Samedi 4 janvier 2014

Père Byrne : « Les complices du père Maciel sont en passe de reprendre la direction de la congrégation ! »

Le 11 septembre dernier, le père Peter F. Byrne, légionnaire du Christ, a envoyé une lettre à ceux qui espéraient une véritable réforme, et que la justice soit rendue aux victimes du père Maciel. Avec un peu de retard, nous publions cette lettre qui révèle d’un côté la prise de conscience de certains, et de l’autre, l’indécrottable déni des supérieurs de l’ordre. A cause de ses positions, le père Byrne a été mis en quarantaine pendant des mois. Au dernières nouvelles, il aurait fini par quitter la congrégation, dépité.

Chers amis, dissidents et membres d’équipe,

Je vous écris cette lettre pour vous remercier pour tout le travail que vous avez réalisé, tout au long de ces quatre dernières années, afin de faire triompher la justice et la vérité dans la Légion du Christ. Malheureusement, je dois vous annoncer que l’un des objectifs que nous nous étions fixés ne sera pas accompli et les conséquences pour l’avenir des victimes et de la congrégation sont désastreuses.

Nous avions demandé une enquête approfondie sur l’histoire de la congrégation, sur la corruption qui s’est incrustée à tous les niveaux de sa direction ainsi que sur certaines liaisons dangereuses entre certains membres de la Légion du Christ et le Vatican. Ce travail s’est notamment traduit par des lettres et des discussions avec le cardinal De Paolis, avec le Secrétaire d’État et avec de nombreuses autres personnes dont nous pensions qu’elles verraient le besoin et la raison d’une enquête vraiment transparente. Mais cette enquête n’a jamais été réalisée.

Quatre ans après les premières révélations, nous ne savons toujours pas qui, parmi les dirigeants de la congrégation, a cautionné des ordinations sacerdotales illégitimes et invalides ; qui a trahi le secret de confession ; qui a organisé et réalisé des campagnes de dénigrement contre certains hommes d’Église ; qui a utilisé les fonds des écoles de la Légion pour entretenir les femmes du père Maciel et ses enfants ; qui a surveillé les conversations entre les séminaristes et leurs familles ; qui a cautionné les falsifications de résultats académiques.

Des pots-de-vin ont été payés, des cadeaux ont été offerts… La Légion avait établi une liste avec les noms des personnes de l’Église qu’il fallait « cultiver », et une autre liste avec les noms de familles importantes. Tout cela était contrôlé lors de réunions au cours desquelles chacun devait présenter des objectifs, des plans et des résultats chiffrés. On a caché au Vatican la vérité sur la situation de la congrégation, ainsi que sur la situation du père Maciel. Le père Maciel a été enterré comme un saint, avec des oraisons et des éloges funèbres. Les supérieurs de la Légion, des cardinaux et d’autres personnages sont même allés jusqu’à justifier les actions et les abus du fondateur. Mais jusqu’à ce jour, personne n’a été tenu responsable. Personne ne sait ce qui s’est passé.

La manipulation a été si parfaite qu’aujourd’hui la Légion s’apprête à commencer son Chapitre Général avec la possibilité que ces mêmes personnes qui ont entouré Maciel pendant des années, accomplissant ses basses besognes et le défendant contre toutes les accusations, sont susceptibles de devenir les nouveaux supérieurs de la congrégation. Ceux-là mêmes qui ont été les complices du père Maciel et l’ont notamment aidé à détruire la réputation de ses victimes, sont en passe de reprendre la direction de la congrégation !

Comme l’un d’entre vous l’a souligné au début de ce processus, le temps jouait du côté des protecteurs de Maciel. Tout ce que ces derniers avaient à faire, c’était de faire profil bas et d’attendre. Les mécontents finirait tôt ou tard par quitter l’ordre ; le Vatican chercherait naturellement à se protéger, et s’opposerait à tout effort de révéler au grande jour la véritable étendue du pouvoir de Maciel.

Peu à peu, le personnage de Maciel serait réhabilité et sa vie, réinterprétée avec bienveillance. Ses crimes seraient justifiés et ses victimes seraient condamnées à souffrir à jamais avec le souvenir atroce des abus, la torture de la calomnie et l’horreur de voir leurs agresseurs vénérés, et eux passer aux oubliettes. Avec le messe célébrée récemment par 40 prêtres Légionnaires du Christ sur la tombe du père Maciel, la réhabilitation du fondateur a déjà commencé. Avec la récente interview du Supérieur Général, la réinterprétation de son histoire est également déjà bien enracinée.

On compare Maciel à d’autres fondateurs, qui avaient tous leurs petits défauts. La raison pour laquelle le cardinal De Paolis et le Supérieur Général acceptent qu’un psychopathe soit comparé à d’autres personnages historiques m’échappe. On essaye de justifier la corruption en évoquant « les faiblesses de la jeunesse ». Mais les faits ont été oubliés. Et une chose n’a toujours pas été clarifiée : comment un charisme légitime a pu être donné à l’Église à travers un « faux prophète » ?

Nos espoirs d’un nouveau départ pour la congrégation ont été déçus. Il n’y a pas eu de purification radicale. Les futures générations de légionnaires auront à vivre dans l’ombre de la plus grande supercherie que le Vatican n’ait jamais autorisée, et seront submergées de doutes quant à l’authenticité de la congrégation.

Je sais que vous auriez tous aimé que la justice soit rendues aux victimes, et qu’on obtienne leur pardon. Je sais que vous avez tous espéré qu’une nouvelle congrégation, purifiée, devienne une humble servante de l’Évangile et de l’Église. Peut-être qu’un jour, d’une façon ou d’une autre, ces rêves se réaliseront. Mais pour le moment, nous devons admettre notre échec.

Encore merci pour tous vos efforts et le temps que vous avez investi. Merci pour les risques que vous avez pris, et pour les souffrances que vous avez endurées. Le silence n’était plus acceptable, car c’est précisément le silence honteux de plusieurs générations de légionnaires qui a permis au père Maciel de faire du mal à nos propres frères, à salir l’Église et à construire ses mensonges.

« Le mal n’a besoin que d’une seule chose pour grandir : que les bons ne fassent rien. »

Père Peter F. Byrne LC

PS Salutations à tous : aux États-Unis, au Chili, au Brésil, au Mexique, en Espagne, en France, en Europe centrale, en Irlande et à Rome.