Braz de Aviz : « Il y a eu des cas d’anciennes religieuses obligées de se prostituer pour s’en sortir »

Samedi 25 janvier 2020

Des religieuses abusées par des prêtres, par des évêques, voire par d’autres religieuses. Tel est le prochain Rubicon que l’Église catholique doit franchir, après les affaires de pédophilie cléricale. Et cette fois, il semble que le Saint-Siège soit disposé à agir. C’est en tout cas ce qu’a affirmé le cardinal Joao Braz de Aviz dans une interview au magazine Donne Chiesa mondo, une revue mensuelle publiée avec L’Osservatore Romano.

Le 23 janvier 2020, par Jesus Bastante

Le préfet de la vie religieuse a affirmé que sa congrégation enquête actuellement sur des cas d’abus sexuels commis par des prêtres contre des religieuses, mais également sur des "abus sexuels entre religieuses".

« Dans une seule congrégation, neuf cas ont été signalés », avoue le cardinal brésilien, qui évoque également l’existence d’un centre pour accueillir les ex religieuses qui, une fois sorties de leur communauté, se retrouvent à la rue. Ce centre d’accueil a été parrainé par le pape François, qui a pris connaissance de certaines plaintes. Et puis, il y a l’abandon qu’elles subissent de la part de leur ancienne famille religieuse.

« Il y a eu des cas d’ex religieuses obligées de se prostituer pour s’en sortir », ajoute Braz de Aviz. Et d’ajouter : « Il y a des cas très compliqués avec des supérieures qui gardent les papiers de celles qui veulent quitter le couvent ou qui sont envoyées au loin. Ces personnes sont entrées dans la vie religieuse… et se retrouvent dans ces conditions. »

« C’est quelque chose qui était méconnu jusqu’à présent, mais qui doit sortir à la lumière », conclut le cardinal.

Épuisement et stress

L’Osservatore parle aussi du syndrome de « burn out » du travailleur fourbu ou brisé, dont souffrent de nombreux religieux en raison des conditions d’exploitation, des abus de pouvoir et des abus sexuels.

En effet, les phénomènes de burn out et de stress post-traumatique dont souffrent les religieuses ont été abordés lors de la dernière réunion de l’Union Internationale des Supérieurs Généraux (UISG) et il a été décidé de créer une commission de soins personnels au cours des trois prochaines années.

Dans un article pour le magazine The Nuns, la religieuse australienne Maryanne Lounghry, psychologue et chercheuse au Boston College et à l’Université d’Oxford, explique que « l’objectif est de construire des communautés résilientes ». Les religieuses, ajoute-t-elle, espèrent que, à l’instar des affaires de pédophilie, des "lignes directrices" soient établies pour faire connaitre les obligations des communautés ainsi que les droits des religieuses dans leur lieu de travail et quelque chose qui ressemble à un contrat de travail .

« Chaque religieuse devrait posséder une sorte de code de conduite, une lettre de convention avec l’évêque ou le curé pour pouvoir leur dire : ‘Vous savez, j’ai travaillé 38 heures cette semaine ou je ne peux pas travailler le dimanche, alors je reviendrai lundi parce que j’ai besoin d’un jour de congé’. Un contrat, ça vous rend plus fort », explique Soeur Maryanne.

La religieuse ajoute qu’il faudrait également « investir dans le bien-être des religieuses » et leur accorder par exemple « deux semaines de vacances, un salaire, une situation de logement décent, un accès à Internet », voire même « une année sabbatique après cinq années de travail ».

Source : www.religiondigital.org

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