Communiqué du père Pierre Vignon au sujet de la démission du Cardinal Barbarin

Jeudi 7 mars 2019

« C’EST LE PEUPLE DE DIEU TOUT ENTIER QUI DOIT PRENDRE EN CHARGE SON EGLISE »

« En ce matin du 7 mars, nous apprenions la condamnation du cardinal Philippe Barbarin. C’était déjà une victoire pour les victimes qui se sentaient enfin reconnues dans leur action légitime. J’avais décidé de faire silence car la nouvelle se suffisait à elle-même. Le commentaire n’était pas nécessaire. Et puis à la mi-journée nous apprenons que le cardinal archevêque de Lyon présente sa démission au Pape François. Il me faut maintenant dire une parole, non pas pour me réjouir de cette issue mais pour montrer combien elle est dans la logique interne des évènements que nous vivons depuis plusieurs mois.

Il se trouve que les évènements me donnent raison. Je serais stupide si j’en faisais une victoire personnelle. Je préfère revenir à la Lettre au Peuple de Dieu du Pape François du 20 août 2018, lettre qui fondait ma demande de démission à Philippe Barbarin. Il lui était alors évidemment difficile d’obtempérer à l’injonction d’un simple prêtre. Tout le monde peut comprendre maintenant pourquoi c’est à lui que je l’ai faite, et pas à un autre, et chacun peut saisir son sens prophétique. Il fallait que cette demande vienne d’un membre de l’Eglise et qu’elle soit dite fortement. J’ai refusé d’être considéré comme un rebelle et un trublion. J’ai ensuite été classé dans les lanceurs d’alerte, ce qui était mieux. »

« Mais c’est un prêtre fatigué des palinodies de ses chefs qui a parlé et le message a aussitôt fait le tour du monde. Malgré le conseil que j’avais donné à mon évêque de Valence et au Bureau de la Conférence des Evêques de France, la bêtise de ma destitution a été commise. Elle était voulue par le seul cardinal Barbarin qui a entraîné avec lui les onze autres évêques de la Région Auvergne-Rhône-Alpes. Il fallait me faire taire. C’est devenu impossible. Pour retrouver leur honneur, ils doivent maintenant me rendre le mien. »

« Ne réduisons cependant pas à de tristes histoires d’hommes les enjeux autrement importants que cette crise manifeste. Premièrement, la reconnaissance des victimes de toutes les formes d’abus en particulier sexuels, le jugement et l’éviction de l’Eglise des prédateurs et prédatrices, le jugement et la mise à pied des évêques et supérieur(e)s religieux-ses qui ont couvert ces abus, et l’indemnisation des victimes non seulement d’abus sexuels mais de tous ceux et toutes celles qui ont été exclus d’une communauté sans raison et laissés sans moyens après des années de vie donnée à Dieu. Ensuite, dans cette crise planétaire qui crée une angoisse apocalyptique chez les fidèles, à juste raison, il faut entrevoir la voix de Dieu qui demande avec la voix du Peuple une sainteté de vie plus grande dans l’Eglise, la mise en place des laïcs formés dans des postes d’autorité, une part énormément plus grande pour les femmes en tant que telles, et le surgissement d’un nouveau style d’Eglise qui ne sera pas une négation de son identité ni de sa mission mais une manifestation nouvelle, dans un chapitre nouveau, de l’évangile éternel. »

« L’ancien chapitre, n’en déplaise aux traditionnalistes porteurs de longues mines et de longues queues, est définitivement clos en raison de la faillite morale : la messe est dite, ite missa est ! Je ne peux que copier Georges Clémenceau qui a dit en 1887 que la Guerre était une affaire trop grave pour qu’on la confie à des militaires. Il avait raison : l’Eglise est désormais une affaire de trop d’importance pour qu’on la laisse aux seuls évêques. C’est le Peuple de Dieu tout entier qui doit prendre en charge son Eglise. C’est cette nouveauté divine, pleine d’espérance, qu’il faut apercevoir derrière la multiplication des scandales et des affaires dont nous sommes gavés et abreuvés au point que nous n’en pouvons plus. Alors ma réponse est claire. »

« Pour la personne de Philippe Barbarin, je ne me réjouis pas car je ne lui ai jamais voulu de mal, même si la décision qu’il vient de prendre le met enfin à la hauteur de ce qui se passe. Mais pour l’Eglise nouvelle qui est en train de naître, je me réjouis profondément. Le roi est mort, vive le roi. Je souhaite que le Pape François oublie pour l’occasion qu’il est argentin et qu’il sait danser le tango. Nous n’avons plus besoin de pas en arrière mais seulement de pas en avant. Il rendra service à l’Eglise et au monde en acceptant la démission du cardinal. Vox populi, Vox Dei. Dieu seul est capable de faire descendre son amour vivifiant sur notre misère mortifère. Je remercie tous les médias qui, dans le monde entier, ont accompli leur devoir en donnant de l’écho à mon message.

Père Pierre Vignon, Saint-Martin-en-Vercors, le 7 mars 2019. »

Vos réactions

  • Bal Marie 9 mars 2019 23:13

    Je trouve qu’il ne se prend pas pour rien et manque un peu d’humilité « mon message » Ce n’est pas le sien qui nous importe même s’il semble ne pas sortir d’une perspective égocentrique : « c’est moi qui » ! C’est celui de l’Eglise qui sera toujours marquée par l’humilité devant la faute !

    • Chère Madame Bal Marie,

      avec tout mon respect pour votre analyse, je voudrais vous signaler qu’avec le plus de 104.000 personnes qui ont signé la pétition [dont le Père Pierre Vignon a payé les frais d’un abus de pouvoir clérical très marqué depuis le début] il y a aussi la mienne.

      Cet abus de pouvoir que Monsieur le Cardinal Philippe Barbarin a commit vis à vis d’une personne que humblement lui avez dit à l’oreil de faire attention … lui signifiant les motivations qui l’ammenait à lui parler ouvertement … pour le bien de l’Eglise … a mis en question toute ma foi en Elle, l’Eglise. Oui, j’appreciait beaucoup ce Cardinal pour bien de raisons.

      Heureusement un chemin précédent m’avait déjà aidé à bien faire la part des choses. Dieu est bien Lui et l’Eglise c’est nous qui tant bien que mal essayons de marcher sur les eaux de ce monde … et très souvant nous nous noyons dans la mer au lieu que tendre la main à Celui qui peut toujours nous rendre le salut. Sincèrement Jésus peut bien pleurer aujourd’hui encore voyant l’Eglise comme Il a pleuré sur Jérusalem.

      En tout cas, pour rester dans le concret, tout en demandant pardon pour mon italo-français je vous signale que suite à "LA PAROLE LIBEREE" par le Père Vignon plusieurs autres victimes ont eu le courage de libérer la leur et attendaient des nouvelles de lui ne fusse parce qu’il a eu le sort de plusieurs d’entre nous. Il a perdu le travail à l’officialité de Lyon mais il continue d’accompagner les victimes. Je pense que - à sa façon - il a le droit et même le devoir de nous dire à qu’elle point sont les choses tout en sachant que 575 signatures de la pétition que j’ai lancée et qui a étée co-signée a été envoyée [avec les signatures et les commentaires imprimés par DHL le 09/01/2019 au Pape François [Casa Santa Marta 00120 Città del Vaticano] et en suite à Père Federico Lombardi - modérateur de la rencontre sur les abus des mineurs - en copie conforme le 19/02/2019 [Fondazione Joseph Ratzinger – Via della Conciliazione, 1 – 00120 Città del Vaticano] n’a pas reçu aucune réponse jusqu’à ce jour [10/03/2019].

      ici la version française

      31 août 2018

      LETTRE OUVERTE

      Cher Pape François,

      Forts de votre exemple et de l’encouragement de la lettre que Vous nous avez écrit « LETTRE AU PEUPLE DE DIEU »[1] « Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui » (1 Cor 12,26)…

      Nous aussi,

      · Ex-membres de la Prélature de l’« Opus Dei », du Mouvement des Focolari/Œuvre de Marie, des Légionnaires du Christ, et tous ceux qui se reconnaissent victimes d’emprise sectaire au sein de l’Église[2],

      · Nos parents,

      · Nos amis/es et connaissance

      · Ainsi que toutes personnes qui ont étudiés de près certaines structures ecclésiales et leurs dérives de type sectaire ou veulent aider des proches tombés dans leurs filets.

      Nous écrivons cette lettre ouverte afin de témoigner que l’appartenance à ces structures et l’obéissance à la doctrine de leurs Fondateurs/Fondatrice ont contribué à ruiner nos vies en nous faisant subir « au nom de Dieu » des abus de pouvoir, abus de conscience, abus sexuels, abus financiers etc…

      D’où notre conclusion que dans ces structures dites « Mouvements religieux ou ecclésiaux et Nouvelles Communautés » des personnes ont beaucoup souffert et souffrent encore à cause des dérives sectaires.

      Nous détenons des témoignages et des récits des souffrances vécues de ce que nous affirmons.

      Certains préfèrent garder, par prudence, l’anonymat, et nous comprenons : en effet, nous connaissons trop bien la très grande influence de certains membres hauts placés de ces Mouvements et Nouvelles Communautés, dans tous les domaines : sociaux, politiques, religieux.

      Enfin, cette lettre a 5 objectifs :

      1. Libérer notre parole emprisonnée de trop longues années sous le joug de l’omerta spécifique à chacun de ces Mouvements et Communautés qui sont en fait des églises parallèles à l’Église Catholique, mais qui ont la même « maladie du cléricalisme » comme style de fonctionnement et elle est bien clairement affirmé par leurs actions ;

      2. Mettre en garde les actuels adeptes et les autres personnes pouvant être sollicitées par leurs membres actifs contre les dangers physiques, psychiques et spirituels qui peuvent être résumés (sans pouvoir être exhaustifs) dans cet ouvrage à plusieurs mains qui voudrait susciter une approche critique envers ces structures « De l’emprise à la liberté – Dérives sectaires au sein de l’Église - Témoignages et réflexions. » éd. MOLS[3].

      3. Alerter aussi les théologiens intéressés par cette analyse, qui n’est pas la seule à conclure dans ce sens et qui est publiée depuis bien longtemps sur l’Internet dans le Site PNCDS72 (Pastorale Nouvelles Croyances et Dérives Sectaires 72) [4],

      4. Provoquer un vrai discernement dans l’esprit des évêques en route vers le synode des jeunes ; à comprendre mieux le statut des Cardinaux, Évêques et Prêtres « amis » des mouvements.

      5. Appeler toute l’Eglise à renforcer sa prudence et ses dispositifs de vigilance, tant pour le présent et le futur, que pour prendre en compte les souffrances du passé. En témoignage de foi,

      Martina CASTAGNA, ex-membro Movimento dei Focolari (Italia) ; Veronique DUBOURGEL, ex-membro Opus Dei (France) ; Xavier LEGER, ex-Legionario di Cristo (France) ; J. Paul LENNON, ex-Legionario de Cristo (U.S.A.) ; Rosa Silvia MARTINEZ DE PENA, ex-membro Movimento dei Focolari (Uruguay) ; Renata PATTI, ex-membro Focolari (Italia) ; Emanuela PROVERA, ex-membro Opus Dei (Italia) ; Monique VAN HEYNSBERGEN, ex-membro Focolari (Nederland)

      Jolanda TONOLLI, mère d’un ex-membro Focolari (Italia) ; Sylvie van Hellemont, amie d’un ex-membro Focolari (Belgium) ;

      Frère Ignace BERTEN O.P., théologien (Belgique) ; Maître Pascal HUBERT, Avocat du Barreau de Bruxelles (Belgique) ; Père Pierre VIGNON, Juge ecclésiastique (France) ;

      N.B. : Tous les premiers signataires n’ont pas été consultés pour les mises à jour qui ont suivi l’actualité. Celles-ci devraient être considérés comme des pièces jointes pour une étude ultérieure de la pétition elle-même.

      [1] http://w2.vatican.va/content/france... [2] https://editions.flammarion.com/Cat... ; http://www.chiarelettere.it/libro/r... - http://www.albin-michel.fr/ouvrages... - https://www.qlibri.it/saggistica/re... - https://www.goodreads.com/book/show... - http://pncds72.free.fr/319_2_focolari_patti.php [3] http://www.editions-mols.eu/publica... [4] http://pncds72.free.fr/319_focolari...