Pourquoi l’Eglise a-t-elle tant de mal à communiquer ? Le cas de l’affaire Points-Coeur

Dimanche 21 février 2021 — Dernier ajout lundi 22 février 2021

Nous commençons à le savoir : l’institution ecclésiale a du mal à rendre publiques les jugements et les sanctions prononcés sur tel prédateur ou sur telle communautés. Or ce silence ne rend service à personne : ni aux victimes, ni aux membres de ces instituts, ni même à l’Eglise. Je partage ci-dessous, avec son autorisation, un billet que mon ami, le professeur Yves Hamant, vient de publier sur sa page Facebook.

POURQUOI L’EGLISE A-T-ELLE TANT DE MAL A COMMUNIQUER ? CONSEQUENCES.

Dernier exemple : suites de l’affaire Points-Cœur

Rappel succin des faits

En 1990, un religieux, Thierry de Roucy, a l’intuition de créer une œuvre destinée à envoyer des jeunes volontaires vivre par petits groupes de quatre ou cinq pour un an et demi au milieu des plus pauvres dans les quartiers les plus déshérités du monde en assurant auprès des enfants une simple présence. Idée a priori très belle et susceptible d’attirer les âmes les plus généreuses. Effectivement un certain nombre de jeunes vivront à Points-Cœur de très belles expériences. Dans ce but, Thierry de Roucy a mis sur pied toute une structure comportant une association civile loi 1900 intitulée Points-Cœur, une association de droit ecclésial (« association privée de fidèles ») également intitulée Points-Cœur, une communauté de prêtres dite fraternité sacerdotale des molokaïs et une communauté de religieuses successivement intitulée Servantes de Jésus et Marie puis Servantes de la Présence de Dieu.

Pour obtenir la reconnaissance de l’Eglise, Thiery de Roucy s’est naturellement adressé à l’évêque dont il dépendait alors, l’évêque de Beauvais. Celui-ci lui ayant demandé de mieux préciser son projet, il est allé chercher la reconnaissance de l’archevêque de Parana en Argentine. Mais les choses ont mal tourné. Thierry de Roucy a fait l’objet d’une grave accusation de la part de son adjoint, qui a donné lieu à un procès ecclésiastique. Parallèlement, d’anciens volontaires de Points-Cœur se sont plaints de phénomènes d’emprise et de dérives sectaires. L’archevêque argentin a retiré sa protection. Thierry de Roucy, avec toutes les composantes ecclésiales qu’il avait mises sur pied, a rejoint la juridiction de l’évêché de Fréjus-Toulon dont l’évêque, persuadé de construire le modèle de l’Eglise de demain, est réputé pour accueillir tous les prêtres et communautés en rupture de ban. Bien que dûment averti, il a fourni une couverture ecclésiale à Points-Cœur et ordonnera une dizaine de prêtres pour cette œuvre, sans examen, sur simple recommandation de Thierry de Roucy. Cette méthode lui permet de battre les chiffres d’ordinations. La vie fera le tri, ce qui est bon subsistera, ce qui est mauvais disparaîtra, comme il me l’a confié un jour de novembre 2013, tous deux assis sur un banc mouillé sur l’esplanade du sanctuaire de Lourdes. Mais quid des dégâts humains qui en résulteront ? Je pourrais en citer un de particulièrement tragique. (Albert, c’est largement en ta mémoire que je me suis décidé à sortir de l’ombre.) Faut-il dire, ainsi que me le lâchera un de ses admirateurs : ce sont les bavures de la nouvelle évangélisation ?

Cependant, Thierry de Roucy s’est installé dans un luxueux domaine aux Etats-Unis. En fin de compte, Mgr Rey a été amené à retirer progressivement sa protection. De son côté, la justice ecclésiastique a reconnu Thierry de Roucy coupable d’abus de pouvoir et d’abus sexuels à l’issue d’un procès en première et deuxième instances en 2011 et 2015, puis il a été relevé de l’état clérical (en d’autres termes, réduit à l’état laïc), et est semble-t-il sous le coup d’un décret d’excommunication. L’ensemble de l’œuvre a été l’objet de plusieurs enquêtes ecclésiales et mise sous tutelle à plusieurs reprises en vue de son assainissement. Sans succès. Les membres de Points-Cœur se sont joués des enquêteurs en mentant, en cachant le luxe dans lequel vivait leur fondateur, en refusant l’accès aux comptes obscurs de Points-Cœur avec son réseau d’associations. Ils ont établi une double hiérarchie, l’une apparente, l’autre secrète. Thierry de Roucy avait assimilé la doctrine gnostique des frères Thomas et Marie-Dominique Philippe, dont il était proche : parmi les fidèles, certains sont des initiés dispensés des règles communes. Pendant ce temps, Thierry de Roucy tirait les ficelles tout en se cachant et circulant avec un VPN. Son successeur a hérité de ce mode de fonctionnement.

Finalement, la fraternité sacerdotale des molokaïs a été dissoute. Les prêtres qui en faisaient partie ont été en principe reversés dans le diocèse de Fréjus Toulon sous la responsabilité de Mgr Rey. Les Servantes de la Présence de Dieu sont sorties de la communauté. Quand il n’y est resté plus qu’une seule soeur, Mgr Rey n’a plus eu qu’à la dissoudre en mars 2020 puisqu’elle n’existait plus de fait. Enfin l’association Points-Cœur de droit ecclésial qui chapeautait le tout s’est auto-dissoute. L’œuvre Points-Cœur a cessé d’exister en tant qu’œuvre catholique. Il ne subsiste plus qu’une association Points-Cœur loi 1901 qui est évidemment libre de suivre les activités qu’elle veut pourvu que ce soit sans ambigüité.

Là où les choses se compliquent, c’est que l’Eglise n’a publié aucune information publique à ce sujet selon son habitude du secret. De la sorte, d’anciens membres de Point-Cœur, en fonction des lieux à travers le monde où l’œuvre était implantée, continuent à laisser croire qu’ils sont investis d’une mission d’Eglise et à recruter des jeunes volontaires qui ignorent la situation réelle. C’est ainsi le cas en Amérique latine où, par exemple, d’anciennes religieuses de Points-Cœur continuent à circuler en habit comme si de rien n’était, à se présenter comme religieuses pour bénéficier du statut qui y est attaché, etc. En particulier, d’anciens membres de Points-Cœur jouent de cette ambiguïté pour récolter des dons, occupation qui a toujours eu une grande place à Points-Cœur.

Est-ce que tous les évêques des diocèses dans lesquels Points-Cœur était implanté sont bien conscients de la situation qu’ils couvrent ? Ont-ils été bien informés ?

Ce ne doit pas être le cas puisque, par exemple, l’archevêque de Buenos-Aires ignore la dissolution de Points-Cœur, ainsi que le prouve le site de la Communauté catholique francophone de la capitale argentine :

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Il est vrai que, lorsque l’évêque de Beauvais avait cherché à mettre en garde l’archevêque de Parana contre la reconnaissance de Points-Cœur, entre l’envoi de sa lettre un peu avant 2000 et la réponse, 3 ans avaient passé.

Il est vrai aussi que, jusqu’au début de cette année, les Servantes de la Présence de Dieu figuraient toujours sur le site du diocèse de Fréjus comme œuvre d’Eglise reconnue par Rome.

Pourquoi les instances de l’Eglise de France ne peuvent-elles pas communiquer à ce sujet, l’évêque diocésain qui en avait la charge ne l’ayant pas fait en temps voulu ? Il s’agirait simplement de faire savoir publiquement, tant à l’étranger qu’en France, que Points-Cœur n’est plus une œuvre d’Eglise et ne peut en aucun cas se réclamer de l’Eglise catholique.

Comment l’Eglise pourra-t-elle retrouver la confiance des victimes d’abus commis en son sein si elle n’est même pas capable de rendre publiques ses propres décisions ?

Faudrait-il qu’au moment de l’entrée en Carême, les simples baptisés (instruits de l’article 212-3 du Code de droit canonique) entreprennent de participer au nettoyage de printemps et d’aider à vider les placards ?

Vos réactions

  • Anne Thoraval 22 février 2021 09:19

    Une très intéressante enquête dans La Croix sur les frères Philippe ; « des années d’abus en toute impunité ».Les conséquences désastreuses de la non publication des sanctions ordonnées dès…1956 sont très bien expliquées. Je me demande si une des raisons majeures de la difficulté de l’Eglise « à communiquer » ne vient pas du secret imposé aux parties dans les procédures canoniques. Une communication efficace, c’est à dire accessible, publique et argumentée, devrait en effet pouvoir justifier les décisions en s’appuyant sur des pièces officielles, ce qui est impossible pour l’heure.

    • Anne , les dominicains se sont donné 3 ans d insttuction pour comprendre comment les 2 freres Philippe sanctionnes par l Eglise ont pu passer outre . Enquete toujourd en cours à ce jour . Par ailleurs l article de la Croix manque d elements sur l abus spi et sexuel de l oncle dominicain Aujourd hui on parlerait d inceste avec toutes ses consequences

      • Bonjour Catherine et Anne.

        Lisez le livre de Marie-Christine Lafon et les passages qui concernent l’enfance. Marie-Dominique évoque cela à demi-mots et pudiquement, mais l’usage de certains mots fait vite comprendre de quoi retournait la situation.

        Oui, c’était clairement un inceste entre l’oncle Dehau et les frères Philippe. Mais qui n’a jamais été dévoilé ni mis en cause. Parce que l’oncle était le dominant de la famille, parce qu’il était religieux (et dans ce type de famille très aisée, issue de la contre-révolution catholique, on ne conteste pas l’autorité religieuse, comme on ne conteste pas l’autorité militaire ni politique ni familiale) et parce que sans doute l’oncle abusait depuis longtemps de sa propre soeur, la mère des deux frères.

        Quand le prédateur sexuel est aussi dominant et abusif depuis aussi longtemps, que le système familial est aussi autoritaire et dysfonctionnel, il n’y a pas ou très peu de chance que l’inceste y soit dénoncé ni mis en cause. C’est ce qui fabrique les familles incestueuses, où l’inceste se reproduit de génération en génération. J’en sais quelque chose puisque je viens de ce genre de famille. Et que j’ai été celle qui a dénoncé l’inceste, contesté et mis en cause fortement le système familial, après certainement plusieurs générations soumises et silencieuses.

        Est-ce que les frères Philippe auraient pu dénoncer l’oncle ? Malheureusement, je ne pense pas.

        L’époque de leur jeunesse ne s’y prêtait pas. On ne contestait pas l’autorité familiale et encore moins quand il s’agissait d’une autorité dans une famille aisée qui se vit comme l’élite sociale, morale, politique et religieuse. Contester l’organisation familiale, les violences intrafamiliales dans les années 1920, c’est vraiment très très rare et encore plus dans ce type de famille.

        Leur milieu social et idéologique non plus ne s’y prête pas. On est dans un milieu ultra conservateur et bourgeois. Deux facteurs sociaux et idéologiques qui font que l’inceste est d’autant plus tu et subi et accepté. Et comme il provient d’un religieux, il est encore moins contesté ni dénoncé. Dit-on non à un prêtre à cette époque-là ? Non. Ce serait dire non à Dieu. Et sans doute c’est le type d’argument utilisé.

        L’insécurité familiale (en terme d’organisation et de fonctionnement dysfonctionnel sans adulte rassurant dans l’entourage proche pour se confier ni sur lequel s’appuyer) ne permettait pas cette prise de parole ni cette conscientisation qu’il fallait briser le silence. Il y a aussi le sens de l’honneur et le risque que cela représente pour l’image de la famille. Dénoncer l’inceste reste pour les victimes très culpabilisant car c’est une forme de haute-trahison. On a peur de l’abandon, du rejet. Ca réactive des peurs primordiales d’enfance. Et si la personnalité n’est pas suffisamment affirmée ni construite, ça devient complètement impossible de pouvoir contester ni dénoncer le ou les prédateurs sexuels adultes.

        Rajoutez à ça l’aura dont dispose toujours l’oncle Dehau façon personnage légendaire avec certainement un culte toujours entretenu de sa personne qui se surajoute au culte des deux frères devenus célèbres et très en cours au Vatican, la parole libre n’est toujours pas possible. Sinon, c’est toute la construction fantasmatique de la famille qui s’effondre et ça semble même à l’heure où nous parlons extrêmement problématique.

        Il faut une fenêtre d’ouverture et un petit socle de sécurité intérieure pour dénoncer l’inceste et empêcher sa répétition dans le temps. Si cette fenêtre n’est pas possible ni ce socle, si l’époque est trop autoritaire, l’inceste se reproduit et n’est jamais contesté.

        Aujourd’hui, c’est un peu plus facile de le faire. Mais ça reste compliqué dans les milieux bourgeois. Parce que se rajoutent des questions d’honneur, d’image publique, d’intérêts financiers, d’intérêts politiques et religieux.

        Regardez un peu ce qui s’est passé pour Laurent de Villiers qui a dénoncé l’inceste qu’il a subi de la part de son frère. Et comment toute la famille s’est liguée pour le faire taire et l’exclure. Tout ça au nom des idéologies et de la carrière politique de Philippe de Villiers mais aussi de la religion.

        Vous pouvez lire son livre : « tais-toi est pardonne ». Il est exemplaire sur ce type de système familial complètement vérolé de l’intérieur.

        Cet exemple est très éclairant dans nos milieux cathos bourgeois de la réalité de l’inceste et des difficultés à le dénoncer compte tenu du contexte et des valeurs.

        Surmonter l’interdit majeur de contester l’autorité, c’est, ça reste compliqué. Beaucoup plus que dans des familles plus modestes. Et plus il y a de poids religieux dans une famille incestueuse, plus c’est compliqué. Et quand il n’y a pas le poids religieux, si par exemple, il y a la célébrité du prédateur sexuel, qu’elle soit départementale, régionale, nationale ou internationale, là aussi, c’est un frein considérable à la prise de parole et à la dénonciation. On le voit dans l’affaire Duhamel, mais aussi dans l’affaire Berry. On l’avait vu avant dans l’affaire Ionesco.

        Dans le cas des frères Philippe, il y avait les deux paramètres : religion et célébrité. Et une époque très corsetée dans une famille très corsetée aussi. Que des freins pour que l’inceste se perpétue. Et il s’est perpétué dans le cadre religieux et sectaire par les deux frères victimes. Qui ont intégré les abus et le système de domination de l’oncle pour le reproduire à grande échelle et idéologiquement. Et si vous allez observer quand ce système religieux dérivant sectaire et abusif démarre, c’est pile après la mort de l’oncle Dehau. Comme un prolongement post mortem.

        En psy ça s’appelle une fidélité familiale.

      • Catherine, Mon commentaire est un aussi un propos général. L’oncle de la famille Philippe n’est pas le sujet central de l’article de La Croix. Concernant les frères Philippe, et plus particulièrement Thomas Philippe, voici le lien vers le rapport de synthèse de L’Arche dont je vous recommande la lecture si ce n’est déjà fait. https://www.larche.org/documents/10181/2539004/Enquete-Rapport+de+synthese-2020_02_22-FR.pdf/09ef3b54-905e-427c-9ca9-2c781a85699b

        • Voir aussi en complément du rapport de l’Arche la notice biographique de Thomas Philippe établie par Etienne Fouilloux qui donne beaucoup d’indications sur l’époque de l’Eau vive : https://journals.openedition.org/dominicains/1475

          • Merci Damien de ce lien. Article ô combien éclairant. Nul doute que les Dominicains, affairés à leur enquête selon un commentaire, le connaissent déjà. Il leur suffira sans doute de compléter quelques points. Sur le milieu Maritain, Frédéric Martel, dans son fameux Sodoma, a une analyse très intéressante. Quant à l’aspect anti-communiste, il est largement sous-estimé dans les intentions des fondateurs de « communautés nouvelles ». Comme est largement sous-estimée l’hostilité à Vatican II.

            • A mon avis il y a sans doute plus que quelques points à compléter. Car à la commission historique des dominicains sous la direction d’un conseil scientifique formé d’une dizaine d’universitaires (dont l’auteur des articles sur les frères Philippe) s’ajoute une commission théologique chargée d’examiner les textes de Thomas Philippe, ces deux commissions collaborant étroitement avec les commissions pluridisciplinaires de l’Arche et des frères de Saint-Jean qui poursuivent leurs travaux. Au total quatre commissions distinctes travaillent ensemble pour se donner accès aux sources, archives et témoignages des différentes communautés et rendre chacune un rapport en 2022. J’ai en tête le mot de Clemenceau "Si vous voulez enterrer un problème, nommez une commission" et la fable qui dit que la montagne accouche d’une souris, cependant le gros dossier du 22 février, qui a été avalisé, n’en doutons pas, avant de sortir par l’épiscopat français (dont La Croix est l’organe de presse officieux) est là pour montrer que l’Eglise de France souhaite au plus vite tourner la page sur ce « cancer qui a métastasé jusqu’à récemment » Dans un contexte où les finances et les vocations sont en berne, il y va sans doute de sa survie.

              • C’est vrai que j’ai été étonnée de tous ces articles ( particulièrement tardifs mais informés) dans La Croix. Pourriez-vous, Damien, donner des infos sur ces diverses commissions ? Comment se fait-il que les dominicains ne fassent qu’aujourd’hui ce travail quand tant de données étaient déjà connues d’eux ? Sont-ce les aberrations théologiques plus que les dévoilements du scandale ?

                • Les seules informations dont je dispose sur les quatre commissions se trouvent au bas d’un des articles du dossier publié par La Croix (que j’ai plus ou moins copiées-collées) avec quelques indications sur leur composition :

                  https://www.la-croix.com/Religion/Enquete-freres-Philippe-annees-dabus-toute-impunite-2021-02-22-1201141952

                  C’est en lisant le rapport de l’Arche sorti un an plus tôt (jour pour jour avant le dossier de La Croix, coïncidence…) que je me suis intéressé à l’Eau vive et que je suis tombé sur le dictionnaire biographique des frères prêcheurs et la notice de Th. (et M.-D.) Philippe publiée le 25/03/2019 où on pouvait déjà lire en primeur : « Ses proches aussi sont sanctionnés. Jean Vanier et deux des femmes qui faisaient tourner L’Eau vive en sont exclus, et la maison disparaît. » On ne nous dit pas tout… Cette condamnation, pour Thomas Philippe, figurait aussi dans le rapport de Xavier Le Pichon sur la place du Père Thomas Philippe dans la fondation de l’Arche publié le 10 mai 2016 (et vraisemblablement aussi dans le mémoire d’Antoine Mourges de 2009 introuvable sur la toile). Bien des gens disposaient depuis des années des bons morceaux du puzzle que je m’applique pour ma part à reconstituer patiemment et souvent après coup.

                  https://docplayer.fr/169960951-Rapport-de-xavier-le-pichon-sur-la-place-du-pere-thomas-philippe-dans-la-fondation-de-l-arche-sommaire.html

                  Lecture fort intéressante que celle de Xavier Le Pichon. On y apprend que Thomas Philippe, nonobstant sa mariologie très personnelle, mûrie en secret après son "mariage mystique avec la Vierge, dans lequel il voit la transposition du mariage de Jésus avec sa mère" devant le tableau Mater admirabilis le 20 octobre 1938 "faisait partie des experts consultés par le pape au moment de la définition du dogme de l’Assomption et avait été parmi les rares théologiens français qui s’étaient déclarés très favorables à l’opportunité de cette proclamation.” Après la révélation de 1938 "il ne fait donc aucun doute que cet événement qui eut lieu le jour de la Toussaint 1950 était pour le Père Thomas un événement extraordinaire, un sommet dans sa vie de théologien marial." On se prend quand même à espérer que son expertise, encombrée des lubies qu’il mettait peut-être déjà en pratique à l’Eau vive (fermeture de la branche féminine début 1952), ait joué un rôle plus marginal que ne l’affirme X. Le Pichon, c’est peut-être un des enjeux qui a poussé à la création d’une commission théologique. Mais passons au "disciple" :

                  "Or il est remarquable que le Père Thomas demanda à Jean Vanier, qui venait tout juste de s’installer à l’Eau Vive, de l’accompagner à Rome et de lui servir de secrétaire pour la conférence qu’il devait faire au congrès de mariologie célébrant cet évènement." "Jean Vanier se rappelle la profonde impression que lui fit la conférence du Père Thomas qu’il avait dactylographiée : “L’article qu’il a fait sur l’Assomption de Marie, publié vers 1950, était extraordinaire. Je suis allé avec lui dans le train pour la proclamation du dogme de l’Assomption à Rome et j’ai tapé toute la conférence qu’il a faite "Marie, divin remède aux maux de notre temps.” Il ajoute : “Le 21 Octobre, c’est la fête de Mater Admirabilis. C’est une icône qui a été peinte à Trinita dei Monti chez les sœurs du Sacré Cœur [..] C’est un lieu très important pour le Père Thomas qui m’avait parlé des grandes grâces qu’il y avait reçues, je crois, en 1938." "Le Père Thomas, comme Jean Vanier, avaient en 1950 une spiritualité profondément mariale, ils furent tous deux profondément marqués par leur participation à cet événement de la proclamation du dogme de l’Assomption par Pie XII, mais de manière différente, le Père Thomas tourné vers les grâces de vie cachée liées à l’Immaculée Conception, Jean Vanier découvrant les grâces eschatologiques, toutes ouvertes sur le monde, liées à l’Assomption." "Il est significatif que Jean, par la suite, ait souvent parlé de sa “seconde conversion” et de sa démission de la marine comme ayant eu lieu “l’année de la proclamation du dogme de l’Assomption”. “Voilà pourquoi, ajoute-t-il, je me sens tellement un enfant de l’Assomption.” Cet événement joua donc également un rôle crucial dans l’évolution spirituelle de Jean Vanier."

                  La sienne seulement ? C’est oublier que ce jour du 1er novembre 1950, place Saint-Pierre, sont aussi présents sept pèlerins venus du Havre, le père dominicain accompagnateur Ceslas Minguet, et les parents de la petite dominicaine de la communauté des Tourelles passée de Montpellier à Soisy-sur-Seine, entrée seulement quatre ans plus tôt en religion, mais déjà promise à un brillant avenir, cousine sans doute très éloignée des Philippe (mais semble-t-il très proche d’eux géographiquement à l’époque), aux dires de la légende dorée servie à Bernard Peyrous pour la rédaction de son livre paru en 2005 (Des saints au XXe siècle : pourquoi ?) qui raconte l’événement fondateur en ces termes :

                  "Sept d’entre eux, sans se concerter, reçoivent dans leur cœur une compréhension profonde du sens de ce dogme et entendent un appel à réaliser « le projet de la Vierge », c’est-à-dire la création d’une communauté religieuse nouvelle répandue partout dans le monde pour honorer ce mystère : « Tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté de toutes les générations (doivent) se tenir eux aussi, avec Jésus, avec Marie, en la présence du Père, saints et immaculés dans l’Amour, sur la terre comme au ciel et pour l’éternité. » Sœur Marie entend à son tour cette demande de la Vierge et comprend que son cheminement l’a préparée à y répondre. Douze semaines plus tard seulement, début 1951, dans le village de Chamvres au diocèse de Sens, sœur Marie et une compagne commencent la nouvelle communauté qui sera reconnue rapidement comme pieuse union."

                  Dans cette communication surnaturelle des sept esprits penchés sur le berceau du futur "Bethléem", une même grâce de l’Assomption, un même appel que Jean Vanier pour la jeune religieuse qui vit en 1950 à proximité de l’Eau vive, une même mystique aussi probablement, qui prend des accents de fin du monde après "sa fermeture en 1956 et la dispersion de tous ceux qui s’étaient consacrés à cette œuvre" chez un Thomas Philippe qui écrit fin 62 : "pour les amis de l’Eau Vive, il y a eu d’abord la très grande joie de la définition du dogme de l’Assomption. Après la proclamation de ce dogme, le mystique ne peut plus rien attendre que le retour de Jésus."

                  En attendant la parousie et la fin du monde, un monde se termine en effet pour lui et sa petite abbaye de Thélème, mais un autre s’ouvre très vite à l’Arche pour son fils spirituel, pour son frère (sa sœur aura moins de chance) et pour cette autre "enfant de l’Assomption" qu’est Odile Dupont-Caillard sur laquelle la commission historique des Dominicains ferait bien de se pencher aussi, pour démêler la réalité de la légende et peut-être, qui sait, confondre le sort de sa communauté avec toutes celles fondées par les disciples directs ou indirects de "l’Eau vive", eau très trouble au final, que les victimes ne finissent pas de boire jusqu’à la lie.

                  J’ajoute que ce n’est pas pure spéculation de ma part et que j’ai des éléments très précis à charge sur les tout débuts de "Bethléem" à l’horizon des années 60 qui m’inclinent à penser dans ce sens. Ils pourraient utilement, je pense, compléter le dossier que possède sur la fondatrice un certain abbé dans le témoignage de "Roselyne". Le temps du silence ou des entretiens feutrés dont rien ne filtre est peut-être fini.

                  • Bien sûr qu’il y a des rapports à faire puisque, si je ne m’abuse, Sr Marie ( Odile Dupont-Caillard ) était une fille spirituelle de M.D.Philippe, que ce dernier a assuré enseignements dans sa communauté et continue ses liens avec elle. Il y aurait donc ( peut- être qu’elles sont déjà en cours ) beaucoup d’enquêtes historiques et d’examens théologiques à faire, en particulier sur ces spiritualites et révélations « bizarroïdes « à la mariologie et à l’eschatologie exacerbées, qui ont fait et continuent à faire ? tant de dégâts. De même, M.D.Philippe avait aussi des liens ( a approfondir ) avec les Foyers de Charité.

                  • Un très grand merci Damien pour ce partage de vos patientes et formidables recherches. Ce travail de genèse des événements montre l’absolue caducité du maintien de ces communautés. Aucune réformation n’enlèvera jamais cet enracinement « spirituel », sa chronologie « mystique », d’où provient leur « charisme » prétendu. Les temps et dates de fondation maintiennent d’ailleurs l’origine à ces temps obscurs, de déviance initiale. Abus spirituel, abus sexuel s’inscrivaient déjà dans la doctrine. Seule une élucidation rationnelle et précise, comme vous avez eu la générosité de nous la faire lire, permet, dans la liberté de la connaissance et de la logique, grâce aux faits, de le constater définitivement. On comprend que se couper de cet ancrage ne pourrait que conduire à une dissolution, excluant définitivement réformation, révision, refonte. Ce que dit très clairement Jésus lui-même, avec plusieurs images : celle de l’arbre bon qui ne peut donner de mauvais fruits, du vêtement vieux sur lequel on ne peut coudre une pièce neuve, de l’outre ancienne qui ne peut contenir le vin nouveau. Accomoder n’est pas possible : « que votre oui soit oui, que votre non soit non ». Pour tout spirituel, dans les moments difficiles de la foi, le recours au fondateur dans la communion des saints, est une réalité humaine et concrète. On voit mal la chose avec un Maciel, un Vanier, un Philippe…Comment trouver ce chemin ? C’est impossible, sauf à entièrement refouler le scandale initial et , pire, refouler même sa mise au jour : le « charisme » s’articulant sur le discours fondateur, la déviance est propre aux deux. Cette distinction est intellectuellement insoutenable. Elle foule au pied les exigences de la raison, ce qui est pourtant une dimension archi-fondamentale de la foi chrétienne, liée ô combien à l’Histoire. S’incarnant ( sic !) dans une demi-mesure, contraire aussi à la prudence, elle organise à terme une aliénation nouvelle, cette fois-ci sans recours. Cela me fait rejoindre l’analyse de Françoise quant aux justifications finalement totalement mondaines - et donc politiques et économiques- d’une telle imposture.

    • Les difficultés viennent surtout d’un système qui est à la base totalitaire. Par définition, un système totalitaire ne communique pas. Reste opaque sur ses décisions, ses fonctionnements, ses agissements. Regardez les problèmes d’accès aux archives du St Office. Regardez les problèmes que la famille Orlandi a toujours pour savoir la vérité concernant le meurtre de Manuela et où elle est enterrée réellement.

      Le Vatican, comme l’institution en général ont un gros souci de communication lié à la dimension totalitaire de l’institution.

      Même communiquer sur des choses positives reste un problème. Pourquoi par exemple n’avoir jamais communiqué publiquement sur les efforts faits par l’institution pour combattre la pédophilie cléricale entre 1947 et 1965 ? On se le demande encore. Alors que ça aurait permis un peu de rattraper une image publique franchement désastreuse.

      Mais non ! Même ce type de démarche et de prise de conscience positive, n’a jamais été médiatisé publiquement. Sans doute parce que ça aurait signifié pour l’institution d’admettre qu’elle a un problème criminel en son sein de pédophilie et qui ne date pas d’hier. Mais qui est structurel. Donc pas de communication à ce sujet. Opacité complète.

      Ce qui oblige les croyants à faire des recherches, des enquêtes, des recoupements d’informations pour découvrir la réalité des faits. C’est assez lamentable et immature comme attitude de la part des autorités religieuses. Mais ça fait partie malheureusement du fonctionnement général institutionnel. Et qu’on va retrouver dans la totalité des congrégations religieuses.

      On a vu par exemple sur les couvents prisons, que lorsque les anciennes pensionnaires ont voulu avoir accès à leurs dossiers, aux archives permettant de savoir où étaient leurs bébés qui leur avaient été enlevés à la naissance, s’ils étaient morts ou vivants et dans quel pays certains avaient été vendus et adoptés, les archives des congrégations pénitentiaires avaient fortuitement été détruites, brûlées, ou rendues inaccessibles. Incroyable, non ? Mais symptomatique du système clérical et religieux.

      • Je pense qu’à terme, poussé par la nécessité historique, il ne sera plus loisible à l’Institution Eglise de maintenir ce fonctionnement, que le maintien des aberrations du droit canonique deviendra impossible. Cela s’effondrera…comme s’est effondré le système soviétique, système qui fut tant de fois comparé au fonctionnement ecclésiastique du secret. Cet effondrement est sans aucun doute cause d’angoisse et de déni chez bien des catholiques. L’omerta générale, le cléricalisme des fidèles, les mesures bien trop tardives et peu convaincantes sont cependant le lit qui fait la rivière. On croit que ce qui a été sera, non bien sûr, mais c’est la grande illusion. Je suis convaincue que l’on assiste aux derniers soubresauts, du moins en Europe, de « l’Eglise » et que toutes ces communautés nouvelles ne changent en rien la donne. Miroir aux alouettes. Les futurs catholiques, instruits des réalités actuelles, seront moins naifs. Comment pourra-t-on être catholique dans un tel isolement, c’est à mon avis la très grande question. L’Institution cherche à sauver les meubles…entourés d’une maison aux murs déjà brûlés. La seule issue est une communication claire, publique, accessible sur toutes les affaires prouvées. Un site particulier de « L’Eglise de France », au nom de l’Evangile, devrait y être dédié, que l’institut religieux, l’association je-ne-sais-quoi, mis en cause, relèvent ou non de Rome. Faire le boulot de …L’Envers du décor…

        • Je suis d’accord, Anne. Cependant, la stratégie vaticane mise en place par JP2 et à ce jour jamais remise en cause de future gouvernance dérivante sectaire laïque à la tête de l’institution, me paraît inquiétante. Dans la mesure où la plupart des cadres dirigeants de ces mouvances occupent des postes importants dans la société civile, intriguent dans nos gouvernements, nos instances de pouvoir, travaillent à déstabiliser nos démocraties et à y implanter des dictatures. Le Vatican est perfusé financièrement par ces groupes sectaires. Il ne peut plus ni les dénoncer, ni les destituer ni se dissocier d’eux. C’est une sorte de golem qui peu à peu prend le dessus sur son créateur. A la fois c’est un accélérateur de destruction institutionnelle religieuse, mais aussi un amplificateur de destruction et un réel danger pour nos démocraties et nos libertés collectives et individuelles au sein de la société civile. C’est un peu comme si se voyant perdue, l’institution vaticane s’était dit : je vais peut-être m’éteindre parce que je ne fais plus illusion, mais vous mourrez avec moi. Vous voyez ce que je veux dire ? Maintenant, ce n’est pas la première fois que l’humanité affronte ce type de mouvance laïque et religieuse sectaire ultra violente. On assiste à la même chose avec les groupes terroristes et les mouvances laïques ultra religieuses d’autres confessions. Mais c’est usant. Parce que ça nécessite d’aller traquer l’information à la loupe et les partenariats de ces milices politico-religieuses, avec nos grands groupes industriels et financiers, nos groupes de presse, avec certains partis politiques. Et là on plonge dans des arcanes et des démarches de mise en lumière encore plus complexes et longues. Et ce n’est pas du tout l’Eglise de France qui peut faire quelque chose à ce sujet. L’Eglise de France, ça fait des années qu’elle est otage plus ou moins volontaire de l’Opus Dei et du Renouveau Charismatique. Pour des questions matérielles, mais aussi d’influence politique.

          Si l’on veut sortir de toutes ces situations glauques et criminelles, il faut véritablement s’appuyer sur une structure qui n’a rien à voir avec l’Eglise. Une structure comme l’UNADFI par exemple. Mais avec un département juridique et judiciaire important à l’intérieur pour mener des enquêtes, prendre des risques aussi pour exfiltrer celles et ceux qui le désirent et leur éviter le pire. Mais aussi disposer d’un réseau qui fasse du renseignement. Quand je lisais il y a quelque temps le témoignage de Marc Eichinger quant aux intérêts de l’Opus Dei et de l’Emmanuel dans les affaires Alstom et Areva, on est clairement dans le grand brigandage, dans la grande délinquance financière et industrielle en col blanc et en col romain accessoirement. Et on est dans des affaires politiques aussi. Qui mêlent différents partis, différents intérêts, à des années lumière de l’Evangile pour le coup. L’Espagne connaît bien ça depuis très longtemps et la tenaille opusienne pèse d’un poids certain sur la société civile espagnole depuis l’époque de la Phalange et même avant avec le Pistolérisme. Et la France, c’est que je trouve le plus inquiétant, prend le même chemin tout en étant un peu plus consciente malgré tout, du fait de sa laïcité républicaine et de son côté rebelle, de la situation. Pour que les catholiques les plus conscients comprennent ces dangers pour nos démocraties et nos droits fondamentaux, il faut raconter l’Histoire de la contre-révolution catholique du 19e siècle et comprendre que la plupart des groupes dérivants sectaires actuels sont les héritiers de ces idéologies-là. Comme l’était Jean Ousset avec la Cité Catholique, comme l’est Civitas encore aujourd’hui mais aussi l’Opus Dei, l’Emmanuel, les Béatitudes, etc, etc… On ne peut lutter de façon efficace que si l’on comprend ce qui s’est passé et de quoi il retournait exactement. L’institution se comporte non comme le système soviétique mais comme une dictature d’extrême droite au Chili, en Argentine, en Espagne, autrefois en Grèce et qu’on peut observer aussi au Moyen Orient, dans les Balkans. C’est une dictature de classe qui s’accommode très bien de l’ultra libéralisme, des marchés financiers opaques, des politiques européennes globalisantes. Tant que les croyants restent à la surface de simples abus spirituels, ils continueront à se faire avoir dans les grandes largeurs. Car malheureusement, ces abus spirituels ne sont pas les plus graves crimes qui sont commis et par l’institution vaticane et les épiscopats, souvent par le truchement des groupes dérivants sectaires via leurs cadres supérieurs. Les ponctions et détournements d’argent public (directement de nos impôts), le trafic d’armes, les malversations financières, les trafics humains, les milices armées, les assassinats ciblés, la cooptation pour verrouiller et limiter l’application des droits humains fondamentaux dans différentes instances internationales via des lobbies… Il faut malheureusement aller voir tout ça pour comprendre et analyser de façon globale la problématique. Et ça nécessite des ressources humaines, du temps, de la curiosité pour saisir la justice et pas seulement nationale mais internationale sur toutes ces affaires criminelles.

          Donc il faut des enquêteurs-journalistes indépendants, des avocats, des psys pour aider les victimes aussi bien à parler qu’à traiter leurs traumatismes. Il faut des relais avec les commissions nationales antisectes, il faut des rapporteurs au Sénat, à l’Assemblée Nationale, à l’Union Européenne, dans les commissions internationales. C’est l’avocat américain Jeff Anderson (avocat des victimes d’hommes d’Eglise) qui il y a déjà plus de 10 ans, le disait très bien. Il faut pouvoir disposer d’un outil juridique et judiciaire conséquent qui permette l’analyse, le décryptage, la dénonciation et la réparation de ces crimes et dérives très spéciaux. Ca dépasse grandement et l’Envers du Décor et l’Avref. Même si, ce que nous pouvons à notre petite échelle fournir à l’un comme à l’autre en terme d’informations, de témoignages, est important. Ce n’est pas suffisant. On peut toujours arguer que nous sommes un peu les petits David contre Goliath et que ce Goliath est peut-être un colosse aux pieds d’argile. Mais faut quand même se rendre compte de qui l’on a en face. Et de l’avance en terme de pénétration politique, financière, de cooptation, de corruption ces groupes dérivants sectaires alliés du Vatican, ont au sein de la société civile, par rapport à nous.

          • Je ne sais si je vous suis entièrement Françoise. Ce qui m’interroge c’est, effectivement, l’omniprésence, pour ne pas dire l’omnipotence, de toutes ces communautés dont le discours est si visiblement déviant. Le fait de distinguer, contre toute logique, et plus encore contre toute lecture des Evangiles, le fondateur de la fondation, d’utiliser ce terme « charisme », fourre-tout absurde,à ce point-là, pose question et tend vers votre analyse. Ces thèses qu’on aurait qualifiées d’ « hérétiques » sans barguigner dans les années 50, « passent » et prospèrent. Quand on sait les « prudences » traditionnelles de l’Eglise concernant par exemple les miracles de Lourdes, cette armature d’« imprudences » est plus que troublante. L’édifice est donc pourri, de fond en comble. Mais les enquêtes historiques, journalistiques, la CIASE laissent entrevoir non l’espoir, mais la certitude que le mensonge ne pourra plus se dissimuler comme il l’a fait, et le fait, impunément. David gagne contre Goliath, rappelons-le. Mais le Goliath à vaincre, pour le David qui veut persévérer dans la foi, c’est le désespoir, le dégoût, l’effet de vertige. Au fond, n’est-ce pas le véritable christianisme, sans richesse, sans appui autre que le « cœur » : « là où sera ton cœur, là sera ton trésor » ? Il est traditionnel de soutenir qu’un chrétien isolé est un chrétien en péril ( d’où d’ailleurs la succès de toutes ces communautés-refuges, aubaines pour l’Institution).Sans doute, nous sommes à l’orée de ce temps de grande solitude… et celui du bon usage de la fronde.

            • Bonjour Anne

              Quand on voit le poids grandissant dans les animations pastorales du Renouveau Charismatique, quand on voit la rigidification de la prêtrise, façon communauté St Martin, Légion du Christ, les dérives de toutes sortes, les crimes accumulés de l’Opus dei dans différents pays et ses exigences envers les épiscopats partout dans le monde ainsi que son implantation dans les structures économiques et politiques internationales, on ne peut que se rendre compte de la muselière volontaire qu’a endossé l’institution cléricale. Sachant le recul des vocations religieuses aussi bien dans les congrégations que dans la prêtrise, il va sans dire que les futurs patrons du Vatican seront les groupes dérivants sectaires. Et à fortiori, ceux qui ont le plus de poids financier, politique et statutaire dans la société civile.

              A partir de cette probabilité basée sur des observations notamment sur l’augmentation et la diversification financière, commerciale et politique de toutes ces communautés dérivantes sectaires, il va sans dire que la notion de réforme vaticane est purement esthétique et sert à fixer l’attention des fidèles sur une illusion pendant que dans le concret, s’opère à la fois la poursuite du même fonctionnement dérivant, ainsi qu’une passation progressive des pouvoirs et des responsabilités à ceux qui désormais font la pluie et le beau temps au sein de l’institution et lui permettent d’entretenir le train de vie somptuaire des hauts-clercs.

              La solitude que vous évoquez n’existe pas si la foi est basée non sur la dimension cléricale mais dans la rencontre et le lien personnel à Dieu.

              Ce qui arrive va pousser les croyants à déterminer la nature de leur foi. Soit elle s’appuie uniquement sur le discours clérical, quel qu’il soit, soit elle s’appuie sur le lien personnel à Dieu et la fraternité simple en humanité. Auquel cas, la certitude que quoi qu’il arrive, Dieu est là et nous aime et nous aide sur notre parcours existentiel. Quand j’étais enfant, un des premiers chants appris était : Avec toi, Seigneur, tous ensemble, nous voici, joyeux et sûrs de Ton Amour. Tu nous as rassemblés dans la joie de Ta Présence et c’est Toi qui nous unis.

              Ce n’est pas le clergé qui nous unit. C’est Dieu. Nous ne serons donc jamais seuls. C’est ma conviction de foi. Le danger présentement se trouve malheureusement (c’est toujours triste de le constater puisque le discours institutionnel a fait partie de notre éducation spirituelle) davantage dans le monde clérical qu’à l’extérieur, étant donné crimes, dérives et abus. Mais Dieu est toujours là et Il ne nous abandonnera jamais. On peut se relire Isaïe au chapitre il me semble 49 ou 50. Et ce n’est pas une promesse en l’air.