Le double discours des supérieurs de la Légion concernant la figure du fondateur

Jeudi 16 décembre 2010 — Dernier ajout samedi 23 novembre 2019

On dit que les gourous de sectes cherchent à se reproduire à travers leurs adeptes. Le père Maciel aurait-il réussi cette prouesse ? Les Légionnaires sont-ils devenus des autres-Maciel ? C’est ce qu’on est en droit de se demander, à la lecture du double jeu auquel se prêtent actuellement les dirigeants de la congrégation.

Un texte officiel a été publié récemment par la Légion du Christ concernant la façon de gérer la figure du père Maciel, devenue aujourd’hui tellement gênante. Apparemment, la Légion semble faire un pas historique, dans un renoncement publique à ses références au père Maciel. Cette initiative semble même avoir soulagé certains qui se sont dit, peut-être un peu trop vite : « ouf ! Les légionnaires se détachent enfin de leur fondateur ! »

Hélas, encore une fois, il ne s’agit que d’un coup de bluff, à la sauce légionnaire. La vérité, bien cachée, n’a pas pu être filtrée parfaitement par les systèmes internes de contrôle de la Légion du Christ (les légionnaires ont un accès très restreint à Internet, leur courriers entrant et sortant sont contrôlés, etc.) et c’est ainsi que certains membres dissidents ont dévoilé la version complète du document, qui a d’abord été publié sur le site du Trastevere :

Que ton Règne Vienne !

Alvaro Corcuera, lc Directeur Général de la Congrégation des Légionnaires du Christ

Décret relatif aux critères et dispositions à l’égard de la personne du père Marcial Maciel, lc.

Ayant obtenu l’autorisation du conseiller général et le nihil obstat de Son Eminence le Cardinal Velasio De Paolis, CS, Délégué Pontifical pour la Légion du Christ, et afin de permettre aux supérieurs, directeurs et directrices d’agir d’une façon conforme aux critères de ce décret, y compris pour toutes les questions qui ne seraient pas traitées directement dans celui-ci, et prenant en compte les impressions de leurs communautés ou équipes, le directeur général décrète les indications suivantes pour traiter les points relatifs à la personne du père Marcial Maciel, fondateur de la Légion du Christ et du mouvement Regnum Christi :

1.Façon de se référer au père Marcial Maciel : dans les correspondances officielles et dans les publications institutionnelles, la façon habituelle de se référer au père Marcial Maciel sera : « le fondateur de la Légion du Christ et du Mouvement Regnum Christi », ou bien « Père Maciel ». En privé, chacun est libre de se référer à lui comme il le désire.

2.Photographies : Nous confirmons l’indication qui avait été donnée aux supérieurs et directrices selon laquelle toutes les photographies dans lesquelles le père Maciel apparaît seul ou avec le Saint Père doivent être retirées des lieux publiques, de nos centres de formation et d’apostolat, ainsi que des œuvres d’apostolat.

3.Dates relatives à sa personne : Malgré ce qui avait été indiqué dans la lettre Prot. D.G. 438-2009, à partir de maintenant : le 30 janvier, anniversaire de la mort du père Maciel, sera un jour ordinaire, mais de prière. La messe de la communauté, à laquelle seront invités tous les membres du centre ou de l’équipe, sera offerte pour le repos éternel de son âme. On confirme que l’anniversaire de sa naissance (10 mars), de son baptême (18 mars), le jour de sa fête (3 juillet) et l’anniversaire de son ordination sacerdotal (26 novembre), ne seront plus célébrés comme des jours de fête.

4.Les écrits personnels et les transcriptions de ses conférences : la Légion du Christ et le Regnum Christi ne peuvent offrir les écrits personnels de son fondateur au public de façon institutionnelle. Pour cette raison, ces textes ne doivent pas être lus en public (lectures durant les exercices spirituels, lectures dans la salle à manger, etc.). Cependant, rien n’empêche que leur contenu puisse être utilisé pour la prédication, sans citer la source. Ces textes sont à la disposition commune des Légionnaires et des membres consacrés qui désirent librement les utiliser pour leur usage personnel. Les livres écrits par le Père Maciel et les publications de ses écrits ne seront plus en vente dans nos institutions : maisons d’édition, maisons de retraite, centre du Regnum Christi, etc. Les prêtres peuvent utiliser les « lectures sacerdotales » en privé, s’ils le désirent. Cependant, ces textes ne seront plus lus au cours des vêpres solennelles ou pendant les offices de lectures communautaires (vendredi et samedi saint). Pour le Chemin de croix communautaire, obligatoire pendant les journées d’exercices spirituels, les triduums, etc nous n’utiliserons plus le livre Suivre les traces du Christ, mais d’autres textes qui seront mis à la disposition de tous.

5.Enregistrement de conférences : Les archives historiques générales vont continuer à les transcrire et les cataloguer, de façon à ce qu’elles puissent servir de référence historique. On n’écoutera plus dans nos centres La voz del fundador (la voix du fondateur), et on ne projettera plus les vidéos que nous possédons actuellement sur l’histoire de la Légion du Christ. Ceci n’empêche pas que, si tel légionnaire ou membre consacré désire écouter un enregistrement ou une vidéo, il peut les demander à son supérieur, directeur ou directrice de son centre.

6.Les installations construites dans le village de Cotija : dans la crypte qui a été construite pour abriter les dépouilles de la famille Maciel Degollado et des légionnaires et membres consacrés du Mexique, dans laquelle le père Maciel a été enterré, on lui donnera la valeur propre à toute sépulture chrétienne. Le Catéchisme de l’Eglise Catholique nous le rappelle ainsi : « Dès les premiers temps, l’Église a honoré la mémoire des défunts et offert des suffrages en leur faveur, en particulier le sacrifice eucharistique, afin que, purifiés, ils puissent parvenir à la vision béatifique de Dieu. » (n. 1032). Le Centre Cuturel Interamericano et le centre de réflexion et d’étude de Santa María de la Montaña, continueront à offrir les mêmes services que jusqu’à présent. Dans ces centres on établira un lieu pour la prière, la réparation et l’expiation.

Rome, le 6 décembre 2010

Alvaro Corcuera Directeur Général