Ma soi-disante « vie consacrée »

Samedi 18 février 2012 — Dernier ajout mercredi 20 novembre 2019

Témoignage de Karna Swanson, ancienne consacrée du mouvement Regnum Christi. Texte original, publié sur le site Life After RC, le 22 octobre 2011

D’habitude, je préfère ne pas raconter aux gens que j’ai été consacrée dans le Regnum Christi dans les années 90. D’ailleurs, la plupart de mes amis les plus proches n’ont pas la moindre idée de ce que je faisais quand j’avais vingt ans, et que j’étais jeune et idéaliste. Mais dans une interview pour CNA (Catholic News Service), le père Thomas Williams,l.c. a révélé le fait que je suis une ancienne consacrée du Regnum Christi. Cette information n’est pas un grand secret, ou une chose que je chercherais à dissimuler à tous prix, mais c’est quelque chose d’assez personnel que je me garde bien de divulguer largement. Ce n’est d’ailleurs pas une partie de ma vie dont je suis particulièrement fière, bien que depuis quelques années, j’ai commencé à en parler un peu plus librement (en grande partie grâce à la guérison que m’a procuré la simple lecture du blog Life-after-rc).

A cause de la remarque du père Thomas, cependant, j’ai compris qu’il était nécessaire que je dise quelques mots, de façon publique, à propos de mon expérience, étant donné que je veux qu’on sache clairement que je n’ai plus aucun lien avec les Légionnaires du Christ ou avec le Regnum Christi. En fait, j’ai quitté le Regnum Christi, dans lequel je n’étais plus qu’une simple membre, en 2003, juste avant de commencer à travailler pour ZENIT. Plus que tout, ma décision de quitter le Regnum Christi a été motivée par le fait que je vivais maintenant dans la vie « réelle », devant accomplir des tâches de vie normale, comme le fait de payer un loyer, trouver un boulot, finir des études, déclarer des impôts, etc. Or le Regnum Christi n’apporte aucun soutien spirituel aux gens qui vivent dans le monde réel. Je crois également que l’idéalisme de ma jeunesse était en train de passer. J’ai découvert qu’avant de pouvoir « sauver le monde », j’avais besoin de faire des choses simples, comme réparer ma voiture et faire les courses (j’ai horreur de faire les courses).

En 2004, j’ai commencé à travailler pour ZENIT. Quand j’étais membre du troisième degré du Regnum Christi, je n’avais pas beaucoup de contacts avec les légionnaires, en dehors du confessionnal. Je lisais régulièrement ZENIT et je me disais que cela devait être un travail intéressant – et effectivement, c’est le cas. Le journalisme catholique n’est pas quelque chose que j’ai jamais vraiment considéré, et cependant, il s’est avéré que cela a été une très bonne chose pour moi, pendant ces années de convalescence. Il y a beaucoup de choses que je pourrait dire à propos de mon expérience à ZENIT, mais, finalement, je ne pense pas que cela soit utile de m’étendre là dessus. Ce qui est fait est fait.

Ce que je peux dire, cependant, c’est que je suis plus que jamais convaincue que la Légion a besoin de rien de moins qu’une complète re-fondation (bien que, personnellement, si je devais voter, je choisirais plutôt de tout fermer). Les degrés de dysfonctionnements que j’ai pu observer dans la Légion ces deux dernières années sont effrayants. Finalement, ces prêtres sont des victimes, et ils devraient être considérés ainsi. Cela signifie qu’ils devraient arrêter tous leurs apostolats et fermer leurs séminaires, pour se consacrer à leur propre guérison (avec un bon accompagnement psychologique et spirituel, de la prière, des jeûnes, des pénitences et tout le reste). Ils ont besoin d’aide, et ils en ont besoin de façon urgente (et certains plus que d’autres).

Et en ce qui concerne mes 4 ans et demi passés comme « consacrée » du Regnum Christi, je les regrette amèrement (je mets le mot consacrée entre guillemets, parce le statut canonique de cette branche est controversé). C’était une décision que j’avais prise de façon hâtive, après avoir obtenu mes diplômes à l’université, et avec le recul, je pense que j’ai fait ce choix parce que cela m’apparaissait comme une voie facile. Je veux dire : est-ce que je voulais travailler pour une entreprise quelconque qui éditerait des manuels de formation ou bien « sauver le monde » ? Vous, qu’auriez vous choisi ? Aujourd’hui, je vois ces années comme des années gâchées, des années au cours desquelles j’ai accompli finalement bien peu de choses. J’ai pas mal voyagé (Argentine, Rome, Suisse) et j’ai appris l’espagnol. Donc tout n’a pas été perdu. J’ai complètement changé de vie… portant des longues robes, priant trois heures par jour, couchée à 9h30 et levée à 5h45 ! (Alors que je relis mon témoignage, je remarque que je n’ai même pas parlé de vocation… C’est assez révélateur sur mes motivations. Quel responsable d’un service de vocation, avec un peu de bon sens, m’aurait permis de continuer ainsi ?)

Certains articles qu’on trouve sur le Regnum Christi, et spécialement sur les femmes consacrées, disent que nous étions toutes des zombies, qu’on nous avait lavé le cerveau, que nous n’avions plus l’usage de notre libre arbitre… et il y a quelque chose de vrai, là dedans. On attachait beaucoup d’importance à l’uniformité, bien qu’il y avait plus d’indulgences pour certaines que pour d’autres, et que certaines consacrées, par leur caractères personnels, arrivaient à mieux supporter l’environnement très strict. En fait, j’ai apprécié la structure et la vie communautaire, et j’aimerais bien retrouver un peu de cela dans ma vie actuelle, alors que je travaille à la maison, avec un emploi du temps très flexible. Mais il y a des éléments de vie plus sombres chez les consacrées dont j’ai été épargnés, ou que je étais trop naïve pour reconnaître. J’ai entendu les histoires de certaines filles qui ont été réduites émotionnellement à des états de soumission, d’autres qui ont été mises à l’écart pour être sorties du rang, à qui on exigeait qu’elles demandent de l’argent à leurs parents, à qui ont interdisait de voir leurs familles pendant plusieurs années (alors que d’autres pouvaient voir leurs familles tous les mois parce que leurs parents pouvaient se payer le luxe de se déplacer où qu’elles soient).

A final, ce n’est pas une bonne vie. Il y a de bonnes choses, bien sûr, mais je ne recommanderais personnellement jamais, jamais, jamais, à aucune jeune fille, cette voie là. Je continue de croire qu’il y a de bonnes personnes à l’intérieur, et peut-être que certains ont vraiment la vocation. Mais il y a des victimes, et ils ont besoin de soins. Nous en avons tous besoin.

Que Dieu vienne à notre secours !