Le P. Bertomeu écoute aussi Mgr José Luis Ysern, qui a dit une fois à Mgr Barros : “Toi aussi tu es une victime de Karadima”

Jeudi 22 février 2018

Il y a peu, le substitut de Mgr Charles Scicluna, le père Jordi Bertomeu, a reçu Mgr José Luis Ysern, le troisième évêque, après Alejandro Goic et Luis Gonzalez, à être écouté dans le cadre de la mission d’approfondissement du cas « Karadima-Barros » voulue par le pape François.

Dans le passé, Mgr Ysern, évêque émérite d’Ancud, a dit directement à Mgr Juan Barros, aujourd’hui accusé d’avoir couvert des abus sexuels accomplis par le prêtre Fernando Karadima : « Au Chili il y a différents types de victimes de Karadima. Et toi, tu es une de celles-là. » L’évêque émérite d’Ancud, qui en 2015 avait déjà suggéré à Barros de présenter sa démission, a étudié à fond la Pieuse Union Sacerdotale du Sacré-Cœur, fondée en 1928 par le père Alejandro Huneeus et dont Fernando Karadima est devenu le chef dans la seconde moitié du siècle dernier ; il a toujours soutenu que le cœur du problème résidait dans cette association qu’il a étudiée à fond. Peut-être est-il l’évêque chilien qui connaît le mieux la Pia Unione de Karadima.

Cette confraternité sacerdotale au cours des ans devint une réalité très puissante soit par son influence politique, en particulier dans le milieu de la droite chilienne, soit par ses liens avec les plus puissants parmi les groupes économiques.

La Pia Unione, dissoute en avril 2012, avait son siège dans la paroisse El Bosque, dans le cœur urbain des riches et des puissants de Santiago, des soutiens de la dictature de Pinochet d’abord puis des nostalgiques du général ensuite. C’était une organisation mystérieuse, inconnue du grand public, mais très présente dans les milieux de pouvoir ecclésiastiques, dans le haut-clergé et dans les salons de la nonciature.

Karadima est arrivé à la paroisse El Bosque en 1952 et il a mis tout de suite la main sur la Pia Unione qu’il a vite transformé en une sorte de société foncière administrant de nombreux biens immobiliers. Vu le nombre élevé d’ecclésiastiques formés en son sein – une cinquantaine de prêtres et cinq évêques – la congrégation, dans le milieu de l’Eglise chilienne, était réputée comme une sorte de « fabrique d’évêques », ayant de forts liens avec le Vatican, également pour le choix et la nomination des évêques. La Pia Unione était décrite comme « un milieu où se rassemblaient les candidats » qui venaient ensuite approuvés grâce aux contacts sur lesquels l’Union pouvait compter dans quelques bureaux romains.

Une curieuse aventure en 1970

Le poids et l’implication politique de Fernando Karadima, et donc de la Pieuse Union Sacerdotale du Sacré-Cœur, sont illustrés par une aventure remontant à 1970. Le 25 octobre de cette année, le Commandant en chef des Forces Armées chiliennes, le général René Schneider, fut assassiné à Santiago du Chili par un commando composé de plus de 40 personnes. Le crime, organisé par la CIA, voulait susciter un soulèvement des principaux secteurs militaires et empêcher ainsi que le Congrès ne vote en faveur de Salvador Allende pour qu’il soit président du Chili. Parmi les membres de l’équipe d’assaut pour l’assassinat figurait Juan Luis Bulnes Cerda qui, avant d’être arrêté, pendant sa clandestinité fut protégé et caché dans l’église de El Bosque, dont le curé était Karadima lui-même.

Des années plus tard, quand l’affaire des abus commis par le prêtre a éclaté et que le procès contre lui avait déjà commencé, l’avocat qui assura sa défense fut Juan Pablo Bulnes Cerda, le frère de ce Jean-Louis qui avait pris part à l’assassinat du général Schneider et que Karadima avait protégé. Il s’agit d’un épisode qui projette des ombres inquiétantes sur le degré d’implication du prêtre chilien avec la frange politique de l’extrême droite la plus réactionnaire et putschiste de l’époque.

Source : Il sismografo

Nous remercions Barracuda pour la traduction de cet article

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