Un ordre religieux controversé a tenté de faire mentir une victime

Mercredi 19 février 2020

La réponse du cardinal n’a pas été celle à laquelle Yolanda Martínez s’attendait, ni qu’elle pouvait accepter.

Par NICOLE WINFIELD et MARÍA VERZA

MILAN (AP) - Il y a une vingtaine d’années, son fils a été abusé sexuellement par un prêtre de la Légion du Christ, un ordre religieux tombé aujourd’hui en disgrâce. Quand elle a découvert la vérité, quelques années plus tard, elle a appelé le cardinal Valasio De Paolis (le commissaire du Vatican désigné par le pape pour reprendre en main la Légion et pour faire le ménage) afin de dénoncer la proposition de la congrégation et lui faire part de son indignation.

Selon les termes de cette proposition, la famille de Martínez allait recevoir 15 000 euros de la part de la Légion du Christ. Mais en échange, son fils devrait se rétracter : celui-ci avait en effet donné un témoignage aux procureurs de Milan dans lequel il accusait un prêtre de l’avoir agressé à plusieurs reprises lorsque, âgé de 12 ans, il était élève au petit séminaire de la congrégation, dans le nord de l’Italie. Il devrait donc mentir.

Le cardinal n’a pas semblé choqué. Il n’a pas partagé son indignation. Au lieu de cela, il a gloussé. Il a dit qu’elle ne devait pas signer l’accord, mais qu’elle devait essayer de trouver un autre accord sans avocat : « Les avocats compliquent les choses. Même l’Écriture Sainte dit qu’entre chrétiens, nous devons trouver des arrangements. »

La conversation entre la mère affligée et l’émissaire personnel du pape Benoît XVI a été mise sur écoute. L’enregistrement - ainsi que la proposition d’arrangement de six pages - sont des éléments de preuve essentiels dans le procès pénal qui s’ouvrira le mois prochain à Milan. Les procureurs affirment que des avocats et des prêtres de la Légion ont tenté d’entraver la justice et de manipuler la famille de Martínez en leur offrant de l’argent pour rétracter leur témoignage auprès des procureurs dans l’espoir d’annuler l’enquête criminelle sur le prêtre abusif, Vladimir Reséndiz Gutiérrez.

Les avocats des cinq suspects ont refusé de commenter. La Légion affirme qu’ils plaident leur innocence. Un porte-parole a déclaré qu’à l’époque, la Légion n’avait pas encore mis en place les politiques et les directives uniformes de protection de l’enfance qui sont maintenant obligatoires dans l’ensemble de la congrégation.

De Paolis est au-delà de la justice terrestre : il est mort en 2017 et il n’y a aucune preuve qu’il était déjà au courant ni qu’il avait approuvé la proposition d’arrangement. Mais l’enregistrement et les documents saisis lors de la descente de police au siège de la Légion en 2014 montrent cependant qu’il a fermé les yeux sur les supérieurs qui, au sein de l’ordre, protégeaient des pédophiles.

En outre, les preuves montrent que lorsque De Paolis a pris connaissance des crimes de Reséndiz en 2011, il a approuvé une enquête canonique interne mais n’a pas dénoncé le prêtre à la police. Et quand il a appris deux ans plus tard que d’autres prêtres légionnaires avait essayé d’entraver l’enquête, le délégué du Pape n’a pas non plus signalé cela.

Quelques heures après avoir parlé avec Yolanda Martínez, De Paolis a ouvert le Chapitre Général de la congrégation de 2014 et a officiellement annoncé que sa mission de « réformer et de purifier l’ordre religieux » était achevée. La Légion était maintenant « guérie et nettoyée », a-t-il ajouté.

Mais en réalité, sa mission n’était pas accomplie.

Benoît XVI avait confié à De Paolis, l’un des plus respectés spécialistes du Droit Canonique du Vatican, le soin de remettre sur pied la Légion en 2010, après les révélations selon lesquelles son fondateur, le père Marcial Maciel, avait violé un certain nombre de séminaristes, avait eu trois enfants avec des femmes différentes et avait créé une communauté déviante pour cacher ses crimes.

Beaucoup avait appelé à ce que la Légion du Christ soit dissoute, mais Benoît XVI en avait décidé autrement, jugeant notamment que l’ordre était trop grand et trop riche pour être abandonné. Il a ainsi opté pour un processus de réforme, et a confié à De Paolis les pouvoirs les plus larges possibles pour reconstruire la Légion de fond en comble, affirmant que cette dernière devait subir un profond processus de "purification" et de "renouvellement".

Mais dès le commencement, De Paolis n’a pas jugé bon de démettre de leurs fonctions les anciens membres de la garde rapprochée de Maciel. Et ceux-ci sont d’ailleurs toujours au pouvoir aujourd’hui. Il a renoncé à enquêter sur ce qui avait permis à Maciel de dissimuler ses crimes. Il a refusé de rouvrir d’anciennes allégations qui impliquaient d’autres prêtres, y compris des cas de violeurs en série qui sont restés dans les rangs de la Légion, impunis.

Plus généralement, il n’a pas réussi à s’attaquer à la culture profondément enracinée dans la congrégation d’abus sexuels, de dissimulation et de secret, ainsi qu’à sa longue tradition d’échapper à la police, de mettre à l’écart les victimes, de les discréditer et de les réduire au silence. En conséquence, même les anciens partisans de la Légion remettent désormais en question sa réforme, qui avait d’ailleurs été jugée « inefficace » par les critiques de longue date de la Légion.

« Ils essaient toujours de contrôler les victimes, de minimiser leurs plaintes, de les diffamer, de les accuser d’exagération », explique Alberto Athié, un ancien prêtre mexicain qui défend depuis plus de 20 ans les victimes d’abus sexuels du clergé, et en particulier les victimes de la Légion. »

« Ensuite, s’ils n’arrivent pas à contrôler les victimes, ils passent à l’étape suivante, et s’adressent à leurs parents, essayent de minimiser les choses ou de les acheter, de les réduire au silence. Et si cela ne fonctionne pas, elles vont au procès et font tout ce qu’ils peuvent pour gagner l’affaire ».

Aujourd’hui, les victimes de ces autres prêtres légionnaires sortent du silence, et livrent des récit. Il s’agit d’abus sexuels, d’abus psychologiques et d’abus spirituels. Les témoignages de ces victimes montrent que la culture du secret et de la dissimulation n’a pas changée dans la Légion.

« Ils disent être proches des victimes et prétendent aider leurs familles », déclare Mme Martínez à l’Associated Press, chez elle à Milan. « Mais mon témoignage montre que ce n’est pas du tout le cas. » ___

Yolanda Martínez, 54 ans, mère de trois enfants, a la gorge serrée lorsqu’elle se souvient du jour où elle a reçu l’appel téléphonique du psychologue de son fils. C’était en mars 2013. Son fils aîné suivait une thérapie sur les conseils de sa petite amie du lycée. Martínez a cru un instant qu’on allait lui annoncer qu’elle allait être grand-mère, que son fils avait mis la fille enceinte.

Au lieu de cela, le Dr Gian Piero Guidetti lui a dit, à elle et à son mari, que pendant la thérapie, leur fils avait révélé qu’il avait été agressé sexuellement à plusieurs reprises par Reséndiz. Les abus avaient commencé en 2008, alors qu’il était élève au petit séminaire de la Légion du Christ à Gozzano, près de la frontière italienne avec la Suisse. Guidetti, lui-même prêtre, leur a dit qu’il était tenu par sa profession médicale de faire un signalement au procureur.

Sa plainte, et le témoignage de ce jeune homme, ont déclenché une enquête qui a abouti à la condamnation de Reséndiz en 2019, laquelle a été confirmée en appel en janvier. Resendiz, 43 ans, a été condamné par contumace. Il serait retourné vivre dans son pays d’origine, le Mexique. Il a jusqu’à fin mars pour faire appel de sa condamnation et de sa peine de 6 ans et demi de prison. Son avocate, Natalia Curro, a déclaré qu’un appel était envisagé et que son client niait avoir abusé du fils de Yolanda Martinez, bien qu’il ait admis avoir abusé d’un autre garçon.

L’enquête a cependant permis de recueillir des preuves qui conduisent bien au-delà des méfaits de Reséndiz. Les documents saisis par la police et consultés par l’Associated Press dans le compte-rendu du procès montrent que la Légion et l’émissaire du Pape ont couvert les agissements de l’agresseur, depuis Milan jusqu’à Mexico, et passant par le Vatican et le Venezuela.

Des dossiers, par exemple, indiquent clairement que la Légion savait que Resendiz représentait un risque depuis que celui-ci était un jeune séminariste dans les années 1990. Malgré cela, il a été ordonné prêtre en 2006 et immédiatement envoyé pour s’occuper des jeunes garçons au petit séminaire de Gozzano.

« C’est un garçon avec de fortes pulsions sexuelles et une faible capacité à les contrôler », a ainsi écrit son ancien supérieur au noviciat, le Père Antonio León Santacruz, dans une évaluation interne, le 9 janvier 1994. « Son profil psychologique montre qu’il a une forte tendance à transgresser les règles. Le psychologue pense qu’il lui sera difficile d’entreprendre une vie consacrée étant donné qu’il a peu de respect pour les règles. Il les suit tant qu’il est surveillé, mais dès qu’il le peut, il les enfreint et n’a aucun remords ».

Un an plus tard, le jour de son 19e anniversaire, Reséndiz écrit une lettre à Maciel, s’adressant à lui comme tous les légionnaires s’adressent à l’homme qu’ils considèrent comme un saint vivant : "Nuestro Padre" (Notre Père).

« J’ai divers problèmes dans le domaine de la pureté et la vérité, c’est que j’ai du mal parce que les tentations viennent à moi », écrit-il. « Je prie chaque jour la Sainte Vierge pour qu’elle me donne la grâce et la force de ne plus pécher ; je le répète, parce que j’ai honte de tomber, mais avec l’aide de Dieu je vais lutter afin de former en moi un cœur pur de prêtre ».

Lorsque Martínez a vu de telles lettres dans le dossier du tribunal, elle est tombée des nues. « Mon fils n’était même pas encore né », dit-elle. « Comment pouvez-vous confier la direction d’un petit séminaire à quelqu’un comme ça ? »

Un porte-parole de la Légion, le Père Aaron Smith, déclare que la Légion avait révisé son processus de formation des séminaristes depuis l’époque de Reséndiz, et qu’elle appliquait aujourd’hui un examen plus minutieux avant d’ordonner un candidat.

« Les choses sont différentes aujourd’hui », affirme le prêtre en réponse à des questions envoyées par e-mail.

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Alors que les procureurs de Milan n’ont entendu parler de Reséndiz pour la première fois qu’en mars 2013, ses crimes sont connus depuis longtemps, tant par le Vatican que par la Légion.

La Légion a reconnu avoir reçu un premier signalement le 6 mars 2011, de la part d’un autre garçon qui avait été élève à Gozzano. D’après la Légion, ce garçon, d’origine autrichienne, a d’abord parlé des abus de Reséndiz à un prêtre de la Légion. Ce prêtre lui aurait alors recommandé de le signaler au bureau du médiateur de l’Eglise, en Autriche, chargé de recevoir les plaintes pour les abus. Et c’est ce qu’il a fait, déclare le Père Smith.

Par ailleurs, la Légion a eu vent d’une autre victime possible au Venezuela, où Reséndiz avait été envoyé en 2008.

La police italienne n’a jamais été informée par la Légion, ni par le Vatican. En Italie et au Vatican, il n’y a pas d’obligation de signalement dans les affaires de pédophilie cléricale.

Lorsque la police a finalement eu vent de l’affaire, en mars 2013, elle a découvert tout le travail mis en place pour étouffer le scandale. Selon un courriel saisi par la police italienne - écrit le 16 mars 2011, soit 10 jours après que la plainte autrichienne ait été reçue par la congrégation religieuse - un avocat de la Légion a recommandé à un important bureaucrate de la Légion, le Père Gabriel Sotres, d’envoyer un prêtre de la Légion pour rendre visite à la victime en Autriche.

Le but de cette visite, écrivent les procureurs en résumant les échanges de courriels, « était de parler au frère aîné de la victime et de le convaincre de ne pas en parler à ses parents et de ne pas aller à la police, car cela pourrait causer de graves problèmes non seulement à la Légion, mais aussi au père Vladimir, à tous les autres prêtres impliqués ainsi qu’à la victime et à sa famille ».

Smith, le porte-parole de la Légion, n’a pas nié le compte-rendu des procureurs mais a ajouté qu’ « encourager un enfant à cacher quelque chose à ses parents ou à ses responsables est contraire à notre code de conduite ».

Plus tard en 2011, la Légion du Christ a organisé le transfert de Reséndiz du Venezuela vers la Colombie, et a préparé une stratégie juridique pour limiter les dommages éventuels si l’affaire vénézuélienne prenait de l’ampleur. Des courriels ont été envoyés à plusieurs dirigeants de la Légion, dont Sotres, qui occupent toujours des postes à responsabilité. En fait, lors du Chapitre Général des dirigeants de la Légion qui vient d’avoir lieu à Rome (pour choisir de nouveaux supérieurs et pour établir les objectifs prioritaires de la Légion pour les prochaines années), au moins 13 des 89 prêtres participants, ou leurs remplaçants, ont été impliqués d’une manière ou d’une autre dans le traitement de l’affaire Reséndiz. Parmi eux, deux prêtres ont même été mis en accusation dans le prochain procès de Milan.

Selon les courriels saisis, le plan proposé par un avocat de la Légion consistait à ne signaler que le nom de Reséndiz à la police vénézuélienne afin de se conformer aux lois locales en matière de signalement, mais en omettant de préciser qu’il était prêtre, qu’il était accusé d’un crime sexuel contre un enfant, et en n’indiquant pas le nom de la Légion, expliquent les procureurs. Le rapport indiquerait également qu’il ne vivait plus au Venezuela.

Quelques jours après avoir reçu le premier rapport autrichien, la Légion a affirmé que Reséndiz avait été reconduit à l’état laïc et qu’on lui avait retiré son travail auprès des jeunes au Vénézuela.

Mais les courriels saisis indiquent que ces mesures n’ont pas nécessairement été appliquées : L’un d’entre eux, datant du 20 décembre 2012, indique que Reséndiz confesse les enfants dans des écoles et célèbre la messe en Colombie. Cette nouvelle a incité les dirigeants à recommander qu’il soit envoyé au Mexique pour y recevoir une aide psychologique et qu’il soit ensuite affecté à un poste administratif « où l’on ne connait pas sa situation ».

Finalement, dans le cadre de l’enquête interne de l’Eglise, Reséndiz est passé aux aveux, mais seulement aux autorités de la Légion et du Vatican, et seulement au sujet d’autres garçons dont il avait abusés, et non du fils de Yolanda Martínez.

« Je reconnais sincèrement mon terrible comportement en tant que prêtre », a-t-il écrit au cardinal Gerhard Mueller, qui, en 2012, était le responsable au Vatican du bureau des crimes sexuels. « J’ai vraiment vécu en enfer quand ces tristes faits se sont produits. Je reconnais la gravité des actes que j’ai commis et je demande humblement à l’Eglise de me pardonner pour ces tristes et douloureux faits. Je ne peux pas comprendre comment cela a pu se produire et je reconnais que j’ai manqué de courage pour admettre le problème et avertir mes supérieurs du danger ».

Le Vatican l’a défroqué le 5 avril 2013, quelques semaines seulement après que l’affaire du fils de Yolanda Martinez ait été porté à la connaissance de la justice italienne.

En octobre de la même année, la mission du cardinal De Paolis touchait à sa fin, et la Légion du Christ voulait clairement éviter que l’affaire Reséndiz n’explose, car cela aurait mis en péril leur projet de recouvrer leur indépendance.

Yolanda Martínez, de son côté, devait gérer le traumatisme des abus subis par son fils.

« Il faisait des cauchemars. Il ne me laissait pas le toucher… », raconte-t-elle. « Il ne supportait pas que quelqu’un soit trop proche de lui. »

Une fois, on l’a même empêché de se jeter sur une rame de métro.

Yolanda Martínez était en contact régulier avec un prêtre de la Légion, proche de sa famille, le Père Luca Gallizia, qui était aussi le directeur spirituel de son mari. C’était le dernier contact de la famille avec la Légion, après que tous les autres prêtres et membres du Regnum Christi aient rompu le contact avec elle - apparemment sur ordre de la direction de la Légion.

Gallizia s’est rendu à Milan pour rencontrer Yolanda Martínez le 18 octobre 2013, apportant la proposition d’arrangement. Ils se sont rencontrés dans une pièce située à l’extérieur du terrain de jeu de la basilique Sant’Eustorgio, où Yolanda Martínez travaillait.

Lorsque Yolanda Martínez l’a lu plus tard dans la nuit avec son mari, elle a été troublée. « C’était comme un deuxième viol, car dans cette lettre, ils nous demandaient en réalité de nier les faits. Et pour nous, c’était un coup de poignard dans le dos parce que cette lettre nous avait été apportée par notre père spirituel… Il savait tout sur nous, parce que mon mari se confiait à lui. Et cela a rendu les choses encore plus douloureuses ».

La Légion a refusé de commenter la proposition d’arrangement, en invoquant le procès à venir.

Le document que la Légion voulait faire signer aux parents stipulait que leur fils devait nier avoir été abusé sexuellement par Reséndiz et ne pas s’en souvenir. Il devait nier avoir eu des contacts par téléphone ou par SMS avec son agresseur, et dire que les problèmes qu’il avait expérimentés étaient en fait liés à sa sortie du séminaire et qu’il avait des difficultés à s’intégrer socialement dans son nouveau lycée.

Le document prévoyait des paiements pour les études de leur fils et pour sa thérapie, mais exigeait en retour un secret "absolu". Si la famille était appelée à témoigner, elle devait faire les mêmes déclarations que celles contenues dans le texte, à savoir nier les abus.

Quelques mois plus tard, la Légion a réalisé qu’elle avait commis une erreur et a proposé un nouvel accord, reconnaissant que les abus avaient bien eu lieu. Mais ensuite, elle a exigé que la famille rembourse le double des 15 000 euros (16 300 dollars) si elle viole l’accord de confidentialité.

C’est à ce moment-là que Yolanda Martínez a appelé le cardinal De Paolis.

« Mon avocat et moi, on en est restés bouche bée », a-t-elle expliqué au cardinal. Ce dernier s’est dit lui aussi surpris.

« Oui, mais c’est comme ça, c’est comme ça qu’on fait en Italie », a-t-il ajouté.

La mère n’a rien voulu entendre. « Ce n’est pas un très bel accord, signer un mensonge », a-t-elle argumenté auprès du cardinal. « Outre le fait que je ne veux pas de cet argent, je ne signerai pas cette lettre. »

Voir en ligne : https://apnews.com/8d0cb3ef1cfa0be6…

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