Travailleuses Missionnaires : le témoignage de Philomène

Dimanche 12 mars 2017 — Dernier ajout mardi 16 décembre 2014

Je suis du Burkina faso. Je suis rentrée chez les TMI ayant pour but de servir Jésus. J’ai suivi une scolarité jusqu’au CM2 puis, dans la Communauté, j’ai étudié jusqu’en classe de cinquième. Je suis rentrée jeune chez les TM

J’étais une bonne élève et j’aimais bien les études. Malheureusement les TMI m’ont demandée de monter en Europe en me précisant que je continuerai mes études. Dans l’obéissance de la communauté, j’ai accepté cette demande sans vraiment savoir ce qui m’attendait de l’autre bout du monde.

J’ai suivi ma formation missionnaire en France dans le Doubs puis à Rome pour les « études missionnaires ». [Philo, Théologie, l’histoire de l Eglise etc.)

Question : Quand vous avez quitté le Burkina connaissiez-vous les statuts et le Directoire des TM ?

Réponse : Non, on avait pas le droit car on nous prenait pour des jeunes. On a commencé à les comprendre beaucoup plus tard.

Question : En quoi consistaient les études missionnaires ?

Réponse : À Besançon c’était l’histoire de la famille TM, le fondateur et sa région où il est né, grandit et a fait son séminaire.

A Rome c’est tout ce qui concerne l’église. (L’Écriture sainte, la théologie etc., enseigné par des prêtres). C’était dur : après les cours il fallait courir à l’Eau Vive (NB : le restaurant à Rome) pour travailler et souvent fermer à minuit. Après, le temps de revenir et se coucher cela peut être 1h30 ou 2h du matin et il fallait encore se lever tôt vers 6H ou 6H30 pour assurer les prières communes, petit déjeuner, réunion de travail et commencer la préparation du service. Le repas du midi se prenait à la hâte car il faut être prêt pour l’ouverture du restaurant.

Question : Quel était votre emploi du temps ?

Réponse : C’était presque tous les soirs jusqu’à minuit et il faut toujours dire la prière du soir. Les dimanches on travaille souvent quand il y a des groupes. A Noël ou Pâques, le restaurant est ouvert. Le coucher peut aller jusqu’à 3H du matin et il faut se lever vers 7H ou 7H 30 pour prier les offices et aller animer la messe, revenir préparer le service. C’est fatigant… (elle marque un temps de silence). Le restaurant ferme à 13 heures, mais il y a toujours du travail si le client n’est pas parti. Le soir la fermeture est à 22 h 30. Il y a beaucoup de clients le week-end donc on reste plus longtemps.

Question : Aviez-vous du temps libre ?

Réponse : On avait une journée, mais c’est quand il n’y a vraiment pas de clients. Si on a des groupes, on est obligé de sauter cette unique journée libre pour venir travailler : A un moment donné, les responsables ont supprimé la journée libre et on n’avait que la matinée pour dormir et venir ensuite travailler.

Dans toutes les missions que j’ai faites, c’est Rome qui est le plus dur dans ses organisations, emplois du temps trop chargés. Les sœurs sont trop fatiguées et alors, on se lance des paroles très blessantes, par exemple : « tu es trop maigre, tu viens d’un camp de concentration, tu es un misérable de Rwanda, on dirai que tes parents ne t’ont jamais nourrie, j’ai honte de sortir avec toi, tu ne connais rien, tu ne sais rien faire, j’ai peur de toi car tu ne ressembles à personne, on dirait un animal », et ainsi de suite.

J’étais obligée de supporter seule mes souffrances. C’est difficile la communication avec les responsables surtout quant elle ne te comprennent pas et on te prend pour une qui veut semer la zizanie dans l’équipe.

Question : et après Rome ?

Réponse : On m’a nommée au Burkina ou j’ai eu l’opportunité d’être responsable des jeunes. J’avais remarqué que les jeunes ne recevaient pas une formation adéquate. Il y avait trop d’interdictions, trop de surveillance. Les responsables n’ont jamais le temps de répondre aux désirs des jeunes. Ce qui faisait souffrir les jeunes.

J’ai participé à une formation avec un psychologue pour mieux comprendre et aider les jeunes. Après la formation, j’ai essayé de dialoguer avec les responsables pour voir comment aider mieux nos jeunes. Mes idées ont été rejetées, et on a mis une autre responsable et sous sa responsabilité, 17 jeunes TM ont quitté la communauté en un mois tellement c’était très dur pour elles et d’autres ont été renvoyées car la responsable était sûre que ces jeunes n’avaient pas la vocation.

Je voyais les jeunes souffrir et se confiaient à moi mais je n’avais aucun pourvoir pour les aider. Je les encourageais juste et c’est tout.

En 2000 je suis nommée dans une autre mission et là c’était le calvaire.

Il faut dire que les TM n’ont aucune formation d’accompagnement et s’il y en avait, celles qui ont reçu cette formation n’ont pas la parole pour transmettre ce qu’elles ont appris et c’est très dommage.

Alors le secret professionnel et le respect de l’autre, c est nul !!!

J’avais une responsable qui ne me considérait pas du tout, elle ne connaissait pas le rôle de sa responsabilité et aussi elle est une menteuse.

Mais à Rome c’était le lieu le plus grand calvaire. C’est là-bas que j’ai vraiment trop souffert. La vie entre nous était trop dure. Je n’étais pas considérée. Il y a des paroles qui blessent. On est zéro-zéro au niveau de la communication, le dialogue, pas d’écoute, que de la haine. Ça m’a tellement détruite jusque le jour ou je quittais Rome je la maudissais même en regardant les murs, les rues, les transports.

Tout était détruisant à mes yeux et méprisable dans mon cœur et âme. La communication était vraiment zéro. C’est sauve qui peut.

Question : Pouvez-vous préciser ?

Réponse : On m’obligeait à faire des dialogues avec une aînée tous les 15 jours. Il fallait raconter tous tes soucis, tes peines, tes joies. C’était obligatoire. On n’avait pas le droit de choisir qui on voulait [pour les dialogues]. Ce que tu dis en confidentialité est répété aux responsables et tu te feras gronder à une occasion ou au cours d’une réunion tu seras le traitre. Tu es donc regardée d’un œil…

Communication avec nos familles ?

Tu n’as pas le droit d’appeler ta famille. Une seule fois par mois tu peux écrire à tes parents. Si tu recevais une lettre que ce soit d’un ami ou de ta famille, elle devait être lue devant tout le monde à l’heure du repas. Aux Burkina par exemple, les aînées ne mangent pas ensemble avec les jeunes : il faut lire la lettre deux fois quand tu es stagiaire en formation.

Je trouve ça manque de respect et violer l’intimité de l autre.

Question : Et la direction spirituelle ?

Réponse : On n’a pas le droit de choisir et parler avec qui on veut. Les responsables choisissent un prêtre pour toutes les sœurs. Tant que les responsables n’aiment pas le prêtre, il ne faut pas chercher plus loin. Il est interdit aux jeunes d’avoir des contacts avec des prêtres mais les aînées ont droit car elles se disent assez mûres pour gérer tout problème.

Nous n’avons pas non plus le droit d’avoir des amis personnels. On a pas droit de recevoir des dons pour nos familles, cela revient à la communauté mais nous les jeunes, nous voyons bien des responsables qui ont plein d’amis qui aident leur famille.

Je signale que j’étais très choquée d’une chose qui m’a blessée pour toute ma vie. J’étais en formation en Europe, j’avais pas de nouvelles de ma famille. Les TM me rassuraient que tout va bien, que ma famille n’ont aucun problème.

Lorsqu’on m’a nommée au Burkina, on a refusé que je rentre au village voir ma famille soi disant que j’ai le temps. Un jour que je devais accompagner une TM voir la famille d’une autre TM qui est à l’étranger, on devait traverser obligatoirement devant ma cour pour se rendre chez l’autre TM. En passant je voyais ma famille assise sous l’arbre, j’ai demander si on peut passer les saluer. Elles m’ont répondu qu’à notre retour. J’accepte. A notre retour, on passe chez moi et à ma grande surprise, je trouve mon père couché a même le sol sans aucun vêtement juste un petit short déchiré et on m’a fait savoir que c’était le curé qui l’avait donné heureusement.[????]

Question : Aviez-vous une chambre individuelle ?

Réponse : Au Burkina on avait un dortoir à 5. Seule, c’est vraiment rare. A Lourdes chacune avait sa chambre individuelle. A Rome on avait douche commune et chambre commune : on pouvait être 2 ou 5 par chambre.

Question : Et les vacances ?

Réponse : Tous les 5 ans on avait un mois pour aller voir la famille, puis tous les 4 ans avec un mois et demi.

Question : Et l’argent pour les vacances ?

Réponse : On m’a donné 300 Euros quand j’ai quitté [définitivement]. On m’a donné 2.000 couronnes quand j’ai quitté une première fois en 2005 depuis la République tchèque.

Je priais, je priais…[pour savoir quoi faire].

En 2008 je suis retournée ; en 2009 j’ai quitté. J’ai compris que ce n’était pas ma place.

Question : Aviez-vous un contrôle médical régulier ?

Réponse : J’étais tout le temps malade. Il y avait le psychologique qui travaillait dans le physique. J’essaye de parler, mais tu n’as pas droit à la parole. Cela se traduisait par des pleurs.

On me causait : « tu n’es qu’un enfant ». Les responsables essayaient de nous faire raconter notre vocation. J’ai eu tort de dire que mes parents étaient morts. Les autres pour me faire souffrir : « tu es née dans la poubelle, tu as été rejetée ». Je ne pouvais pas parler. On m’écrasait. En communauté je souffrais trop.

De 2005 à 2008 je ne suis jamais allée voir un docteur. Il faut aller à deux comme des enfants chez le médecin. Ah ! ça m’énerve : c’est comme si tu es encore un enfant… La seule fois où on m’a laissée aller voir le médecin toute seule c’était au Burkina. Je souffrais de calculs. J’avais très mal. On m’a donné la mobylette pour aller le voir. J’étais deux jours alitée comme dans un coma. Je ne pouvais pas parler. Aucune sœur n’est passée pour seulement me proposer un verre d’eau. Il n’y a pas d’humanisme.

Question : Pourtant au Burkina il y a une belle réalisation : il y a un orphelinat créé par les TM…

Réponse : Une sœur péruvienne a créé l’orphelinat à Ouagadougou. On l’a découragée. Elle a quitté la Communauté et est retournée au Pérou. On voulait la faire travailler comme les autres en plus de l’orphelinat.

Question : Avez-vous reçu une formation professionnelle ?

Réponse : On m’a dit : « tu vas étudier ». J’étais au niveau cinquième. Arrivée à Rome, il n’y avait rien. Pourtant j’étais bonne élève. On a passé des années [dans la communauté], on n’a aucun diplôme.

Ce témoignage a été remis à l’AVREF vers la date de 16 mai 2014, relu et sa version définitive transmise le 18 mai 2014 par l’intéressée.

Le témoignage est anonyme. Le nom a été masqué.

La levée partielle ou totale de l’anonymat doit faire l’objet d’une demande à l’AVREF qui contactera le témoin pour lui demander s’il accepte de voir son nom mentionné et sous quelles conditions.