Abus sexuels dans l’Eglise : des théologiens s’engagent

Mercredi 27 mai 2020

Face aux abus dans l’Église, le chantier qui s’ouvre est immense. Parmi ces chantiers, il y a celui, encore inexploré, du travail théologique.

Aux racines d’un certain nombre de dérives, peut-on trouver des approches spirituelles ou théologiques faussées ? Pour répondre à cette question, cinq théologiens de l’Institut catholique de Paris viennent de faire paraître un ouvrage dans lequel ils font part de leurs réflexions : « Scandale dans l’Église : des théologiens s’engagent » (éd. du Cerf). On y lit notamment que « l’Église ne peut plus se prétendre experte en humanité ». Un constat difficile à avaler.

« PENSER LES ÉLÉMENTS EN RELATION LES UNS AVEC LES AUTRES »

« Les scandales sont durs à reconnaître. La formule est de Paul VI. Il entendait par là que l’Église ne voulait pas revendiquer un pouvoir politique, mais qu’elle s’adressait d’abord à l’esprit des hommes, à leur culture, à leur recherche de vérité » rappelle Gilles Berceville, religieux dominicain, professeur de théologie spirituelle à l’ICP, et accompagnateur de personnes concernées par des abus dans l’Église.

Revenant sur les abus dans l’Église, Gilles Berceville explique que « ces abus n’ont pas lieu dans un lieu particuliers. Ils ne sont pas l’affaire de telle ou telle personne. Ils sont favorisés par un contexte social et ecclésial. Il faut s’interroger sur la vie de la société, de l’Église, et penser les éléments en relation les uns avec les autres, pour mieux comprendre ce qui se passe, et pour mieux résister aux dérives ».

L’UNITÉ DE L’EGLISE EN QUESTION

Dans cet ouvrage, les auteurs vont interroger la foi catholique pour voir à quel niveau se situent les manipulations. « On peut tout manipuler. La corruption du meilleur, c’est ce qu’il y a de pire. Il ne s’agit pas de remettre en cause la foi elle-même, mais de se saisir de certaines vérités en les isolant » lance-t-il. Ainsi par exemple, les auteurs se penchent sur l’unité de l’Église, et sur le fait que ce principe pourrait être source d’abus.

« L’unité de l’Église, c’est une vérité de foi à laquelle nous sommes profondément attachés. Elle s’exprime de façon très forte dans le contexte de l’Église catholique. Lorsqu’une personne subit un abus, elle a le sentiment que c’est non seulement le ministre qui a pu abuser d’elle, mais toute l’Église qui s’est liguée contre elle. Elle aura d’autant plus de mal à sortir de sa situation, car à chaque fois qu’elle retrouvera une réalité d’Église, elle revivra ce qu’elle a vécu avant » analyse-t-il.

VERS UN FONCTIONNEMENT MOINS PYRAMIDAL

Face à ce constat, les théologiens rappellent qu’il existe aujourd’hui des ressources, des savoirs, ailleurs que dans le cercle ecclésial, qui permettraient à l’Église de mieux gérer cette crise. Dans la psychologie, dans la victimologie, pour ne citer que ces deux domaines. « La formule Église experte en humanité ne doit pas nous empêcher d’être à l’écoute de ce que la culture, les savoirs peuvent nous apprendre » estime Gilles Berceville.

Aujourd’hui, estime ce dernier, un dialogue est amorcé. Ce que les auteurs de l’essai « Scandale dans l’Église : des théologiens s’engagent » demandent, c’est la transformation de ce dialogue, en actes. « On peut espérer des formes de gouvernement qui soient plus synodales, ce qu’espère le pape François lui-même, et que chacun dans le peuple de Dieu puisse apporter son expertise. Que tous contribuent au discernement nécessaire, aux transformations nécessaires, et que l’on ait un fonctionnement moins pyramidal » conclut Gilles Berceville.

Vos réactions

  • Françoise 4 juin 2020 20:01

    Déjà utiliser le vrai terme qui concerne abus et viols au lieu de scandale : crime est le terme exact. Ca permettrait réellement à l’institution d’assumer la réalité pénale et criminelle de ces actes. C’est juste la première marche. La question du langage et du vocabulaire utilisé pour en parler est essentielle, incontournable. Si on commence à mettre des mots non justes, qui minorent la réalité concrète, ça ne part pas dans le bon sens. Et il me semble que les théologiens étant justement dans le verbe et le langage, ça devrait être leur premier souci, une sorte d’exigence morale.

    Appeler un chat un chat, c’est le minimum requis. On ne peut pas prétendre travailler sur ces questions intelligemment et de façon juste avec un vocabulaire qui minore la situation.