n’ai pas besoin d’autorisation pour faire du bien aux autres.

Dans l’Évangile de Marc (2, 23-28), Jésus est très clair : l’homme n’est pas fait pour sabbat, mais le sabbat pour l’homme. Le Christ nous enseigne qu’au-dessus du temps sacré (le sabbat) et du lieu sacré (le temple), il y a la personne. Au-dessus de l’obéissance se trouve l’objection de conscience, au point que David et ses hommes ont mangé les pains qui, d’après la loi, étaient réservés aux prêtres seuls.

Comme on le sait dans tout l’état de Quintana Roo, l’évêque légionnaire Pedro Elizondo Cárdenas (dont le nom de baptême est Rosalio) et plusieurs légionnaires ont affirmé en public que je suis un peu dérangé de la tête, et que je ne prends pas mes médicaments.

Si on ajoute à cela que, au cours de l’entretien avec l’ancien directeur territorial du Mexique, qui est aujourd’hui le Directeur Général de la congrégation, le père Edouardo Robles Gill, lorsque je lui ai demandé quelle était l’alternative positive (parce qu’il ne faisait que répéter : « Vous ne pouvez faire ceci, ni cela, non, non, non… »), il m’a dit qu’avant de me confier une quelconque responsabilité, je devais réaliser un bilan psychiatrique.

Devant tout cela, on comprendra facilement pourquoi je refuse de vivre dans une maison de Légionnaires. En outre, nous voyons combien de légionnaires ont été internés dans des hôpitaux psychiatriques, où ils se trouvent encore aujourd’hui : les pères Benito Aguilar, Adolfo Flores Acosta et même l’ancien Directeur Territorial de Monterrey, le père Leonardo Nuñez.

A Playa del Carmen, le docteur Jorge Polanco Benois, qui a une excellente réputation, m’a examiné et considère que je jouis d’une excellente santé mentale. Lorsque vous viendrez à Playa, vous pourrez vous entretenir avec lui.

Le Père Ricardo rappelle que les dirigeants, la hiérarchie, les autorités NE SONT PAS L’ÉGLISE, ne sont pas les propriétaires du troupeau, mais sont des SERVITEURS. Il est indispensable de consulter et d’écouter le peuple. Venez donc à Playa del Carmen, pour écouter les gens. L’heure du « je donne des ordres et je commande » est révolue. Comme Jésus, mettez-vous aux pieds des personnes pauvres.

Une des principales tâches du prêtre est d’éviter que se renouvellent certains aspects de la Passion du Christ : éviter les jugements iniques ; la violence physique, psychologique et morale ; éviter les humiliations, les moqueries. Avec les mots de notre époque, lutter pour défendre les droits de l’homme.

Combien de fois avons-nous parlé de la vie religieuse comme d’une « vie fraternelle en commun » ? Vous n’avez pas idée du mal que vous avez fait à de nombreux légionnaires en donnant l’ordre d’afficher les lettres que vous m’avez envoyées sur le panneau d’information de chaque communauté. Certains m’ont appelé, car ils étaient écœurés de voir comment vous traitiez un frère qui n’avait commis aucun délit, ni aucun crime. Ils étaient d’autant plus horrifiés que les employés de la Légion avaient accès à ce genre de documents montrant comment vous traitiez un prêtre avec un vocabulaire qui n’a rien d’évangélique.

Dans la Prélature de Cancun règne la terreur.

Personne n’ose parler de la situation catastrophique dans laquelle se trouve le Secours Catholique de Quintana Roo, en raison de l’énorme escroquerie commise par ses dirigeants. Personne n’ose donner son avis, proposer des initiatives, car tout doit partir du sommet monolithique Légion-Prélature, Prélature-Légion.

Il y règne un mécontentement silencieux et généralisé, en raison du commerce éhonté qu’on fait ici des sacrements. Pour des projets absurdes comme la basilique géante de Santa María del Mar, qui devrait être presque deux fois plus grande que les plus grandes tours départementales de Cancun.

C’est une véritable insulte à l’égard des enfants qui souffrent de malnutrition dans les régions marginales, à l’égard du manque d’écoles dans les zones périphériques, à l’égard du manque de services médicaux, à l’égard des grandes difficultés dans les transports ou à l’égard de l’abandon pastoral auquel sont soumis les peuples mayas, ainsi que la zone de culture de la canne à sucre.

La Prélature légionnaire est une Église du silence, non pas à cause de l’oppression d’un gouvernement dictatorial, mais à cause de son intolérance et de son incapacité à faire face au dialogue et à la diversité. La Légion au Quintana Roo a changé le visage de l’Église, laquelle n’est plus Mater et Magistra (mère et éducatrice). La Prélature légionnaire nous offre LE VISAGE D’UNE ÉGLISE-ENTREPRISE CORROMPUE.

Le silence n’est pas l’inaction. Ici, les gens votent avec leurs pieds. Ils quittent progressivement les églises, se réfugient dans des dévotions privées ou adoptent de nouvelles expressions de religiosité plus fraternelles et évangéliques. Peut-être que je me trompe. Mais peut-être pas. Ne pensez-vous pas qu’il serait sage de parler avant d’agir ?

Pour le moment, je n’ai pas encore fait usage de mon droit (canon 698) de faire appel au Directeur Général parce que je crois à la sagesse et au bon sens pour trouver un accord qui soit conforme à l’Évangile du pardon et de la miséricorde. Je continue à attendre mon billet d’avion et les moyens économiques pour me rendre à Mexico, ou si vous préférez, je vous accueillerai avec joie à Playa del Carmen, pour que vous puissiez vérifier par vous-même tout ce que je dis.

La vie chrétienne est plus que l’ostentation d’une liturgie impeccable. Il ne s’agit pas de la conserver comme dans un vieux musée qui sent le renfermé. Sortez du musée ! Touchez les plaies du peuple de Dieu !

Au cas où ces lignes se perdraient, j’envoie une copie de cette lettre au Nonce Apostolique du Mexique, au Directeur Général des légionnaires du Christ et à l’évêque de Cancun. Je ne sais pas si je dois m’excuser d’être apparemment si violent. C’est sans doute dû au fait que j’ai cru à fond à ce que m’a appris la Légion : être combatif, intrépide, infatigable, courageux, audacieux, vivre chaque jour comme si c’était le dernier, être témoin passionné de la vérité.

Votre serviteur dans le Christ prêtre, Pablo Pérez Guajardo, L.C

Voir en ligne : http://liberabitveritas.blogspot.fr…