Focus sur les Sœurs mariales

Samedi 18 juillet 2020

La dernière branche féminine, agrégée à la Famille Saint-Jean en 1995, est l’Institut des Sœurs mariales.

1973 - Fondation des Sœurs mariales.

La fondatrice, Mère Myriam (Tünde Szentes), est une religieuse d’origine hongroise, fille spirituelle et ancienne secrétaire du père M-D Philippe à Fribourg. Elle crée d’abord, en 1973, la « Fraternité de l’Immaculée », puis, marquée par la découverte de son ascendance juive, elle transforme progressivement cette fraternité en « institut des Sœurs mariales d’Israël et de Saint-Jean ».

Autre spécificité des Sœurs mariales, appelées aussi « sœurs bleues » en raison de leur habit : elles accueillent un certain nombre de femmes à la santé fragile ou handicapées.

Dès son installation à Autun, la nouvelle communauté et sa dirigeante suscitent des critiques. L’histoire des sœurs est marquée par plusieurs événements importants qui se succèdent à un rythme rapide. Ils sont décrits plus loin. Le lecteur verra que, malgré les changements, les critiques faites aux sœurs et à la fondatrice resteront à peu près les mêmes jusqu’à la rédaction de ce texte en 2020.

1986 - Critiques présentées par des parents de religieuses à Mgr Bourgeois, évêque responsable des sœurs.

En 1986, plusieurs parents adressent à Mgr Bourgeois, évêque d’Autun, une lettre faisant état de nombreuses dérives graves :

  • Immédiateté de l’entrée dans la communauté et de la prise d’habit, la plupart du temps à l’insu des familles ;
  • Rupture brutale des relations avec l’entourage ;
  • Vexations, humiliations, sévices corporels ;
  • Alimentation carencée ;
  • Pression psychologique de la supérieure, entraînant une dépendance des sœurs à son égard, dans un climat de peur et d’angoisse ;
  • Absence de couverture sociale ;
  • Cumul des responsabilités de la fondatrice qui est à la fois la supérieure, la maîtresse des novices et la directrice spirituelle.
  • Des parents dont, Philippe et Alix Gentien, déposent une requête auprès du tribunal ecclésiastique de Lyon

1987 - Conséquences de l’enquête et de la sentence du tribunal ecclésiastique de Lyon

En 1987, le tribunal ecclésiastique de Lyon confirme :

  • Qu’il y a eu atteinte à la liberté spirituelle des sœurs ;
  • Qu’elles ont subi des pressions morales ;
  • Qu’il y a des présomptions de violence exercée sur elles.
  • Mgr Bourgeois, sur la base des témoignages et du rapport d’enquête préliminaire, refuse de reconnaitre la communauté. Celle-ci va alors s’installer dans le diocèse de Lyon.
  • En 1987, un jugement du tribunal ecclésiastique de Lyon confirme la dépendance des sœurs envers leur fondatrice et les pressions exercées par cette dernière. Mais Mère Myriam, par une grève de la faim menée sous les fenêtres de l’archevêché, finit par obtenir l’annulation de ce jugement et sa reconnaissance canonique, en 1994, par Mgr Decourtray. L’année d’après, la congrégation fait son entrée officielle dans la Famille Saint-Jean. Le père M.-D. Philippe en devient le « conseiller spirituel » bien que le cardinal Hamer, préfet pour la congrégation des religieux lui ait enjoint de cesser toute relation avec Mère Myriam. Les sœurs établissent leurs monastères à Saint-Jodard et à Mars (Loire).

1998 - Voyage de Mère Myriam et Marie Dominique Philippe en Hongrie.

En 1998, Mère Myriam a fait un voyage avec le père Marie Dominique Philippe dans son pays d’origine, la Hongrie.

Au cours de cérémonies présidées par le Père, Mère Myriam a demandé à des jeunes filles de ce pays de la suivre immédiatement pour être proches de Marie même si elles avaient commencé un cycle d’études permettant d’acquérir une qualification professionnelle.

Si elles ne choisissaient pas cette forme de vie, elles seraient l’esclave d’un mari souvent alcoolique qui les abandonnerait peut-être et elles devraient probablement éduquer seules les enfants nés de lui. Elle a convaincu une dizaine de jeunes hongroises de devenir religieuses en France dans l’ordre qu’elle avait “fondé”.

Les parents des jeunes femmes ont vite compris qu’ils ne reverraient pas leurs filles s’ils laissaient faire et Mère Myriam, le Père Marie Dominique Philippe et les parents en sont venues aux mains.

Le scandale a forcé Mère Myriam à quitter le diocèse et elles n’ont pu rester en Hongrie.

Les jeunes femmes devenues sœurs mariales sont restées quelques temps en France, mais la plupart d’entre elles ont quitté la communauté un petit nombre de mois ou d’années plus tard. Les témoignages qu’elles ont laissés montrent bien :

  • Que Mère Myriam entendait vivre de manière confortable et se nourrir de mets particulièrement sains et bons ; elle n’hésitait pas à mettre à contribution durement les sœurs pour lui assurer les meilleures conditions de vie possibles.
  • Qu’elle refusait aux sœurs des conditions de vie normales, elle leur infligeait des punitions pénibles, leur avait confisqué leur passeport et les manipulait pour les obliger à travailler très durement.
  • Elle empêchait les sœurs d’avoir quelque contact que ce soit avec l’extérieur et refusait de parler aux parents des sœurs hongroises ou n’hésitait pas à leur mentir.
  • La prise d’habit se faisait dès l’entrée dans la communauté.
  • Lorsqu’une sœur hongroise souhaitait se confesser, Mère Myriam jouait le rôle de traductrice du français au hongrois de sorte qu’elle avait accès au for interne des sœurs, exprimé pendant la confession. En tant que supérieure elle avait accès au for externe des sœurs. Or, le droit Canon interdit formellement d’avoir accès aux deux et notamment aux supérieures d’avoir accès au for interne.

1999 - Les Sœurs mariales, Institut de droit diocésain en Slovaquie

En 1999, malgré l’historique houleux de la communauté dans ce pays, l’évêque de Roznava en Slovaquie érige l’institut des Sœurs mariales en congrégation de droit diocésain.

Des témoignages continuent pourtant à s’accumuler et des parents multiplient les démarches pour alerter les autorités : maltraitances physiques, absence de soins, confiscation des passeports, souffrances psychiques, automutilations, coupure totale avec les familles, diabolisation du monde extérieur, menaces envers les parents qui tentent d’alerter la Justice …

Des témoignages font également état de relations troubles existant entre Mère Myriam et le père Philippe, avec des comportements hystériques. Le Père Marie Dominique Philippe avait l’habitude d’aller voir Mère Myriam le soir alors qu’elle avait enlevé son vêtement religieux et qu’elle avait revêtu une tenue élégante.

2005 - Dissolution de la congrégation en France

Le 15 mars 2005, par un décret exceptionnellement « rare et grave », le cardinal Barbarin, nouvel archevêque de Lyon, dissout la congrégation, et interdit donc aux sœurs de porter l’habit et de vivre selon leur mode de vie passé.

Ce décret prive les sœurs mariales de reconnaissance ecclésiale (du moins en France, car leur statut canonique est maintenu en Slovaquie). Il n’affectera pourtant pas l’existence concrète du groupe en France en tant qu’association laïque ni son lien fusionnel avec la fondatrice.

On déplore jusqu’à ce jour un fonctionnement extrêmement sectaire. Des familles sont toujours incapables d’entrer en contact avec leurs filles religieuses.

Vos réactions

  • Pannonia 22 septembre 2020 19:30

    Bonjour, je suis hongroise. Ma famille et moi connaissons les Soeurs Mariales depuis 35 ans. Nous avons reçu et accompagné Mère Myriam lors de ses séjours dans son pays natal. J’étais là en 1998. J’ai assisté à tout. Ce jour de repos, Mère Myriam était absente car appelée loin de là chez un prêtre âgé et malade. Les Soeurs parlaient français, le Père MD Philippe est resté au couvent avec elles. Là, une famille arrive et enlève de force une fille majeure qui hurle qu’elle veut rester. J’ai pris des photos. La Police a donné entièrement raison à la Communauté.

  • Véronique 3 août 2020 19:37

    Le fait que Mgr Barbarin ait refusé de reconnaître cette communauté comme faisant partie de l’église, a rejeté les personnes qui y sont et y souffrent dans un « no man’s land » que personne ne contrôle. Pourquoi n’a-t-il pas plutôt demandé une visite canonique comme pour St Jean ou Bethléem ? On aurait pu espérer faire sortir les femmes qui sont prises au piège dans ce groupe sectaire, certaines depuis très longtemps !! Quel gâchis !