Philippe Barbarin : responsable et coupable

Vendredi 8 mars 2019

Le tribunal correctionnel de Lyon n’a donc pas suivi les réquisitions du Procureur qui, en janvier avait demandé l’acquittement pour le cardinal archevêque de Lyon. Si la condamnation reste symbolique – six mois de prison avec sursis – sa culpabilité n’en est pas moins retenue par les juges. Faisant suite aux deux classements sans suite des 1er août et 11 décembre 2016, elle a provoqué un vrai choc dans l’Eglise de France, à la mesure de la surprise occasionnée. Elle suit de quelques mois celle de Mgr Fort, ancien évêque d’Orléans, pour non dénonciation d’actes pédophiles.

Dans les attendus du jugement, le tribunal retient la « non-dénonciation de mauvais traitement » envers Alexandre Hezez, mineur au moment des faits, pour lequel il n’y avait pas prescription lorsqu’il s’est adressé au cardinal Barbarin en 2014-2015. Le tribunal estime que l’archevêque de Lyon aurait pu alors communiquer au Procureur de la République les mêmes informations qu’il dit avoir transmises à Rome pour demander la marche à suivre. Il y voit l’expression d’une volonté manifeste de protéger d’abord l’institution, notamment en empêchant d’autres victimes de se faire connaître.

Personnellement j’avais souhaité ce procès. Au nom même du droit d’une majorité des victimes à se faire entendre de la justice alors même que les faits les concernant étaient prescrits et ne pourraient en aucune manière être évoqués à l’occasion du procès, toujours à venir, du père Preynat. Témoigner dans le prétoire de leur souffrance subie, du long calvaire de leurs vies brisées supposait d’engager une procédure dite de « citation directe » à l’encontre du cardinal Barbarin. Ce procès était donc légitime. Il s’est tenu dans la dignité. Aujourd’hui les juges ont prononcé leur sentence. Les avocats du cardinal Barbarin ont fait connaître son intention de faire appel. Ce qui peut surprendre.

Sans doute le cardinal archevêque de Lyon a-t-il été au mauvais endroit au mauvais moment. Beaucoup retiendront qu’il paie essentiellement pour des faits qu’il n’a pas eu à connaître personnellement, pour des silences coupables qui ont d’abord été ceux de ses prédécesseurs : NNSS Decourtray et Billé notamment. Mais l’absence de culpabilité, au sens de notre droit pénal, aurait-elle suffi à l’exonérer de toute responsabilité morale au regard de sa mission d’évêque ? « Grâce à Dieu les faits sont prescrits ! » Phrase terrible qui semblait se réjouir de voir clos un dossier où soixante-dix anciens scouts, devenus adultes auraient pu envisager de demander des comptes à l’Eglise.

Le 7 mars, le cardinal Barbarin a fait connaître son intention de présenter au pape sa démission d’archevêque de Lyon. Une démission à laquelle l’invitait depuis des mois la pétition lancée par le père Pierre Vignon, à laquelle je m’étais associé. D’abord eu égard à ce dossier Preynat où l’institution dont il était le représentant, avait d’évidence lourdement failli y compris sous son propre mandat. Ensuite, l’arbre de la pédophilie ne pouvant éternellement cacher la forêt des dérives sectaires en tout genre, parce qu’il s’était également compromis dans d’autres affaires.

Pour beaucoup, l’homélie prononcée dans l’abbatiale Saint-Jean de Lyon, le 2 septembre 2006, à l’occasion des obsèques du père Marie-Dominique Philippe reste une faute. Le cardinal pouvait-il ignorer les dérives criminelles du fondateur de la Communauté Saint-Jean récemment remises en lumière dans l’enquête diffusée sur Arte à propos des abus sexuels commis par des clercs sur des religieuses ? Et l’on pourrait y ajouter son long soutien au fondateur de Points Cœur, le père Thierry de Roucy, également convaincu d’abus sexuel et de pouvoir, désormais renvoyé de l’état clérical. Tout cela procède trop de pratiques encore en vigueur, ici ou là, dans l’Eglise, que l’opinion condamne et que les fidèles eux-mêmes ne supportent plus même s’ils ont, parfois, été complices du sllence de leur Eglise. On ne peut pas appréhender la responsabilité spirituelle et pastorale d’un évêque uniquement à l’aune du droit pénal.

On peut comprendre qu’au nom d’une « fraternité dans l’épiscopat », des évêques puissent se sentir proches du Cardinal, dans cette épreuve. Si cela les incite, et d’autres avec eux, à l’entourer, à maintenir avec lui, quelles que soient les circonstances, des liens d’amitié, c’est tout à fait respectable et conforme à l’esprit de l’Evangile. Si cela devait les conduire, à la faveur d’une prolongation indécente de cette « affaire Barbarin » à pérenniser une prise en otage qui n’a que trop duré de toute l’Eglise de France, alors nous serions en plein dans ce cléricalisme que dénonce et appelle à combattre le pape François. C’est pourquoi un refus de sa part – pour quelque motif que ce soit – d’accepter la démission que lui présente aujourd’hui le cardinal archevêque de Lyon, serait littéralement incompréhensible.

Source : cath’lib, le blog de René Poujol

Voir en ligne : http://www.renepoujol.fr/philippe-b…