Le bon sens des saints pour temps de pandémie (le billet du père Vignon)

Dimanche 24 mai 2020

Beaucoup de chrétiens catholiques fervents n’ont pas pu recevoir la communion eucharistique pendant plusieurs semaines. Certains se sont crus abandonnés de Dieu, d’autres ont protesté parfois vigoureusement pour qu’on ne les prive pas davantage. Deux exemples de l’histoire de la spiritualité peuvent nous aider à relativiser et peut-être à tirer profit spirituel de cette situation.

Le premier qui me vient à l’esprit est l’histoire que sainte Thérèse d’Avila raconte au sixième chapitre de son livre des Fondations. Deux bonnes religieuses du couvent de Medina del Campo avaient obtenu, contre les usages alors en vigueur dans les carmels, de recevoir la communion eucharistique chaque matin pour trouver un apaisement à leurs états de nerfs mystiques. Elles se figuraient que si l’aumônier ne leur donnait pas la communion, elles en mourraient. Qui peut songer à laisser mourir froidement quelqu’un ? L’aumônier s’exécutait. On en informa la Madre surtout que cette mode menaçait de conquérir tout le couvent. Cependant, avant de se prononcer, la sainte voulut se rendre compte par elle-même de la situation. Voyant que la raison et la persuasion ne parvenaient à rien, elle prêcha d’exemple. Citons Marcelle Auclair : « - Je m’imposerai donc maintenant de me priver de la communion, comme vous. Si nous mourons toutes les trois, que peuvent espérer de mieux des Carmélites qui ne souhaitent que le Ciel ? Les premiers jours, on crut que les deux sœurs rendraient l’âme ; la Madre demeura inflexible, le temps fit son effet, les choses rentrèrent dans l’ordre. La Madre Teresa avait démontré à Alberta Bautista qu’il est plus méritoire de se plier à l’obéissance que de se laisser aller contre la règle à des élans de piété, ou de se livrer de sa propre autorité à d’extrêmes rigueurs. » Il faut dire que la Madre avait déjà eu l’occasion de redresser la Sœur qui avait une vision un peu trop personnelle et surtout très rigide de la vie religieuse : « Un jour où la Madre présidait à des jeux et chansons, (la sœur) grommela qu’on ferait mieux de contempler le Seigneur (quelle rabat-joie !). Elle y fut immédiatement expédiée : - Allez, ma fille ! Allez contempler dan votre cellule tandis que vos sœurs et moi nous réjouissons ici avec le bon Jésus ! » Le sevrage de ces deux religieuses fut poussé assez loin car la sainte dit qu’elle pouvait à nouveau communier seule sans que ces soeurs en fussent troublées.

Le second exemple est tiré du Journal de la Vénérable Marthe Robin (1902-1981) à la date du vendredi 4 avril 1930. Je ne citerai pas ce texte, qui est beau, en entier, car on peut le trouver sur internet. En voici quelques extraits « Si l’on me demandait : ’’Que vaut-il mieux faire, l’oraison ou la sainte communion ?’’… Les deux sont vivement à conseiller. Mais s’il faut porter une préférence, je crois que je répondrais : l’oraison ; car l’oraison est une disposition et une préparation immédiate à la sainte communion. » (…) « La communion fréquente est un conseil, l’oraison est un divin précepte : ’’Priez, priez sans cesse’’. (…) »Qu’en lisant ces lignes, mon père spirituel ne se méprenne pas sur mes intentions et n’y voie pas un ralentissement dans l’empressement et l’ardeur de mon âme à faire la sainte communion. J’ai voulu seulement parler dans quelle erreur sont certaines âmes qui s’inquiètent beaucoup d’une communion qu’elles n’ont pas pu faire, et qui ne se soucient pas d’une oraison qu’elles auraient pu faire et qu’elles ont volontairement abrégée ou manquée…« Ce n’est pas bien de faire dire aux saints ce qu’ils n’ont pas voulu dire. Il ne faut pas non plus extraire des faits de leur situation et l’appliquer à une autre à laquelle ils ne conviennent pas. Les religieuses espagnoles entichées de réaliser leurs propres vues sur leur sainteté, au point d’en éprouver des sentiments exaltés, ont été remises au pas avec douceur et fermeté par sainte Thérèse. Marthe Robin qui écrivait par obéissance pour son curé, qui était son guide spirituel, ce qui se passait dans son âme, n’a pas voulu édicter un précepte irréformable. Il n’en reste pas moins que ces exemples peuvent nous éclairer dans la période de confinement. Nous nous sommes trouvés dans l’impossibilité de communier aussi souvent que nous l’aurions souhaité. Tout était-il perdu pour nous ? Devions-nous tomber en pâmoison pour qu’on nous porte à tout prix la communion ? Devions-nous en faire des remontrances à nos curés, à nos évêques, et même pour certaines pétitions, à nos hommes politiques (sic) ? Non. La foi est bien plus simple. Même pécheurs, Dieu nous écoute et est proche de nous. »Intimior intimo meo« a écrit saint Augustin dans les Confessions (III, 6, 11) : »plus intime que l’intime de moi-même". Dieu est simple, et libre : nous, pas trop ! Les saints, et pour être plus exact, les saintes, nous ramènent à notre bon sens. Par la foi priante, nous avons un accès direct et plénier à Dieu dans notre intime. Que demander de plus ?

Père Pierre Vignon, prêtre

Vos réactions

  • 27 mai 2020 07:55

    Dieu punit également en nous donnant de mauvais prêtres et de mauvais évêques. Le texte de Sainte Th d’Avila est bien entendu exact, mais ici, dans ce cas, i ne s’agit pas d’obéissance à nos supérieurs religieux, mais la question est : doit-on obéir aux francs-maçons qui veulent détruire tout sentiment religieux, toute relation directe avec Dieu. De plus, notre soif de Dieu n’est pas une simple soif, mais vital, nous sommes plus qu’épuisés de ne plus pouvoir en être nourris. Nous en privé est un crime, de la par des FM et de leurs relais dans Notre Eglise. Vous savez très bien que Dieu ne peut nous donner une quelconque maladie en se donnant à manger Lui-même, alors, tous les prêtres le savent. Les évêques complices, savent ce qu’ils font. Vous nous proposez d’être dans l’obéissance des Francs-maçons, les ennemis de Dieu, en définitive !!

  • l’Anonyme 25 mai 2020 14:07

    Merci beaucoup de votre billet cher Père Vignon.

    Comme vous je pense que ce temps sans possibilité de communier est une manifestation de la soif de Dieu qui veut nous rencontrer plus intimement, plus pauvrement, plus librement. Il veut que nous vérifions la qualité de notre relation avec Lui.

    Je suis aussi profondément convaincue que l’épreuve pour tant de catholiques de ne pas pouvoir communier est une conséquence normal et directe de tous les abus comis par tant de membres de la hiérarchie de l’Eglise catholique. Je veux dire : l’institution où tant de maux ont été faits subi elle même les conséquences de ses propres actes. Car cette crise sanitaire va laisser les églises encore plus vides.

    Dieu ne châtie pas. Il corrige et éduque ses enfants.

    l’Anonyme

    • Bonjour,

      Je suis tout à fait d’accord ! Je pense que Dieu a soif de communiquer avec l’humain avec liberté, vérité et authenticité.

      L’Eglise vit en effet une crise. Elle en est responsable à cause des abus commis par les membres de la hiérarchie de l’Eglise et des communautés nouvelles. J’ai été moi-même victimes des Béatitudes, une secte dans l’Eglise. Et cette pandémie n’a rien arrangé.

      De toute façon, j’ai pris des distances avec l’Eglise. Je prie chez moi et cela me suffit.

      L’EGLISE RECOLTE CE QU’ELLE A CAUTIONNE.

      Je ne pense pas non plus que Dieu punit. Il ne veut pas non plus le mal. Il permet le mal pour, en effet, nous corriger et corriger l’humanité y compris son Eglise. Mais, cette dernière n’a toujours pas compris. Il faut qu’elle cesse de se croire au-dessus du Christ. Il faut qu’elle prenne acte de sa crise !

      MR DEMARLE

  • Anne 25 mai 2020 12:53

    Merci Père Vignon pour votre billet. Quant aux personnes saisies de tant de troubles et de désespoirs divers, pourraient-elles penser à toutes celles qui ne peuvent pas accéder aux sacrements dans le monde ? Pas besoin d’aller si loin, un simple bout de campagne peut en témoigner. Les villes sont bien trompeuses sur ce point, qui ont des prêtres et des assemblées relativement fournies. Mais il y a aussi toutes ces personnes à qui l’Eglise refuse, officiellement, l’accès à la communion et qui subissent la double peine d’une blessure morale aggravée d’une blessure spirituelle. Il y a enfin ces personnes, si chères à l’ Envers du décor, qui pour des raisons dont la gravité ne fait qu’être entrevue, vivent l’impossibilité d’accéder aux sacrements, et demeurent confinées dans un drame épouvantable. Beaucoup d’indécence, en réalité, dans ces suppliques effarouchées, soudain privées d’un confort confondu avec une « pratique » de la foi rassurante et tranquille.

    • Merci, père Vignon, de rappeler que certains désirs de communion irrépressibles peuvent être suspectés. C’est une bonne occasion de réajuster notre relation avec le Seigneur que d’être privé de sacrements quelques temps. Que certains y voient un complot et une stratégie de la Franc-Maçonnerie (Macron en tête),libre à eux. Ils devraient se rappeler que le Grand-Est a subi le covid.19 plus que d’autres régions à cause d’un rassemblement charismatique protestant qui a été l’occasion d’infections nombreuses et de propagation accrue. En effet, ils feraient mieux de consacrer quelque temps à la prière plutôt que de réclamer à cors et à cris des communions (qui ne rendent pas leurs cœurs moins vindicatifs, ce que devraient faire de bonnes et fécondes communions). Qu’ils prient (sans communier) pour que leur cœur s’adoucisse et qu’ils deviennent plus aptes à recevoir le corps du Seigneur, doux et humble, ultérieurement, au moment où ils seront prêts à le recevoir ayant enterré la hache de guerre qui pouvait compromettre la rectitude de leurs communions trop précipitées et insuffisamment paisibles. Temps béni d’abstention où l’on apprend à communier en esprit de vérité, et non plus dans un enchaînement mécanique, en tempêtant contre tel ou tel (franc-maçon ou autres).

      • Premièrement, la rencontre de Muhlouse n’est en aucune façon cause de développement de cette soi-disant crise sanitaire. Tout le monde le sait, sauf vous, semble-t-il. D’autre part, si vous aviez la Foi vive, brûlante (telle que définie par Saint Thomas d’Aquin et Saint Bonaventure) vous sauriez de quoi il est question au sujet de la communion sacramentelle. Relisez, ou lisez, tous les classiques de Notre Eglise Catholique, à commencer par Saint Jean de la Croix, mais surtout par les évangiles, actes des apôtres, lettres etc… Manifestement, vous ne savez pas de quoi vous parlez, aussi, pas de soucis pour excuser ce post idiot.

        • Je suis peut-être idiot. Mon métier est de lire les Ecritures du matin au soir. Je dois donc les connaître un peu, depuis 50 ans que je les lis quotidiennement. Mais, étant idiot, comme vous le dites (aimablement),je n’y ai peut-être encore rien compris. Excusez-moi.

        • La connaissance approfondie des auteurs spirituels (notamment St Jean de la croix, que vous citez. Pourquoi lui ?), vous ont probablement appris à envoyer au tapis, d’une part les évêques qui nous vous plaisent pas et un interlocuteur que vous ne connaissez pas (moi, en la circonstance), mais qui vous dit des choses qui ne correspondent pas à vos idées…et, par dessus le marché, de traiter ce qu’il dit d’« idiot ». Je préfère ce que j’ai personnellement appris ds Ecritures et qui me dit des respecter son prochain (surtout des frères dans la foi). Où avez-vous écrit dans les Ecritures qu’on peut agir ainsi ? Il est dit dans les évangiles que celui qui traite son frère de « racca » (traduction:idiot) devra en répondre devant le tribunal de Dieu.

          • Mon métier ? Moine bénédictin. Du matin au soir, je lis les écritures et les auteurs spirituels. C’est mon emploi. Que je n’aie pas la foi assez vive, ça c’est certain. Mais ce que dit le P.Vignon prouve qu’il connaît parfaitement les auteurs spirituels qu’il cite largement. Ce qu’il énonce, contraire à ce que vous-même énoncez, est parfaitement conforme à ce que l’Eglise (dans ses auteurs les plus qualifiés) a toujours pensé. N’alléguez pas une connaissance plus poussée des auteurs spirituels pour affirmer ce que vous affirmez. Je pense qu’il vous faut pousser plus avant vos études de la Parole de Dieu.

            • Quand on dit qu’un texte, provenant de telle ou telle personne, est « idiot », c’est évidemment qu’il émane d’une personne qui doit bien avoir quelques caractères de ce qu’elle a produit. Prenons l’inverse, une personne bête comme ses pieds. Pourrait-elle produire une œuvre géniale ? Tel texte, tel auteur. Quand on dit d’une personne que son texte est « idiot », c’est qu’elle-même doit l’être. C’est du reste ce que vous pensez. Du post idiot, vous remontez à son auteur qui ferait bien de plus se renseigner auprès de bons auteurs (s/e. « Qu’il n’a pas lus et ne connait pas ») et qui n’a pas réfléchi à ce qu’il avançait. C.Q.F.D. : à partir de la production d’un texte, vous estimez que son auteur manque de réflexion, ce qui est une définition juste de l’« idiotie ». Etre idiot, c’est ne pas savoir ce que l’on dit. Je regrette de l’être à vos yeux. Chacun fait ce qu’il peut. Etant un peu idiot, je peux peu !

              • Monsieur Dominique Yon,

                Je ne lis votre réponse (sur l’idiocratie) que maintenant. Non, il ne s’agit pas de remonter le fil rouge de la pelote de laine pour trouver l’auteur égal à son propos. Nous sommes tous pécheurs (évidemment, sinon nous ne serions pas sur cette terre) et faisons tous un jour ou l’autre des choses idiotes, ou avons des propos idiots, plus qu’idiots. Et cela n’entraine pas une éventuelle idiotie de tout être humain. De vous à moi, de moi à vous, il y a un tas d’idioties que nous avons commises qui ne font pas de nous des idiots, mais des pécheurs. Concernant la communion sacramentelle dont l’Eglise nous interdit toujours l’accès saintement et de manière sacrée, qui est à genoux et sur la langue, NSJC disait : « Vos pères ont mangé la manne et ils sont morts. Celui qui mangera du pain que je lui donnerai, une source d’eau vive jaillissant pour la vie éternelle surgira ». C’est par le réalisme de la chair et du sang que cela se comprend (dixit l’abbé Jean Boyer). C’est donc bien notre nourriture, pour nos âmes, et il ne saurait y en avoir d’autre. Nous en priver est comme refuser de nourrir nos enfants en tant que parents. Que diriez-vous si nous refusions de nourrir nos enfants que Dieu nous a confié ? D’autre part, vous dites être religieux.et avoir un travail. Moi je suis père de famille et époux, c’est ma vocation et non mon travail qui est autre….