Vendredi 1er mars 2013 — Dernier ajout mercredi 1er mai 2013

Les Béatitudes et les sessions de guérison « psycho-spirituelle »

Retour sur les sessions dite de guérison psycho-spirituelle, au cours desquelles des thérapeutes sans qualification mettent les retraitants dans des états euphoriques, avant de remodeler leurs souvenirs. De la manipulation mentale, pure et dure.

Louise, la quarantaine et mère de famille, travaille dans une école. Avec son mari, elle a participé de 2000 à 2004 à plusieurs semaines de « guérison psycho-spirituelle » organisées dans l’ouest de la France par la Communauté des Béatitudes.

«  Nous devions revivre des souvenirs d’enfance. Par exemple, on nous disait : « Vous vous projetez dans votre passé, vous avez 8 ans, vous êtes attachée les mains dans le dos, vos frères vous battent avec une ceinture, que ressentez-vous ? » Plongés dans des états d’angoisse artificiels, on inventait des souvenirs et on ne distinguait plus le faux du vrai. A l’issue de ces stages, beaucoup accusaient leurs parents de maltraitance ou d’inceste. Tous les jours, on nous expliquait que nos blessures venaient de notre enfance et de nos proches. Sans cesse aussi il était question de Satan qui rôdait et désirait nous pervertir. Cela entretenait une atmosphère d’angoisse vis-à-vis du monde extérieur et de nos émotions. S’ensuivaient des « prières de délivrance » où nous pleurions souvent à chaudes larmes. »

A l’abbaye de Bonnecombe, le père Jean-Baptiste condamne vigoureusement ces pratiques : « J’ai été contacté par plusieurs parents dont les enfants avaient suivi ces sessions psycho-spirituelles et avaient ensuite rompu tous liens familiaux. Ce sont des dérives sectaires. Ces séances étaient catastrophiques ; l’organisateur exerçait un autoritarisme particulièrement malsain et une emprise démesurée sur les personnes fragiles, spécialement les jeunes femmes chez qui il provoquait un fort transfert parental. » En 2007, le cardinal Rylko, président au Vatican du Conseil Pontifical pour les laïcs, écrit une note de trois pages qui dénonce l’utilisation de ces « thérapies psychologiques censées aboutir à une guérison ».

Malgré cette condamnation, certains membres de la communauté poursuivent ces pratiques mais sous une autre forme. Un communautaire a monté au Puy-en-Velay une association intitulée Anne-Peggy Agapè, où il propose ses propres sessions de guérison. Dans les Landes, l’association Kinor fondée en 2004 par Ephraïm continue d’assurer des sessions « psycho-spirituelles ». On annonce qu’à l’été 2011 les sessions seront conduites par Ephraïm en personne, qui effectuerait ainsi son grand retour.

Les Inrockuptibles, le 11 mai 2011