Des religieux regardent en face le risque d’abus spirituel

Mercredi 11 décembre 2019

Déterminés à affronter la crise que l’Église traverse jusque dans ses racines, une centaine de supérieurs de communautés religieuses se sont retrouvés avec des victimes et des psychothérapeutes, lundi 9 décembre à Paris. À l’initiative de la Corref, ils ont réfléchi aux ressorts de l’abus spirituel, aux moyens de le prévenir et d’aider les victimes à se reconstruire.

Céline Hoyeau, le 10/12/2019 à 17:30

« Cette personne utilisait beaucoup la Parole de Dieu, et pour moi, la Parole de Dieu, c’était tout… Aussi, par la suite, dès que je rejoignais ce lieu si précieux pour moi, la mémoire de cette personne me revenait, il était là ! » Bien qu’éloignée du prêtre qui eut tant d’emprise sur elle, cette victime témoignait, lundi 9 décembre, des dégâts que peut causer un accompagnement spirituel déviant. Une emprise si intime qu’elle vient fausser toute la relation à Dieu.

Au fil des révélations ces dernières années, une évidence s’est fait jour : l’abus n’est pas toujours sexuel, mais dans le cadre de l’Église, il est toujours spirituel, et ses conséquences peuvent être aussi profondes, chez la victime, que celles de la pédocriminalité. « L’être est tout entier fracturé, y compris au niveau de la foi, quelque chose de la mort a été semé au niveau de l’âme », racontait une autre victime.

Une dérive subtile et répandue

C’est à cette dérive beaucoup plus subtile, mais aussi plus répandue, que s’est attelée la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref) au cours d’une journée d’étude, lundi 9 décembre, à Paris. Supérieurs de communautés, victimes, psychothérapeutes, juristes… ils étaient une centaine, malgré les grèves, à affronter la question.

Suite de l’article sur le site de La Croix

Voir en ligne : https://www.la-croix.com/Religion/C…

Vos réactions

  • Normande 16 décembre 2019 13:21

    Les religieux le regardent en face, c’est bien : et les laïcs ? J’ai quitté autrefois une communauté après des abus spirituels très lourds, qui ont saccagé trois ans de ma vie et dont je garde des séquelles. Ils n’avaient pas été commis par des religieux, mais par des laïcs. Au contraire, les religieux m’ont écoutée, ils m’ont crue, et ils ont essayé de « réparer », mais trop tard : la façon dont j’avais été traitée (ostracisée, insultée…) avait été très difficile à mettre au jour car tout était resté bloqué, étouffé. Les laïcs imposaient le silence, puis mentaient, calomniaient, quand elle commençait à se savoir. Et cela, pour pouvoir conserver leurs places de courtisans. (Ils courtisaient les religieux, les abreuvaient de flatteries et de mensonges, pour s’approprier une part de leur prestige supposé ; cela doit parler à de très nombreux catholiques qui lisent ces lignes !…) Je ne cesse de lire des témoignages, ces dernières années, dans la presse et sur internet, selon lesquels les laïcs sont des agneaux, victimes des loups religieux : souvent oui, bien sûr ; mais pas toujours. Le « viol spirituel » (c’est une personne de la communauté qui a employé ces mots à mon sujet) n’est pas toujours commis par les religieux, et je ne vois pas les laïcs concernés se remettre en question sinon pour se draper dans une honorabilité hypocrite et tirer les marrons du feu (« Nous aussi nous sommes les victimes de l’institution »)… Ils ont été dans certains cas (je répète que je n’en fais évidemment pas une généralité, pas plus que le prêtre abuseur n’est une généralité) les bras armés de religieux qui n’en demandaient pas tant, et ne trouvaient même pas leur obséquiosité bien régalante.

    • J’ai connu une laïque, mariée et mère de famille, qui avait passé deux ans dans une communauté dite nouvelle (Les Béatitudes, anciennement Lion de Juda) et qui disait avec aplomb : « nous les consacrés ». De quoi parlait-elle ?

      Il y avait dans cette communauté des personnes consacrées, en habit, qui étaient gouvernées et obéissaient en tout à des femmes mariées ; les femmes mariées rentraient chez elles le soir, après avoir tout régenté dans la communauté … Savaient-elles d’expérience ce dont elles se mêlaient ?

      La laïque que j’ai connue, disait bien fort que la chasteté n’est pas la continence. Certes … La suite a montré combien le fondateur de la communauté, son maître à penser, était peu continent - et très chaste assurément !

    • Normande,

      Vous avez entièrement raison. Les témoignages sur les communautés comportant des laïcs montrent assez les souffrances que ces dernières peuvent aussi engendrer, avec cette circonstance aggravante que l’on peut y entrer en famille et donc y engager ses enfants et en sortir en ayant donné tous ses biens.

      Les « gourous » peuvent aussi bien être des prêtres, religieux, religieuses que des laïcs qui prennent « la grosse tête « et se croient investis d’un pouvoir « divin » Au contraire, des religieux peuvent être miséricordieux et pleins de bon sens. Fort heureusement ! Tout dépend des personnes et, la nature humaine étant ce qu’elle est, surtout du cadre communautaire, du système de recrutement et de gouvernement mis en place.

      Que les autorités ecclésiales aient manqué de vigilance et de courage, est un drame dont elles payent les conséquences maintenant et dont elles essayent de réparer les dégâts avec plus ou moins de bonheur. Plus ils sont anciens, moins ces dégâts sont hélas réparables. Ils se sont enkystés dans le psychisme des gens qui ont souffert. Je ne sais ce qui est fait concrètement pour les laïcs « victimes » de communautés ou de gourous déviants.

      Dans l’Eglise, la connaissance des dossiers et le pouvoir n’appartiennent pas aux laïcs. Donc il n’est pas étonnant que les laïcs puissent se sentir, de bonne foi ou non, victimes d’un pouvoir qui les dépasse. Il n’est pas étonnant non plus, comme vous l’indiquez, que des laïcs veuillent obtenir le pouvoir du prêtre considéré comme « sacré « .

      Il est dramatique aussi qu’il faille que les affaires soient médiatisées ou que l’on ait recours à la justice civile pour se décider enfin à regarder en face les problèmes, alors que les alertes existent depuis des décennies.

      Cordialement et bon courage à vous !