Témoignage d’un ancien petit séminariste de la Légion du Christ

Dimanche 4 avril 2010 — Dernier ajout dimanche 24 novembre 2019

Je publie ici, avec son autorisation, le témoignage d’un ancien élève de l’Ecole Apostolique de Méry-sur-Marne. Témoignage intéressant, car son auteur a eu le temps de prendre du recul pour analyser son expérience de vie au petit séminaire à la Légion.

J’ai été petit séminariste, apostolique puisqu’au collège, deux ans à Méry, jusqu’en 2000. J’utilise ces termes avec encore de la nostalgie. En effet, au delà de la bombe qu’est cette congrégation diabolique, on ne peut établir une règle stricte de mathématique d’une chaîne de pédophilie.

Les religieux et notamment les prêtres qui nous encadraient à Mery, le faisaient avec respect et amour… du moins quand j’y étais, j’ose le croire, et veux le croire. Jamais une question de trop, jamais de touchés physiques déplacés et faussement fortuits, mais toujours un regard bienveillant et une disponibilité à toutes épreuves. Les exemples sont multiples.

Cela me peine de voir dans certains commentaires un peu trop généralistes, où l’on cède à la diatribe, les prêtres, les religieux salis involontairement par l’horreur que nous éprouve ce scandale, d’un bloc, avec certes des nuances, mais parfois insuffisantes. On ne les voit plus que par ça, et ils seraient tous marqués, de près ou de loin, au fer rouge des abus sexuels, à un déséquilibre mental. S’il est clair que la structure LC formate le spirituel, l’intellectuel, le savoir-vivre, le comportement, je ne crois pas qu’il n’y ait que des robots dénués de tout esprit critique ou à défaut, de recul et de pouvoir de jugement. L’histoire nous l’a prouvé, et notre intelligence nous l’impose. L’Esprit-Saint les aurait-il alors oublié ? Non, de ce Mal sont sorties des perles pour l’Eglise, encore une fois des exemples à suivre.

Je pense pourtant que la Légion doit être dissoute… les qualités que j’en ai retirées et qui nous intériorisaient ne sont pas leur faux apanage. Les victimes seront libérées, les familles reconstruites, les coupables punis, le Pape et l’Eglise donneront le Témoignage de la vérité (loin de moi de juger tout acte pontifical), les catholiques rassurés et remis sur le bon et beau chemin, si, à mes yeux, cette horreur structurelle est anéantie.

Pour revenir sur Méry, j’ai toujours pu appeler ma famille et leur écrire, et une fois parti, j’ai pu écrire à divers camarades. Je ne sais plus comment, mais j’avais réussi à me trouver du temps libre et seul, où je pouvais penser en dehors de tout cadre. Mais c’était exceptionnel, il faut le reconnaître. Je veux dire par là que malgré mon esprit rebelle qui me fit partir du petit séminaire, je n’ai jamais ressenti Méry comme une prison, mais comme un lieu où l’on cherchait mon bonheur, en se fixant pour objectif l’assurance de ma vocation. Je suis donc parti sans problème, avec la bénédiction du père, et l’adieu chaleureux de mes amis apostoliques, qui vinrent me serrer la pince avant leur match de foot… d’où mon étonnement sur le sort de certains novices, obligé de partir en toute discrétion. Mais on ne devait pas avoir le même régime… ou alors nos religieux en France, au delà des règles LC, laissaient aussi leur conscience, leur cœur s’exprimer sans être psycho-rigide. Tout n’est pas noir, tout n’est pas blanc, où que ce soit, à Mery plus particulièrement.

J’ai eu la chance de voir Marcial Maciel à Mery… sans être abusé, et veut croire que personne ne l’ait été à ce moment-là. En effet, lors d’un de ses déplacements d’un bâtiment à un autre suivi de clercs, alors que nous jouions au basket, la balle se rapprocha de lui, si mes souvenirs sont bons. En tout état de cause, me voilà près de lui, me rendant la balle main en main, avec une caresse sur la tête et un grand sourire. Quelle ne fut pas ma fierté ! puis une semaine après, une lettre de Rome, venant de « Nuestro Padre », adressée… à moi. Elle était encore dans les trésors de ma courte vie. J’avais dû le marquer, donc si je m’en sors indemne, grâce à Dieu que ce fût le cas pour tout le séminaire.

Protection providentielle. Peut-être une lueur de bien lui fit éviter un désastre de plus. Paix à son âme ; que Dieu secoure les malheureuses victimes. Que Dieu protège le vaisseau de Pierre, bientôt assailli par l’ouragan.

Par conséquent, je suis attristé d’apprendre qu’il y a des antécédents dans un bout de « mon paradis » : que s’est il donc passé à Mery ? quand se sont déroulés ces abus ? Est il possible de savoir par qui ?

En vous remerciant par avance pour toutes les informations, gloire à Dieu !

Saintes Pâques

B.L.