« Les abus sexuels de prêtres sur des religieuses naissent d’une relation au départ spirituelle »

Mercredi 23 janvier 2019

La théologienne Geneviève Medevielle accompagne depuis de nombreuses années des religieuses, dont certaines ont été abusées par des clercs.

Recueilli par Christophe de Galzain

Sœur Geneviève Medevielle est professeur honoraire de théologie morale à l’Institut Catholique de Paris.

La Croix : Êtes-vous surprise par les témoignages qui sortent sur des religieuses victimes d’abus en Afrique au sein même de l’Église ?

Sœur Geneviève Medevielle : À vrai dire non. Les moralistes et les accompagnatrices spirituelles connaissent malheureusement cette réalité qui aujourd’hui éclate au grand jour. Il serait grave de mettre l’accent uniquement sur ce qui se passe en Afrique, au Chili, en Inde, aux Philippines…

À ma propre échelle, je suis témoin de femmes plus âgées que moi, qui ont été abusées par des prêtres dans leur jeunesse ici même, dans notre vieille Europe. Des plus jeunes l’ont été plus récemment dans années 1980, en plein essor de nouvelles communautés, liées soit aux mouvements charismatiques, soit à des courants plus traditionnels.

Le déficit commun fut un manque de réflexion anthropologique, sociologique, psychanalytique. On n’a pas réfléchi quand, dans les communautés charismatiques, on a mis hommes et femmes ensemble, alors que la vie religieuse les séparait depuis 2000 ans. Quant aux communautés attachées à la tradition, pour elles un cours sur la chasteté à l’ancienne devait suffire à régler tous les problèmes !

Pourquoi cette réalité n’est mise à jour que maintenant ?

Sœur Geneviève Medevielle : Prenons le cas de l’Afrique. Si sœur Maura O’Donohue, médecin à la Caritas, a fait son enquête dans les années 1990, c’était pour aider les Églises à freiner la propagation du sida. Ce ne sont pas les religieuses elles-mêmes qui ont dénoncé les faits dont elles étaient victimes.

Cette année, au Chili, les Sœurs du Bon-Pasteur ont saisi l’occasion de la crise de la pédophilie pour faire des révélations. Et aux États-Unis, c’est à la suite du mouvement #MeToo que la conférence des supérieures majeures américaines a demandé aux sœurs de parler. C’est ce contexte de libération des femmes qui conduit aujourd’hui à révéler, à dénoncer des réalités qui existent depuis longtemps.

Suite de l’article sur le site de La Croix

Voir en ligne : https://www.la-croix.com/Religion/C…

Vos réactions

  • volubilis 11 février 2019 16:39

    https://savoirsdhistoire.wordpress.com/2015/09/02/panique-au-couvent-les-vierges-folles-de-loudun/ loup d’hun https://www.youtube.com/watch?v=iGms_QmbfrM mêh liesse Ce problème n’est pas nouveau & le père Surin n’était point fou . dans le film de Mélies de haute fantaisie les sœurs démasque , la maréchaussée intervient mais c’est St Michel qui combat & gagne à la fin .

  • 10 février 2019 15:19

    Je trouve assez déplacée cette discussion. Que l’auteur ait eu ou non des erreurs d’appréciation sur telle ou telle situation n’est en rien le problème. Les différents carmes rencontrés font penser à des personnages de Kafka, aussi odieux que « Pierre-Judas » lui-même, le violeur. On est dans un monde de cauchemar, impression renforcée par les citations des maîtres carmélitains mises en exergue en tête de chapître, cauchemar bien réel où se baladent des pieds-niquelés redoutables de bêtise et des tyrans insupportables, dont la vie confortable a fait même complètement perdre de vue la plus simple humanité. Le mot de « discernement » devient ici un scandale à lui seul.

    Ce témoignage devrait être lu dans tous les séminaires et tous les ordres religieux à titre de formation, et d’information, sur les abus spirituels préludes aux abus sexuels. La méconnaissance des droits des consacrés comme du droit des gens apparaît également flagrante dans ce récit (for interne et for externe particulièrement) et Clara Maximova montre clairement que cette méconnaissance n’est en rien dissipée, et par aucun de ses interlocuteurs. J’admire la force d’âme de Clara Maximova, une héroine de ce temps.

    • C’est un problème pour elle. Parce que c’est elle qui doit vivre avec ce traumatisme. Si ce dernier est toujours actif parce qu’elle ne l’a pas traité, ni soigné au plan psy, c’est un vrai de vrai problème. C’est la perpétuation de l’emprise de son agresseur à un autre niveau sur elle. Et c’est précisément ce dont elle doit sortir. Certes, elle peut commencer à le faire par le témoignage, la démarche judiciaire, mais le principal problème à traiter, c’est la persistance du traumatisme même longtemps après les faits si ce n’est pas traité au plan thérapeutique psy. Même si l’agresseur meurt ou est jugé au plan pénal, ça ne changera rien véritablement si elle ne travaille pas cela au plan psy.

      Le problème d’un clergé qui nie les droits humains fondamentaux, notamment ceux des femmes dans une hiérarchie cléricale qui ne considère que les droits des seuls représentants masculins, dépasse le seul cadre de l’ordre religieux du carmel, comme le cadre clérical. C’est le même problème qu’on retrouve à tous les niveaux de la société. Dans tous les domaines d’activité où le pouvoir est détenu majoritairement par les hommes. C’est très facile de l’observer chaque jour.

      Tant que les femmes seront considérées comme objets sexuels ou boniches des hommes, clercs ou non clercs, et que les femmes ne se révolteront pas, mais accepteront plus ou moins cette situation comme si c’était normal, ces abus, ces crimes continueront.

      Que veulent réellement les religieuses ? Considérer que les clercs sont tout-puissants et peuvent les abuser, les violenter à leur guise en toute impunité ou bien sont-elles en capacité de se mobiliser et entre elles et avec les autres femmes pour refuser définitivement ces crimes et travailler toutes ensemble avec l’ensemble des autres femmes pour que plus un homme ne puisse agir de cette façon, peu importe où dans le monde et dans quel milieu social ou professionnel ou familial ? C’est là la question. Et ça dépasse le témoignage de Claire Maximova. Qui certes est courageux et remarquable mais qui ne pourra rien changer si l’ensemble des religieuses ne se mobilisent pas contre les religieux et clercs masculins, contre l’institution en tant que pouvoir masculin niant les droits des femmes, d’un point de vue juridique, judiciaire, citoyen aussi.

      Des témoignages isolés ne changent pas une institution corrompue et criminelle. Il faut un collectif organisé qui fait pression juridique, judiciaire et citoyenne. C’est la seule façon de sortir de ces crimes à répétition et de contraindre l’institution à se réformer et à assumer simplement ses responsabilités criminelles. Car elle ne le fera jamais d’elle-même. L’institution aime ces crimes, aime ses clercs criminels, les chouchoute, continue de les absoudre pour tous leurs crimes. Elle les protège et les cultive ces crimes comme des privilèges depuis toujours. Elle n’a aucun intérêt à ce que la situation change.

      Si Claire et d’autres femmes religieuses ou simples croyantes abusées, violées veulent que les choses changent, il leur faudra s’engager aux côtés des féministes et des femmes qui luttent contre les violences sexuelles, pour les droits des femmes.

  • Luciole 4 février 2019 16:24

    Il est impossible de lire l’article en entier quand on n’est pas abonné et qu’on a consulté plus de quatre fois le site.

    Entre temps, le livre de Claire Maximova, « La tyrannie du silence » est paru en librairie.

    Cette ancienne carmélite raconte comment elle a été abusée par un père carme qui avait profité de sa détresse spirituelle.

    • Merci, Luciole pour le lien.

      Dommage que Claire Maximova n’ait pas consulté de vrai psy et pas ces psys liés à l’institution qui sont là pour culpabiliser les victimes au lieu de travailler sur les traumatismes et permettre aux victimes de les traiter et dépasser. Je suis horrifiée d’entendre ce que le psy a osé lui dire. Elle devrait le signaler au conseil de l’ordre, ça me paraîtrait logique au regard des propos qu’il lui a tenus. Elle devrait vérifier si ce psy n’est pas en connexion avec une communauté dérivante sectaire. Parce que vu le discours, ça y ressemble beaucoup.

      • Il ne s’agissait pas d’un psy chargé de l’accompagner mais de celui désigné par l’officialité pour l’évaluer, avant le procès ecclésiastique.

        Je suppose qu’elle a dû être prise en charge par quelqu’un de compétent pour avoir pris conscience qu’elle était dans un état de dissociation quand elle a été abusée. Je n’ai pas lu son livre.

        • Bonsoir Luciole

          Je ne pense pas que sa prise de conscience de dissociation soit liée à ce psy. Je pense plutôt qu’elle l’a compris via le travail qu’avait présenté Muriel Salmona (victimologue) il y a quelques années et qui permet depuis à pas mal de victimes de crimes sexuels de réaliser ce qui s’est réellement joué entre elles et leurs agresseurs. D’ailleurs elle dit qu’elle n’a pas consulté de psy hors l’officialité. Ce que je trouve vraiment dommage. Car ce n’est pas avec des pseudos psy de l’officialité affiliés ou à l’OD ou au Renouveau Charismatique qu’elle pourra sortir de ses traumatismes. Il faut une vraie démarche thérapeutique avec de vrais pros compétents sur ces crimes. Pas des margoulins au service de l’institution.

  • agapé 1er février 2019 19:24

    Sœur Geneviève Médevielle qui fustige les abus sexuels des prêtres ( c’est bien) mais qui appuie les abus de pouvoir de l’évêque de Laval sur les petites sœurs de Marie et du Rédempteur, car elle a été nommée commissaire chargée de les faire marcher au pas……. Et tout cela, au nom de Vatican II bien sur … Que de crimes a t’on fait au nom de Vatican II et du peuple de Dieu……..Hélas !