Vendredi 12 avril 2013 — Dernier ajout mardi 16 avril 2013

Ces cardinaux qui ont passé l’éponge sur les crimes du père Maciel

Trois cardinaux, très influents dans la curie romaine, sont allés parler aux légionnaires du Christ, en novembre 2008, pour les dissuader de se poser trop de questions sur leur fondateur. Ces prélats vont jusqu’à « absoudre » le père Maciel, saluer sa « prudence » (pour avoir bien dissimulé sa double vie) et osent le comparer au grand Roi David !

On reste sans voix.

En novembre 2008, trois cardinaux, très haut placés dans la curie romaine, sont venus parler à la communauté des légionnaires du Christ de Rome. Les membres de cette communauté venaient d’être informés que le père Maciel avait eu une relation prolongée avec une femme, et qu’il avait eu une fille de cette union.

Des extraits de ces conférences ont fuité et ont été dévoilés il y a quelques jours dans les médias mexicains. Des enregistrements dans lesquels les dirigeants de l’Église expliquent qu’au fond, le père Maciel était un homme au cœur pur, un instrument docile dans les mains de Dieu, et que ses quelques erreurs de jeunesse ne sont rien au regard de l’extraordinaire mission qu’il a réalisé pour l’Église.

Comble d’ignominie : le père Maciel est à leurs yeux une pauvre victime, puisque ce dernier, à travers ses faiblesses, a pu faire lui aussi l’expérience amère du péché !

Lorsque José Barba Martin, l’une des victimes du père Maciel, m’a informé… j’ai bien senti qu’il était encore une fois sous le choc, profondément éprouvé par une telle cruauté..

J’ai écouté les extraits de conférence, et j’en ai eu la nausée.

Comment un tel aveuglement est-il possible ? Comment les dirigeants de l’Eglise, qui professent leur foi en Jésus Christ, peuvent-ils avoir un tel mépris pour les victimes ? Comment osent-ils assumer avec autant d’aplomb la présomption que la Légion du Christ est une œuvre de Dieu et que tous ses fruits sont merveilleusement bons… alors que ce sont des milliers d’anciens légionnaires qui sont sortis, en mordant la poussière, de cette structure infernale, déshumanisante et perverse ?

Mon Dieu, quand cesseront tous ces mensonges ?

Cardinal Dario Castrillon Hoyos
Cardinal Dario Castrillon Hoyos

Dario Castrillon Hoyos, président de la Commission pontificale Ecclesia Dei et ancien préfet de la Congrégation pour le clergé

Je veux m’exprimer ici sans le moindre soupçon de prudence politique, de double discours politico-religieux car je déteste les doubles discours politico-religieux… Parce qu’un homme choisi par Dieu, Marcial Maciel, a recueilli la lumière divine et a fait ce que Dieu attendait de lui !

J’ai été très surpris, comme tous ceux qui ne savaient rien… mais je n’ai eu pas eu besoin de plus de cinq minutes de réflexion pour retrouver mon calme.

L’une des prières d’aujourd’hui disait justement : « Hosanna, fils de David ! honneur ! honneur ! gloire au fils de l’assassin d’un homme qui a commit un adultère avec sa femme ! Hosanna, fils de David ! Honneur et gloire au fils ! ». La révélation nous a enseigné comment Marie et Jésus sont des descendants de David. C’est un mystère de notre foi. C’est quelque chose que j’ai découvert en lisant le père Charles de Foucault : Comment le Christ a voulu qu’il y ait parmi ses ancêtres un certain nombre de femmes de peu de vertus. Ainsi, celui qui n’avait aucun péché, s’est entouré génétiquement du péché, pourrions-nous dire. Hosanna au fils de David ! Gloire à la Légion, même si elle est victime de la faiblesse humaine, victime de la force du mal ! Il fallait que cet homme, choisi par Dieu, paye lui aussi son tribut au mal !

Ne soyez pas de ceux dont l’Église et le monde pourront dire demain : « Voici ceux qui ont dévêtu leur père, qui ont dévoilé ses fautes au regard du monde » ! Non ! Le fils ne doit pas juger son père ! Il y a des tribunaux qui prononcent des jugements, et qui pourtant se trompent, que ce soit dans le jugement ou dans la forme.

Le fils ne doit pas être stupide au point d’affirmer que ce n’est pas vrai, alors qu’il sait bien que c’est vrai. Mais avoir une union affective et à l’intérieur d’une génétique spirituelle, une union génétique, de sorte que nous puissions assumer, avec raison, une attitude différente de celle que les ennemis de l’Église, et donc de la Légion, aimeraient nous voir adopter.

Laissez le monde juger ! C’est un monde corrompu et hypocrite ! Qu’il juge ! Mais de grâce : qu’il n’y ait aucun légionnaire qui, comme le mauvais fils de Noé, se moque des fautes de son père. Le couvrir, ce n’est pas étouffer la faute : c’est le revêtir avec le manteau affectueux de la famille.

Les erreurs, même si elles sont plus grandes que celles que nous connaissons jusqu’à présent, ne suppriment pas les missions. Les erreurs de David ne l’ont pas empêchéd’accomplir sa mission. Et nous continuons tous les jours à chanter ses psaumes. Il nous a donné la richesse de la communication avec Dieu. Cet homme, autant que je le sâche, moins faible que David, a donné à la Légion ses propres psaumes de David, pour donner la joie au monde, pour annoncer le message du Seigneur dans le monde ; pour appeler à la conversion ; pour appeler à la joie, à la louange.

Je m’attriste devant toute la fragilité du péché. Mais il se trouve que dans l’incarnation, la seule chose à travers laquelle le Seigneur ne s’est pas uni à nous, c’est le péché… mais il nous en a libéré. Il nous a libéré du poids du péché dans notre chair.

Maintenir l’esprit du fondateur, ce n’est pas maintenir l’esprit de Marcial Maciel : c’est maintenir l’esprit que l’Esprit Saint lui-même lui a transmis. Il a été un reflet, dans sa vie connue… C’est qu’on ne savait pas… pourquoi ? Parce qu’il a été prudent. La prudence : une grande et importante vertu chrétienne ! Ainsi, la providence divine, quand il vous formait, même les plus anciens, n’a pas voulu que se perde la force du message qu’il transmettait à cette Légion de Jésus-Christ. Et c’est pour cela que la plus grande partie des légionnaires n’a jamais rien su. Et ainsi, ils ont pu recevoir le message, dans la simplicité et dans le calme.

Mais aujourd’hui, que nous savons… le message ne change pas. C’est un message de l’Esprit Saint. C’est un cadeau de l’Esprit Saint à l’Eglise. C’est ce qu’on appelle le charisme !

Je l’ai vu, un jour devant le pape (Benoît XVI). La façon avec laquelle cet homme parlait… ce n’était pas de l’hypocrisie. A cette époque, il avait déjà ses problèmes. Mais Dieu parlait à travers ses lèvres, ce jour là. Combien de choses importantes, dures et sages, a-t-il dit au Pape ! Nous étions trois ou quatre personnes présentes… Je vénère le père Maciel !

Je n’ai même pas besoin de penser qu’il aurait eu une maladie mentale pour expliquer certaines choses… Non ! Je préfère penser qu’il était dans la plénitude de ses capacités intellectuelles, mais qu’il a été victime de quelques faiblesses… Il ne m’est jamais arrivé de croire que le roi David était fou, même si celui-ci a fait tuer Urie le Hittite.

Et donc, il faut que cette expérience se convertisse en une force, en une force qui devienne humilité. Humilité… parce que mon père a été faible, et pour cette raison, je vais mieux comprendre les faibles. Humilité, parce que je sais que mon père a été faible, mais mon père m’a donné tellement de force et une telle richesse, avec cette Légion, laquelle est en train, aujourd’hui, de défier le monde.

Cardinal Franc Rodé
Cardinal Franc Rodé

Franc Rodé, Préfet de la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique

Il est évident qu’il peut y avoir une crise. Une crise est possible. Une certaine désorientation, et une profonde inquiétude. La première réaction peut consister à nier toutes les choses négatives que nous découvrons dans la personne du fondateur, et de décider que tout cela est impossible, que ce sont des calomnies, que c’est un coup monté… Je crois que cette réaction, bien naturelle, n’est pas bonne. Quand une évidence s’impose, il faut l’accepter, avec le risque de dépression spirituelle que cela suppose. Il faut accepter la réalité, accepter la vérité, mais l’accepter avec charité.

Vous ne devez pas juger le père Maciel. Ou alors, vous vous tromperiez. Ne jugez pas le père Maciel ! Laissez le jugement au Seigneur. C’est à lui qu’il appartient de le juger. Il me semble que c’est très important. Vous n’êtes pas appelé à juger votre fondateur. Ensuite, il s’agit d’arriver à une compréhension réaliste de la situation, une vision réaliste de la personnalité du fondateur. Chez un fondateur, il peut y avoir des faiblesses, et même des problèmes d’ordre psychologique, intellectuel ou moral. Et s’il y a des faiblesses sur le plan moral, nous avons un devoir de miséricorde, de compréhension.

La tolérance zéro ? Non, non… dans l’Eglise, nous ne sommes pas comme ça. Cela, nous le laissons aux puritains. Une fois que nous avons reconnu qu’il y a effectivement certaines choses que nous ne pouvons pas approuver, nous devons être à la fois compréhensif et miséricordieux, et nous abstenir de tout jugement.

Et j’irais jusqu’au fond de ce que nous enseigne Matthieu au chapitre 7 : Tout arbre bon donne de bons fruits, et l’arbre mauvais donne des mauvais fruits. Un arbre bon ne peut produire de mauvais fruits, ni un arbre mauvais produire de bons fruits. Or le fruit est bon, le fruit est extraordinairement bon… Il est excellent, magnifique… Alors peut-on dire que l’arbre est mauvais ? En pure logique, je dirais que non, et je l’absous, j’absous le père Maciel ! Je ne le juge pas…

Est-ce que j’en dis trop ? Lisez vous-même le passage de l’Évangile : tout arbre bon donne de bons fruits. L’arbre bon ne peut pas produire des fruits mauvais, et un arbre mauvais ne peut pas produire de bons fruits.

Vous devez vous dire que votre vocation est une vocation qui vient de Dieu. Oui, il y a eu une certaine influence de la part du père Maciel, mais l’appel vocationnel vient de Dieu et si la figure du fondateur s’effondre un peu… vous ne devez pas remettre en cause votre vocation.

Cardinal Angelo Sodano
Cardinal Angelo Sodano

Cardinal Angelo Sodano, Doyen du Collège Cardinalice de l’Église Catholique, ancien Secrétaire d’État du Vatican

Si un diamant ou un anneau en or tombe dans la boue, il se salit. Mais ensuite, il suffit de le nettoyer pour le faire briller à nouveau. Il ne faut pas rester sur l’image du bijou lorsqu’il est couvert de boue.

On peut éventuellement dire : regardez comme l’anneau du cardinal est recouvert de boue… mais ce n’est qu’un moment. Le diamant reste un diamant. C’est pourquoi, il me semble que le plan de Dieu sur la Légion, ce plan sur lequel certains de ceux qui sont ici viennent de parler, nous indique que la Légion doit continuer.

Et il me semble que c’est la volonté des souverains pontifes, la volonté des évêques, et de tant de chrétiens anonymes qui ont bénéficié de votre œuvre et qui ont rencontré le Seigneur à travers votre apostolat. Le charisme du fondateur reste là. Et quel est-il, ce charisme ? Il me semble que le père Garcia a bien répondu : le charisme de l’amour du Christ et le charisme du service de l’Église, en tant que légionnaires du Christ…

Pour cela, il me semble que nous ne devons pas nous laisser décourager. Il faut aller de l’avant, et chaque jour répéter comme à la messe : « Sursum corda » et… Il est certain que le Seigneur bénit votre famille religieuse, qu’il bénit le Regnum Christi…

J’accepte également l’invitation : suivre de près le Regnum Christi. Et c’est pourquoi, nous devons aimer encore plus les membres du Regnum Christi, toute cette jeunesse si généreuse, et également votre engagement, pour lequel nous devons prier. Vous verrez plus tard avec le père Alvaro, avec le vicaire général et son conseil, ce que nous pouvons dire… Mais il faut rappeler qu’une tache sur un tableau n’ôte rien. Un nuage dans un magnifique horizon n’empêche pas que l’horizon soit merveilleux. Un acte qu’on a pu faire… il est possible que son humilité des dernières années, son désir de servir le Seigneur, son acte d’humilité également de se retirer et de laisser la congrégation élire un nouveau Directeur Général ; sa vie sainte des dernières années nous enseigne que si nous avons pu fauté à un moment ou à un autre, nous pouvons toujours demander pardon au Seigneur et continuer avec plus de générosité dans notre mission.