Travailleuses Missionnaires : le témoignage de Marie-Amélie

Samedi 11 mars 2017 — Dernier ajout mardi 16 décembre 2014

Marie-Amélie a reçu une formation de catéchiste à 17 ans dans un village situé à 350 km de Ouagadougou. Elle est entrée à 19 Ans à l’EAU VIVE.

Une année à Bobo, puis une à Ouaga. Ensuite elle est envoyée à Rome où elle passe d’abord 7 mois au restaurant en salle. Elle était avec un groupe de 12 qui logeaient à la maison de formation. Il y avait 2 heures de formation religieuse le matin. Les cours étaient intéressants, dit-elle. Ensuite c’était le travail au restaurant avec la nuit des retours tardifs, surtout les samedis soir.

Rentrée en mars 92 au pays, elle y reste peu de temps et est envoyée à la maison du Congo-Kinshasa. Il s’agissait de gérer un lac qui appartenait à l’origine à un belge et avait été vendu au diocèse. Autour du lac il y avait des paillotes et un restaurant. Cela permettait des réunions d’éveques. C’était un centre interdiocésain.

Tout aurait pu se passer normalement si la responsable de la maison, Cécile, n’avait pas accusé Marie-Amélie d’avoir une « affaire » avec un père carme. Cette calomnie est remontée jusqu’à John MALLEY, supérieur des carmes qui a demandé des explications au père Nestor qui était un carme congolais présent sur place.

Ensuite Marie-Amélie a été accusée de vol d’argent le 11 mai 1996. On lui demande de jurer qu’elle n’a pas pris l’argent. Elle refuse de se prêter à cette parodie de justice. Elle passe encore une année pénible. Ces accusations la rendent malade : atteinte d’une gastrite aiguë elle ne peut plus manger. Elle va à l’hôpital se faire soigner, initiative qui met en colère la responsable de la maison. Une fibroscopie est prescrite.

Grâce à l’intervention d’un prêtre, l’abbé NZALA, des soins sont prodigués contre l’avis de la responsable et des médicaments sont achetés au Congo-Brazza.

En 1997 Marie-Amélie revient au Burkina. La responsable de la cuisine, pour l’humilier, lui fait préparer pour rien différentes recettes.

Elle a les yeux rouges car elle a besoin de lunettes : on fait croire qu’elle a bu. Elle fait quand même les « épousailles » et reste chez les TM.

Elle est envoyée en 2000 à la Castille en France. Elle n’est pas déclarée. Le travail est dur (lever à 5 h du matin) et le directeur du centre insupportable. La responsable du centre, Marcelle, la calomnie pendant 3⁄4 heures auprès d’une responsable en juin 2001. Marie-Amélie entend par hasard les sottises que l’on sort sur son compte.

Suite à ces calomnies, Marie-José PERRIOT-COMTE, la responsable générale, la convoque à Rome pour un entretien. Elle s’y rend : l’entretien n’a pas lieu. On refuse de la recevoir au siège du Mouvement et on la renvoie immédiatement en cuisine au restaurant l’EAU VIVE de Rome.

Ensuite elle est « envoyée en mission » à Sassone au centre d’accueil Madona del Carmele.

Sa Maman décède le 29 août 2003. A ce moment-là, elles sont deux dans le centre à travailler pour un groupe de 350 personnes. On lui demande de rester, mais c’est grâce à l’appui d’un père carme qui l’emmène à l’aéroport de sa propre initiative qu’elle peut rejoindre sa famille au moment des funérailles.

Elle est ensuite nommée à Séville en Espagne où elle arrive le 04/08/2005.

Son papa décède le 19/09/2005. Le sachant malade Marie-Amélie avait appelé le siège à Rome pour avoir des nouvelles de son père. Elle insiste : pendant 3 semaines on lui répond que les sœurs du Burkina ne peuvent pas donner d’informations car elles sont en retraite. Les responsables de Rome ne voulaient pas qu’elle reparte au Burkina où elle était déjà allée en 2003 pour sa mère. C’est Clémentine Paré, la responsable générale, qui bloquait les informations.

Nieves, la responsable péruvienne de la maison de Séville, lui donne toutefois les moyens de repartir au Burkina. Cette maison espagnole est aujourd’hui fermée et Nieves a quitté la communauté définitivement.

Au retour du Burkina Marie-Amélie est affectée à Rome. Elle a des maux de dos (vertèbres déplacées) et ne peut pas soulever de charges. La station debout lui est pénible. Le médecin lui prescrit une crème à appliquer sur le dos. Marie-Amélie demande à ses consœurs si l’une d’entre elles peut lui appliquer cette crème pour la soulager. Successivement cinq personnes refusent.

Question : Cela veut dire que vos sœurs avaient quelque chose contre vous ?

Réponse : « Ce n’est pas cela. Personne ne veut appliquer la crème : pourquoi ? Comprenez : la mentalité est telle qu’on ne veut pas attirer l’attention par une accusation d’amitié particulière… [silence].

Après le décès de mon père mon calvaire a vraiment commencé. »

Marie-Amélie va mal : elle a des maux de tête, des délires nocturnes. On lui dit qu’elle appelle la nuit dans son sommeil. Elle veut désormais quitter cette communauté. C’est un départ préparé : elle avertit un prêtre burkinabé de son intention. Son évêque au Burkina est prévenu.

Question : Alors les évêques au Burkina sont au courant ?

Réponse : « Bien sûr, ils savent tout. Mais ils ne disent rien. Ils peuvent avoir des invités au restaurant et on leur fait un bon repas… »

Toujours respectueuse de la hiérarchie, Marie-Amélie demande un entretien avec sa responsable pour annoncer son départ. Elle attend 9 mois cet entretien car sa responsable se dit très occupée. L’entretien dure 5 minutes. Elle quitte définitivement les TM le 23 mai 2007 avec mille Euros en poche : 750 Euros pour le billet d’avion, et les 250 restants en argent de poche.

Ensuite elle devra se faire soigner d’une hépatite C contractée en 2004. « Le médecin a dit : vous, les sœurs, vous vous passez entre vous les maladies et il nous a donné un test à faire. J’ai fait le test, la prise de sang et c’était positif ». La communauté refusait des soins complets, notamment une biopsie prescrite. Marie- Amélie s’est soignée après son départ. Ces soins vont durer jusqu’en 2011.

Aujourd’hui Marie-Amélie tente de reconstruire sa vie après avoir effectué des travaux d’assistance à des personnes agées à domicile pour lesquels les employeurs ne l’ont pas déclarée et ne lui ont pas délivré de certificats.

* * * *

Nous avons posé à Marie-Amélie des questions complémentaires à son témoignage personnel :

Question : Avez-vous connu des cas de suicide ou de tentative chez les TM ?

Réponse : Oui ! Il y a eu une personne à Marseille. Elle était surveillée par les jeunes car plusieurs fois on lui a retiré le couteau de la main. Elle a quitté et est aujourd’hui mariée.

Il y a aussi une autre TM qui n’en pouvait plus : elle était épuisée. Elle a avalé un tube de nivaquine. On l’a sauvée à l’hôpital.

Question : Et des cas de délire ou de dépression ?

Réponse : Oui il y a une burkinabé, Jacqueline Toe. Elle a passé 10 ans en France. Elle est devenue folle, rejetée par sa famille. Elle est aujourd’hui dans son village au Burkina.

Il y a aussi une congolaise, Jeanne Esié. Elle avait fini ses études. Comme elle était dépressive, elles [les responsables] l’ont renvoyée au pays. Mais les carmes de Kinshasa ont refusé de la présenter à ses parents. Ils l’ont renvoyée en Italie pour la faire soigner par la communauté. Ils ont exigé. Elle a la logorrhée. Elle est aujourd’hui à Bayard [1] avec les sœurs agées.

Il y a aussi Laurentine Ouedraogo. Elle était en formation à Notre Dame de Consolation. Elle a été renvoyée à sa famille dans son village.

Question : Il semble que, quand une TM pose problème, la politique soit de lui payer le billet d’avion, aller simple pour le retour au pays, avec 300 Euros d’argent de poche pour se débarrasser de la personne…

Réponse : C’est vrai. Pour Caroline, une congolaise, elle ont décidé de l’amener à l’aéroport de Rome à Fiumicino pour la renvoyer chez elle. Elles ont attendu jusqu’à ce qu’elle passe les contrôles pour être bien sûres qu’elle partait. Mais elle est sortie par une autre porte grâce à un ami qui travaillait à l’aéroport !

Il y a eu aussi une autre congolaise, Gertrude. Il y a eu le décès du papa. Sa grande sœur et sa mère étaient à l’hôpital. On lui a dit ne plus revenir. « Tu rentres, mais tu ne reviens plus ». C’était en 2006 ou 2007 : la communauté a confisqué son papier de séjour pour l’empêcher de revenir. Mais elle s’est fait aider pour revenir : l’ambassadeur du Congo auprès du St Siège est intervenu.

Question : Si la communauté ne prend en charge ni les salaires, ni les cotisations, ni les soins, les restaurants doivent faire du bénéfice…

Réponse : On ne sait pas où va l’argent. C’est un mystère. Quand j’étais à la Castille l’argent était viré chaque mois de la Fondation [appartenant au diocèse de Toulon]. « C’est l’équipe qui rapporte le plus d’argent en France » a dit Magali GAUSSEN [2]. Mais on ne sait pas ensuite…

Une fois, quand j’étais en Italie on m’a fait signer un dossier pour la CAVIMAC, mais je ne sais pas ce que c’est.

Source : Le Livre Noir des Travailleuses Missionnaires de l’Immaculée : Eau Vive et Espérances Taries

Ce témoignage a été remis à l’AVREF le 16 mai 2014 et revu le 4 juin par l’intéressée.

Le témoignage doit rester anonyme dans les circonstances présentes.

La levée partielle ou totale de l’anonymat doit faire l’objet d’une demande à l’AVREF qui contactera le témoin pour lui demander s’il accepte de voir son nom mentionné et sous quelles conditions.

[1Il s’agit de Bayard sur Marne où les TM ont une maison.

[2Magali GAUSSEN fait partie des responsables. Elle est basée aux FINS dans le Doubs et s’occupe de l’économat du mouvement.