LES SECRETS DES HÉRAUTS : 3- La mort mystérieuse de la jeune femme que les Hérauts ont déclaré sainte

Dimanche 27 octobre 2019 — Dernier ajout lundi 28 octobre 2019

L’un des cas les plus dramatiques qui s’est produit dans l’un des châteaux des Hérauts de l’Évangile s’est passé il y a trois ans. Une jeune femme a été retrouvée morte après être tombée de la fenêtre de sa chambre.

Par Mirelle Pinheiro et David Ágape

Article publié en portugais, sur le site metropoles.com, le 23 août 2019

La police étudie l’hypothèse du suicide. La famille de la jeune femme n’accepte pas cette version. Quant aux Hérauts, ils considèrent qu’il s’agit d’un acte de sainteté. Depuis l’incident, la jeune étudiante est vénérée dans sa communauté comme une sainte. La communauté a même fait des reliques et des médaillons à son effigie.

Pour la première fois depuis la mort tragique de sa fille, sa mère s’est exprimée dans une interview avec la journaliste de Metrópoles, Nelza Cristina.

Cette terrible histoire recouvre trois années et pose des questions qui restent sans réponse. Zélia Salvador de Assis, une infirmière de l’État de Paraiba, n’accepte pas les explications sur le décès de sa fille Lívia Natsue Salvador Uchida, alors âgée de 26 ans, dans le château de Serra da Cantareira (SP), le 27 juillet 2016. L’explication qui lui a été donnée est que Lívia serait tombée de la fenêtre de sa chambre, au quatrième étage, alors qu’elle nettoyait la pièce. La mère ne croit pas en cette version. Après avoir reçu la nouvelle, elle s’était rendue sur les lieux de l’incident.

« Il y avait un sot rempli d’eau propre, un tissu propre et il n’y avait aucune trace de chaussures sur le marbre de la fenêtre » affirme Zélia de Assis

Petit à petit, elle a rassemblé des informations qui n’ont fait que renforcer ses soupçons. Sa fille serait décédée le matin, mais le Service d’Urgence Mobile (SAMU) n’a été appelé que vers 12h30 et l’appel à la police n’a été fait qu’à 17h00. Les bottes de la jeune femme avaient été enlevées, sans explication. Zélia affirme qu’elle n’a jamais eu accès aux archives des caméras installées sur place.

En apprenant la nouvelle du décès de leur fille, Zélia et son fils (âgé d’un an et demi de plus que la jeune femme), se sont immédiatement rendus à São Paulo. « Nous sommes partis à l’aube. J’ai prié pour que ce ne soit pas vrai », raconte-elle.

Sur place, un officier de police lui a dit que c’était un accident et qu’il fallait l’accepter. Mais un peu plus tard, un homme politique de Caieiras lui a confié que plusieurs détails devaient encore être expliqués. C’est alors que Zélia a décidé de puiser dans ses économies et d’engager deux avocats.

Cependant, elle n’a pas eu beaucoup de chance. Le premier avocat qui s’est penché sur le dossier a lâché l’affaire au bout de trois mois et le suivant a abandonné la cause après un an. L’événement a été qualifié en possible suicide.

La mère n’a pas abandonné et affirme vouloir rouvrir le dossier. « Ma fille était si douce et si talentueuse. Elle peignait, chantait, jouait du saxophone, ça ne pouvait pas finir comme cela. Elle était d’une douceur sans égale », raconte la mère, nostalgique.

Quant à la sanctification de la jeune femme par les Hérauts de l’Évangile, Zélia se demande s’il ne s’agissait pas d’une diversion destinée à dissimuler les causes de la mort. « Je pense qu’ils font cela pour dissimuler quelque chose », confie la mère.

Accablée par le chagrin, Zélia a dû en plus écouter des versions officielles de la tragédie. Parmi celles-ci, la jeune femme se serait jetée par la fenêtre pour répondre à un appel du Christ.

Quand elle s’est rendue à São Paulo pour la messe d’anniversaire, un an après la mort de Lívia, Zélia a été choquée d’entendre les gens la féliciter, elle, ainsi que son ex-mari, d’être les « parents d’une sainte ». « J’ai été choquée, et je ne savais pas comment réagir. Quand je disais que je préférerais avoir ma fille en vie, ils affirmaient que c’était un blasphème, que je devais être heureuse d’avoir une sainte fille », raconte-elle.

Dans le salon de son appartement à Joao Pessoa (PB), Zélia raconte toute l’histoire aux journalistes. Dans la pièce, il y a un cadre avec une image de Jésus et de nombreuses plantes, des photos et des messages positifs sur les murs. Lorsqu’on lui demande si elle a perdu la foi, elle répond que non, mais ajoute ne plus suivre aucune religion.

Parmi les photos de Lívia éparpillées sur la table, Zélia rappelle que sa fille est entrée chez les Hérauts de l’Évangile à l’initiative de son père, un dentiste, fils d’un immigrant japonais. « J’ai rencontré mon ex-mari à Rondonia, quand je suis allée rendre visite à l’un de mes frères. Nous nous sommes mariés et avons eu une relation merveilleuse pendant trois ans et demi », dit-elle.

Zélia ignorait que son mari, pendant son adolescence, avait fait partie de la communauté des Hérauts. Habitant dans la ville de Lins, à l’intérieur de l’État de São Paulo, l’homme est resté sous l’influence de son frère, membre de la communauté. Il a recommencé à fréquenter le mouvement et a essayé d’embrigader ses deux enfants. La fille a suivi son père. Quant au fils aîné, il a rapidement quitté le château.

« Je suis partie en voyage un certain temps, et mon beau-frère en a profité pour reprendre contact avec mon ex-mari. C’est à ce moment-là qu’il a décidé de recommencer à fréquenter les Hérauts de l’Évangile », explique Zélia. À partir de là, leur mariage a pris une mauvaise direction.

Le père emmenait les enfants aux activités de l’association pendant les fins de semaine. Zélia a essayé de s’intégrer au mouvement mais ce fut compliqué. « L’adoration de leur leader est insupportable », dit-elle. Le couple s’est séparé une première fois lorsque Livia avait 7 ans. Zélia a alors déménagé avec ses enfants à Paraíba, son État d’origine. Peu de temps après, cependant, son ex mari l’a persuadé de retourner vivre avec lui à São Paulo. À son arrivée dans la capitale de São Paulo, elle a découvert que son mari ne s’était pas éloigné des Hérauts de l’Évangile.

Les enfants ont continué à fréquenter les activités de l’association les fins de semaine. Ils étaient soumis à une formation très disciplinée, « comparable à l’armée ». Leur fille semblait s’adapter plus facilement que leur garçon.

Lorsqu’ils ne faisaient pas quelque chose de la bonne manière, on les tapait sur les mains, on les humiliait. Ils ne pouvaient pas regarder la télévision. Ils sortaient du collège pour se rendre directement à la maison. Mon fils a commencé à tout remettre en question, les habits et les exercices de discipline.

Un jour, alors que les enfants avaient douze et treize ans et demi, le garçon est arrivé à la maison en me demandant « que je le retire de cet enfer. À ce moment, j’ai pris la décision de partir de la maison avec les enfants. Par la suite, pendant quinze ans, entre allers et retours, j’ai tout fait pour sauver mon mariage, malgré toutes les difficultés, mais ce n’était plus possible », explique Zélia.

Après la demande d’aide de son fils, l’infirmière retraitée raconte qu’elle a déménagé sur le champ. «  C’était un samedi. Les déménageurs et le camion sont arrivés et ont tout pris… Mais au moment de partir, ma fille s’est enfermée dans sa chambre. Même si j’insistais beaucoup, elle ne voulait pas sortir. J’ai pris la décision de partir et de sauver au moins un enfant. Je ne pouvais rien faire de plus à ce moment là », dit-elle avec émotion.

Pendant un certain temps encore, Zélia a pu rendre des visites à sa fille, mais sous le contrôle étroit de son ex mari. « Ma fille m’a dit avec son air très doux que je devais rester calme, qu’elle resterait avec son père pour prendre soin de lui », se rappelle-t-elle.

La fille de Zélia a habité dans le château des Hérauts de l’Évangile pendant quatorze ans. « Elle marchait avec ces vêtements pesants, portait des bottes. Quand j’allais à São Paulo, je lui achetais quelques vêtements… mais dès qu’elle retournait dans sa communauté, elle remettait son uniforme ».

Aujourd’hui, Zélia fait partie d’un groupe de personnes qui ont ou qui ont eu un membre de leur famille dans cette organisation religieuse. « Mon objectif aujourd’hui est d’aider le plus de jeunes à sortir de là », affirme-t-elle.

Zélia aurait-elle pu faire les choses autrement ? « Oui, j’aurais dû insister plus pour la sortir de là. J’aurais dû moins respecter sa volonté et sa décision. C’est ce que je conseille aujourd’hui aux parents qui viennent à moi pour me demander de l’aide. Insistez, insistez beaucoup, même si vos enfants vous haïssent. Le mouvement n’aime pas qu’il y ait des interférences et ils préfèrent parfois renvoyer les jeunes dans leur famille », conseille-t-elle.

LES SECRETS DES HÉRAUTS : Introduction

1- Comment les enfants arrivent-ils dans les châteaux ?

2- Lavage de cerveau et séparation d’avec la famille

3- La mort mystérieuse de la jeune femme que les Hérauts ont déclaré sainte

4- J’ai été victime d’abus, mais on m’a convaincu que c’était de ma faute.

5- Qui est Clá Dias, le leader des Hérauts ?

6- D’où vient leur argent ?

7- Les doutes qui planent sur la tête des Hérauts

8- Mouvement catholique ou secte religieuse ?

Voir en ligne : https://www.metropoles.com/materias…